Interview de Mme Aurore Bergé, ministre déléguée, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, à France 2 le 1er octobre 2026, sur la mobilisation dans les lycées, le racisme, les violences sexistes et se
Aurore Bergé (auteur), Francis Letellier (intervenant)
FRANCIS LETELLIERBonjour Maya, bonjour à tous et bienvenue dans les 4 Vérités. Mon invitée aujourd'hui est Aurore Bergé, ministre de l'égalité femmes-hommes et chargée de la lutte contre les discriminations. Bonjour Aurore Bergé.
AURORE BERGÉBonjour.
FRANCIS LETELLIEROn va commencer par la nouvelle journée de mobilisation dans les lycées et dans les universités. Nouvel appel aux blocages, en particulier en Seine-Saint-Denis où cela a commencé, où c'est le plus tendu et où les lycéens demandent plus de profs. On sait qu'il y a plus d'absentéisme de profs dans ce département. Diriez-vous que la Seine-Saint-Denis, aujourd'hui, on peut considérer que c'est un territoire oublié de la République ?
AURORE BERGÉNon, évidemment, parce qu'il n'y a aucun territoire qui soit oublié dans la République française. Il y a des professeurs qui sont extrêmement engagés et mobilisés. Mais la mobilisation, elle conduit à quoi ? Elle conduit à empêcher nos enfants d'étudier. Elle conduit aussi à prendre des risques parce que, du fait de l'appel de La France insoumise à une forme d'embrasement généralisé dans les lycées, qu'est-ce qui se passe ? On met des cibles dans le dos de nos enfants puisqu'on leur fait prendre des risques – Jean-Luc Mélenchon a appelé à une forme d'insurrection – et on met des cibles dans le dos des policiers et des gendarmes de manière assez dangereuse.
FRANCIS LETELLIERSelon une enquête réalisée par le département de Seine-Saint-Denis, trois quarts des jeunes du département disent avoir subi des discriminations, le racisme en premier lieu. Avez-vous envie, vous, ministre…
AURORE BERGÉJe ne crois pas que qui que ce soit ait dit que les enseignants avaient fait des actes, là, on parle des mobilisations dans les lycées.
FRANCIS LETELLIERCe n'est pas les enseignants, je parle de l'incrimination en général, de la Seine-Saint-Denis. J'extrapole justement en disant : trois quarts des jeunes de Seine-Saint-Denis disent qu'ils ont été victimes, par ailleurs, de discriminations, dont le racisme en premier lieu. Vous êtes ministre de la Lutte contre les discriminations, est-ce que vous êtes leur défenseuse ?
AURORE BERGÉMais moi, je ne nie pas que, malheureusement, dans notre pays, persistent du racisme ou de l'antisémitisme.
FRANCIS LETELLIEREt en Seine-Saint-Denis en particulier.
AURORE BERGÉJe ne nie pas que persistent dans notre pays des discriminations liées à un Code postal, et ce partout dans notre pays. Parce que, malheureusement, il y a encore des discriminations qui persistent et contre lesquelles il faut évidemment lutter. Mais c'est la raison pour laquelle il ne faut pas mélanger les sujets et, encore une fois, appeler à un embrasement de nos lycées, appeler à une part d'insurrection, c'est juste empêcher nos enfants d'étudier, empêcher nos enfants de s'émanciper, empêcher nos enfants de grandir.
FRANCIS LETELLIERMais qu'il y ait aussi ce ressentiment contre les discriminations qui s'ajoute à la mobilisation sociale… Vous, vous dites qu'il faut distinguer ?
AURORE BERGÉJe pense qu'il n'y a aucun rapport. Au contraire, on s'élève par l'école, on s'élève par l'éducation, on s'insère par le travail et, donc, empêcher d'étudier, empêcher d'apprendre, en plus de les mettre dans des situations dangereuses, risquées… Regardez les images que l'on voit d'incendies, de départs de feux, c'est un risque pour nos enfants, pour nos adolescents. Et LFI est responsable de cela et c'est un risque insupportable pour nos policiers et nos gendarmes qui sont pris à partie.
FRANCIS LETELLIERAujourd'hui débute à l'Assemblée nationale le débat sur la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles que vous portez. C'est aujourd'hui que ça commence, c'est l'heure de vérité.
AURORE BERGÉOui.
FRANCIS LETELLIERC'est le moment de le dire. La gauche pose une condition, c'est l'argent. Les associations disent aussi qu'il faut trois milliards par an pour que ça marche. Est-ce que vous vous y engagez ? Est-ce qu'il y aura trois milliards sur la table ?
AURORE BERGÉOn a dit une chose simple, je crois, qui doit être entendue de tous avec le Premier ministre : c'est que les moyens ne seront jamais un obstacle, et qu'à la fin des débats, une fois que le texte aura été adopté à l'Assemblée nationale – je l'espère à l'unanimité – et au Sénat – je l'espère aussi à l'unanimité –, je présenterai, au nom du Gouvernement, un amendement dit de programmation pour dire : année après année, les moyens qui doivent être mis en face de la loi qui aura été adoptée et votée. Et nous avons déjà pris des engagements d'augmenter les moyens dévolus aux associations, c'est-à-dire que le budget de mon ministère va continuer à augmenter, et d'augmenter les moyens humains, notamment du ministère de la Justice et du ministère de l'Intérieur. Parce que nous avons besoin de magistrats, nous avons besoin d'enquêteurs pour garantir que, justement, les plaintes puissent être enregistrées et les victimes accompagnées.
FRANCIS LETELLIERÇa tourne quand même autour de trois milliards. Concrètement, est-ce que ce sera trois milliards ?
AURORE BERGÉConcrètement, je vous le dirai à l'issue de l'examen de la loi.
FRANCIS LETELLIERCe n'est pas encore sûr, parce que ce n'est pas gravé dans le marbre, ces trois milliards.
AURORE BERGÉCe qui est gravé dans le marbre, c'est que depuis dix ans beaucoup a été fait, et qu'aujourd'hui, en 2026, on aura dépensé 1,5 milliard pour la lutte contre les violences faites aux femmes et 2,6 milliards pour la protection de nos enfants. Et on a pris l'engagement d'augmenter ces moyens, et on a dit dès maintenant qu'on allait augmenter les moyens humains de manière très importante.
FRANCIS LETELLIERCela pourrait être plus que trois milliards ?
AURORE BERGÉCela veut dire qu'une fois que la loi sera définitivement adoptée, moi, je sais dire : "Une fois que chaque disposition est adoptée, voilà ce que cela suppose, ministère par ministère, d'engagements et de moyens supplémentaires". Mais les moyens augmenteront.
FRANCIS LETELLIERÀ condition, comme vous le disiez, qu'elle soit adoptée. Or, vous risquez d'avoir des débats tendus. Il y a une foule d'amendements, comme, par exemple, certains qui demandent qu'on supprime le mot "féminicide" de la loi, ou le mot "sexiste". Certains qui veulent introduire le francocide. Vous attendez-vous à…
AURORE BERGÉLe masculinicide, j'ai découvert aussi par des amendements.
FRANCIS LETELLIERVous attendez-vous à une bataille terrible ?
AURORE BERGÉJe n'espère pas, parce que je crois que les Français, après le procès de Mazan, après le procès Le Scouarnec, après les assassinats de la petite Lyhanna, après le scandale du périscolaire… Je crois que tous les parents dans notre pays sont inquiets. Les Français sont inquiets.
FRANCIS LETELLIERVous allez avoir des débats tendus…
AURORE BERGÉEt je ne l'espère pas sincèrement.
FRANCIS LETELLIERVous ne l'espérez pas, mais c'est ce qui va se passer, non ?
AURORE BERGÉMais sincèrement, je ne l'espère pas et je ne le pense pas. Pourquoi ? Parce que je pense que ceux qui créeraient des débats sous tension dans cet hémicycle à partir de cet après-midi, de l'extrême droite d'un côté à l'extrême gauche, je pense qu'ils seraient en décalage profond avec ce que nous disent les Français, qui attendent du rassemblement et pas de la fracturation supplémentaire, qui attendent une loi adoptée, qui attendent une loi efficace, et qui attendent qu'on lutte avec encore plus d'engagement sur la question des violences sexuelles commises sur nos enfants et commises sur les femmes aujourd'hui. Raison pour laquelle, non, on ne supprime pas un mot, on ne supprime pas le mot "femme", "féminicide" ou "sexisme", car les violences, malheureusement, elle s'exercent d'abord à l'encontre des femmes.
FRANCIS LETELLIERAujourd'hui se met en place dans les pharmacies le remboursement d'une mesure que vous avez portée : des protections périodiques réutilisables sous condition de ressources. Les pharmaciens sont vent debout en disant "rien n'est prêt", "la qualité des produits, on ne sait pas ce que c'est". Est-ce que vous estimez qu'il y a une impréparation ?
AURORE BERGÉDéjà, il y a une bonne nouvelle quand même : il y a 6,7 millions de femmes qui vont pouvoir bénéficier de serviettes périodiques réutilisables.
FRANCIS LETELLIERÀ condition que les pharmaciens aient tout ce qu'il faut.
AURORE BERGÉPour toutes les moins de 26 ans et pour celles qui en ont besoin, sous conditions de ressources. Mais c'est quand même une bonne nouvelle.
FRANCIS LETELLIEROui, mais les pharmaciens disent que ça ne marche pas.
AURORE BERGÉNon, mais attendez, c'est le premier jour de mise en place. Vous savez quoi ? On va démarrer, on va évaluer et on va faire en sorte que ça marche. Mais on ne va pas considérer, avant même qu'il y ait une seule femme qui se soit rendue dans une pharmacie, parce qu'à cette heure-là, elles ne sont peut-être pas toutes ouvertes, que forcément ça va mal se passer.
FRANCIS LETELLIERLes pharmaciens disent que les produits qui sont arrivés ne sont pas forcément de bonne qualité.
AURORE BERGÉOn a fait une liste de produits pour garantir évidemment à la fois un prix plafond, ce qui paraît légitime, et aussi des conditions environnementales qui soient extrêmement exigeantes.
FRANCIS LETELLIERDonc, il n'y a pas de problème sur la qualité des produits.
AURORE BERGÉNon, au contraire, il y a une exigence de qualité et il y a 6,7 millions de femmes qui nous entendent, qui nous écoutent et qui vont pouvoir enfin être remboursées sur un produit qui est nécessaire, qui est de première nécessité, et qui coûte très cher tout au long de la vie d'une femme.
FRANCIS LETELLIERUne dernière chose. Vous avez été la première ministre à réagir après les révélations de Mediapart sur les propos attribués à Jordan Bardella, des propos antisémites. Vous avez déclaré que c'était inadmissible. Qu'est-ce que vous en tirez comme conclusion politique maintenant ? Est-ce que vous estimez que le RN n'est plus un parti comme un autre ?
AURORE BERGÉMais je crois qu'il ne l'a jamais été. En fait, ce qui m'étonne, c'est qu'on soit étonné. Qui peut s'étonner, en fait, que le président d'un parti politique d'extrême droite ait pu éventuellement tenir des propos qui seraient antisémites ? C'est quand même fou qu'on en vienne, en 2026, à s'étonner des dirigeants d'un parti d'extrême droite qui a été biberonné à Alain Soral… Et il le dit lui-même d'ailleurs ait pu, puisqu'il le dément. Donc, on verra ce que dira la justice, ait pu écrire ces propos antisémites.
FRANCIS LETELLIERJe repose ma question : est-ce que ça veut dire que ça pose la question même de l'existence du Rassemblement national ?…
AURORE BERGÉÇa pose la question du combat.
FRANCIS LETELLIERIl ne s'agit pas d'interdire le Rassemblement national.
AURORE BERGÉÇa veut dire que chacun ouvre les yeux, sur deux dangers mortifères dans ce pays que sont, et l'extrême-droite du Rassemblement national et l'extrême gauche de La France Insoumise.
FRANCIS LETELLIERJe vous repose ma question sur le Rassemblement national…
AURORE BERGÉEt ça veut dire qu'il y a donc, ça veut dire que nous avons la responsabilité de créer une alternative pour que les Français n'aient pas comme seul choix.
FRANCIS LETELLIERJe vous repose ma question sur le Rassemblement national.
AURORE BERGÉMais ma réponse est très claire.
FRANCIS LETELLIERNon. Est-ce que cela veut dire que cela pose la question de la présence du Rassemblement national, dans par exemple à l'Assemblée nationale ou dans le paysage politique ?
AURORE BERGÉLe Rassemblement national est un parti politique qui est autorisé à exister, mais nous, nous avons le devoir de le combattre. Nous avons le devoir de créer une alternative. Nous avons le devoir de ne pas laisser comme seul choix aux Français un choix mortifère entre le RN et La France insoumise. Dans quelques mois, à l'élection présidentielle et ces révélations, si elles venaient à être avérées – puisqu'il les dément encore une fois –, démontreraient tout simplement que le Rassemblement national est intrinsèquement antisémite. Vous avez un parti passionnément antisémite qui est La France insoumise, et un autre qui est intrinsèquement d'extrême droite, le Rassemblement national.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 octobre 2026
La source —
vie_publique · nº 304830
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