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24 décembre 2015 · Sénat · Affaires sociales et santé · réponse Réponse

Phagothérapie et traitement des infections causées par des bactéries multi-résistantes

· Clôturée

Affaires sociales et santé (repondant)

L'organisation mondiale de la santé (OMS) a précisé, en novembre 2015, que la résistance aux antibiotiques constitue l'une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, que de nombreuses infections, comme la pneumonie, la tuberculose et la gonorrhée, sont devenues plus difficiles à traiter face à la perte d'efficacité des antibiotiques, et que la résistance aux antibiotiques est à l'origine d'hospitalisations prolongées et entraîne une augmentation des dépenses médicales et de la mortalité. La question de l'utilisation de phages pour venir à bout d'infections bactériennes, en particulier à bactéries multirésistantes, est évoquée régulièrement, notamment du fait de la quasi absence de nouvelles molécules antibiotiques dans l'arsenal thérapeutique. Le plan d'alerte sur les antibiotiques 2011-2016, dans l'action n° 19, « Promouvoir la recherche fondamentale », recommande d'ailleurs d'identifier et d'évaluer des pistes alternatives à l'antibiothérapie. Depuis plusieurs décennies, certaines infections bactériennes (pulmonaires, cutanées, digestives) sont traitées par les bactériophages (phagothérapie) en Géorgie, en Pologne et en Russie. En Europe, les bactériophages n'ont pour l'instant pas de statut spécifique, même si la définition du médicament est susceptible de leur être appliquée (l'agence européenne du médicament EMA ex-EMEA a estimé en 2004 que le bactériophage était un médicament). Des études sur des modèles animaux mimant des infections pulmonaires sont publiées, et l'utilisation possible des bactériophages en thérapeutique humaine a fait l'objet d'articles dans des revues. En France, depuis 2013, un essai clinique européen PHAGOBURN est en cours à l'hôpital d'instruction des armées Percy (Clamart), avec comme objectif d'apporter des preuves sur l'efficacité de la phagothérapie. Cette étude est conduite en coopération avec l'agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, Swiss Medic, l'agence fédérale des produits de santé belge et l'agence européenne du médicament et avec l'aide des sociétés Pherecydes Pharma, qui disposent pour la France de deux brevets pour l'utilisation thérapeutique des phages, et de la société Clean Cells, qui effectue la purification des phages pour l'étude. Il n'existe pas de recommandations européennes sur le développement des bactériophages et l'expérience sur les phages acquise depuis plusieurs années dans certains pays (Europe de l'Est) ne peut à elle-seule constituer un niveau d'efficacité et de sécurité suffisant répondant aux standards d'évaluation en vigueur. Selon l'agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM - note de 2013), « les phages relèvent de la réglementation applicable aux médicaments ». À ce titre, les industriels désireux de développer un tel traitement doivent être autorisés en tant qu'établissements pharmaceutiques, et suivre les procédures de mise sur le marché des spécialités pharmaceutiques. Le produit doit notamment être fabriqué selon les bonnes pratiques de fabrication (BPF). Cependant, en l'état actuel des connaissances, ces virus sont immunogènes, et les bactéries peuvent aussi, à l'instar des antibiotiques, développer des résistances contre les phages. Par ailleurs, il manque la publication d'essais randomisés contrôlés, sachant qu'il existe le plus souvent des études cliniques ponctuelles, au cas par cas. L'ensemble de ces éléments font qu'aujourd'hui, il n'est pas possible de généraliser l'utilisation des phages pour lutter contre les infections bactériennes. Aussi, au vu des questions posées, l'ANSM, par décision du 13 janvier 2016, a créé un comité scientifique temporaire « Phagothérapie ». Ce comité est chargé de donner un avis quant aux situations cliniques pouvant justifier d'un accès précoce aux bactériophages et aux pré-requis nécessaires pour une mise à disposition précoce dans le cadre d'autorisations temporaires d'utilisation (ATU) ou d'essais cliniques. Cette instance prendra en compte les avancées de cette technique, notamment celles issues de l'étude PHAGOBURN, et pourra se pencher sur les questions posées par cette thérapeutique.
La source — senat_questions · nº -19692d78:151c33e049e:-2905
↗ https://www.senat.fr/questions/base/2015/qSEQ151219495.html
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