Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les ministres, mes chers collègues, avec l’élection du Président de la République et de l’assemblée que nous constituons, les Français ont fait le choix d’une alternance véritable et d’un bouleversement du paysage politique que nous connaissions depuis des décennies.Ce bouleversement n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe d’années d’échecs, de promesses non tenues, d’incapacité à conduire les réformes profondes que le pays attendait. Finalement, ce choix nous oblige tous.Monsieur le Premier ministre, le gouvernement que vous conduisez s’inscrit pleinement dans cette volonté de recomposition de notre vie politique à laquelle vous avez pris toute votre part en dépassant les clivages stériles, artificiels et finalement inefficaces.Nous siégeons ici avec la modestie de ceux qui connaissent – pour en avoir été témoins – les échecs du passé, et avec l’ambition ferme, monsieur le Premier ministre, de ceux qui entendent rompre avec le mal français des alternances inutiles, des rendez-vous manqués et des espoirs déçus.Un mot, à ce stade, de la recomposition politique à l’œuvre : j’entendais avec un peu d’étonnement hier, lors du Congrès, certains de nos collègues parlementaires douter de son efficacité ou de sa lisibilité. Dépasser les clivages anciens – ce ne sont pas là des mots creux –, ce n’est pas renoncer aux différences ni affadir les débats. C’est rassembler ceux qui, sur les grands enjeux essentiels, pensent, depuis bien longtemps, la même chose et qu’une bipolarisation artificielle avait jusque-là séparés et empêchés de travailler ensemble. (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur de nombreux bancs du groupe REM.) C’est au contraire, en définitive, apporter de la clarté et constituer la majorité et les oppositions autour des véritables lignes de fracture qui existent entre nous.Alors, monsieur le président Olivier Faure, je ne sais pas si la politique qui va être menée sera de droite et de gauche : vous l’appellerez comme vous voudrez, selon les schémas anciens que vous reprenez et dans lesquels les Français ne reconnaissent plus.Cette politique est en tout cas au service de la France et de son redressement : c’est bien cela, et uniquement cela, qui compte. Il y a un cap clair, tracé à partir d’un constat et d’ambitions partagées par la majorité et par le gouvernement, il y a un contrat avec la nation. De ce point de vue, si l’on se réfère à l’histoire politique récente, il s’agit d’une nouveauté. (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur de nombreux bancs du groupe REM.)Monsieur le Premier ministre, la première tâche de votre gouvernement et de cette nouvelle assemblée est de retrouver la confiance de nos concitoyens. Cette confiance sera rétablie à deux conditions. La première est de modifier nos pratiques et notre rapport à la démocratie. C’est tout le sens de notre soutien au projet de loi pour la confiance dans notre vie démocratique qui sera débattu prochainement et auquel nous sommes très attachés.Cela va de pair avec la réforme institutionnelle évoquée hier par le Président de la République : meilleure représentativité des grands courants de la vie politique, réduction du nombre des parlementaires avec, en corollaire, un renforcement de leurs moyens car il ne faudrait pas céder à la démagogie et à l’ambiance inquisitoriale du moment, amélioration des procédures. Tout cela va dans le bon sens.La deuxième condition a trait à la méthode et à l’état d’esprit tant de notre action parlementaire que de votre gouvernement, monsieur le Premier ministre, avec une nouvelle alliance de la loi et du contrat, du dialogue et du respect, le refus de l’anathème. En résumé, il s’agit d’une stratégie du dépassement des antagonismes que nous connaissions.Mais rétablir la confiance n’est pas seulement affaire d’institutions ni de méthode. En effet, rétablir la confiance, c’est aussi croire en notre économie, en nos entreprises et en leur faculté à assurer la prospérité de notre pays et de nos concitoyens. C’est également réconcilier la France avec ses entrepreneurs et porter sur eux un regard autre que convenu et, disons-le, tellement caricatural ; c’est conjuguer compétitivité et justice sociale en soulignant l’indivisibilité des enjeux économiques et sociaux. Il faut libérer l’activité en permettant à ceux qui peuvent et qui veulent entreprendre de pouvoir le faire, leur donner de l’autonomie, de la liberté et même la possibilité d’échouer car c’est à ce prix-là que l’on leur offre aussi la possibilité de réussir. C’est pourquoi nous vous soutiendrons lors de l’examen du projet loi sur le renforcement du dialogue social comme de l’ensemble des réformes qui, dans les mois à venir, consolideront ce texte pour lutter résolument contre le chômage.Au-delà des postures d’appareil, essayons, sans dogmatisme ni idéologie, de voir ce qui fonctionne, ce qui ne marche pas ou ne marche plusRétablir la confiance, c’est aussi rétablir l’équilibre de nos comptes publics. Il faut le faire vis-à-vis de nos financeurs bien sûr, de nos partenaires européens bien évidemment, mais peut-être en premier lieu, et sur le fond, vis-à-vis des générations futures car il y va de leur confiance. Comment trouverions-nous en effet le moindre crédit politique auprès des jeunes générations si on ne leur offre comme seule perspective que le remboursement de dettes dont elles ne sont pas comptables ? Cette dette-là, comme la dette écologique, est terrible parce que, si elle n’est pas apurée, elle privera ceux qui nous succéderont de toute capacité à agir et, en définitive, de tout espoir – la dette écologique les privant, elle, tout simplement de la possibilité de vivre.Régler la question de la dette n’est donc pas une question comptable : c’est d’abord, et avant tout, une question morale vis-à-vis des Français et en particulier des plus jeunes d’entre eux. Dans la droite ligne de nos engagements anciens, nous soutiendrons donc toutes les initiatives que vous avez, monsieur le Premier ministre, annoncées pour remettre de l’ordre et de la cohérence dans nos finances publiques.Nous devrons le faire tout en gardant le cap des engagements pris devant les Français, notamment sur le pouvoir d’achat et les investissements publics, par exemple dans le domaine de la transition énergétique. Monsieur le Premier ministre, je vous remercie d’avoir tout à l’heure réaffirmé le cap des réformes.Rétablir la confiance, c’est aussi s’adresser aux Français de tous les territoires. Élu, comme nombre d’entre nous, d’un territoire à la fois urbain et rural, j’assume cette complémentarité et en suis fier. Je n’oppose pas les deux et mets en garde contre la tentation de le faire. Veillons à ce que ne se construisent pas deux France que leur fonctionnement rendrait irréconciliables : une France pleinement partie prenante de la mondialisation et une France rurale, mais aussi urbaine, qui se verrait cantonnée au seul rôle de spectatrice du monde.Pour ces territoires, la puissance publique, dans des formes qu’il nous faudra renouveler, devra s’exercer pleinement. L’on n’imagine jamais assez le sentiment terrible de déclassement que ressentent les habitants d’un village ou d’un quartier lorsqu’ils voient leur dernier médecin partir, leur école fermer ou leur dernier commerce disparaître. (Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM et REM.)Nous avons, parallèlement, besoin de redonner à chaque territoire sa fierté en lui donnant un rôle, j’allais dire une vocation, dans la production de richesses nationales. L’identité d’un territoire tient en effet à son identité économique, aux savoir-faire de ses ouvriers, de tous ses salariés et de tous ses entrepreneurs. Les potentialités offertes par les technologies du futur, par les défis énergétiques et alimentaires ainsi que par l’émergence d’une nouvelle économie sont autant d’opportunités à saisir pour peu que nous ayons une véritable stratégie économique territoriale et une politique cohérente d’aménagement du territoire.Rétablir la confiance, c’est enfin retrouver et redonner du sens à notre destin européen. Parler d’Europe c’est en effet, comme vous l’avez rappelé, monsieur le Premier ministre, parler du destin de la France.Nous ne sous-estimons pas les imperfections du système européen, en particulier la question de sa légitimité démocratique, qui doit être renforcée. Si elle veut retrouver son crédit auprès des peuples, l’Europe doit se saisir principalement des sujets qui justifient d’une stratégie et d’une politique européennes. Grandes politiques industrielles, sécurité commune, climat, défense européenne, convergence économique et sociale : tels sont les enjeux à inscrire d’urgence à l’agenda européen.Monsieur le Premier ministre, j’aurais voulu vous parler d’éducation et de culture, parce que la société que nous avons à construire procède, en premier lieu, de cela. J’aurais également voulu vous parler de santé et de solidarité, car il s’agit là à la fois d’un défi et d’un devoir envers les plus fragiles. Nous aurons l’occasion, au cours des travaux parlementaires, de nous retrouver sur ces sujets, mais sachez que notre groupe sera pleinement actif et investi sur ces thématiques essentielles.Monsieur le Premier ministre, la confiance que le groupe du Mouvement Démocrate et apparentés s’apprête à voter à votre gouvernement est forte. Elle est loyale, elle est exigeante, tant les défis sont nombreux. Elle est forte de tous les espoirs que portent les Français pour que notre pays retrouve fierté et optimisme : c’est aussi, d’une certaine façon, en leur nom que nous allons voter en ce sens. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe MODEM, dont les membres se lèvent, et du groupe REM.)
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Dans la séance, autour de cette prise de parole
C’est le bon sens !
Monsieur le Premier ministre, vous ne construirez rien de durable sans le Parlement, sans l’ensemble des parlementaires, ceux de votre majorité, censés vous soutenir, mais aussi ceux de l’opposition qui feront vivre le débat démocratique.Nous serons ces députés à la fois force de proposition et fer de lance d’une...
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La parole est à M. Marc Fesneau, pour le groupe du Mouvement Démocrate et apparentés.
(La prise de parole ci-dessus)