Monsieur le président du Congrès, monsieur le président du Sénat, monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les membres du Gouvernement, mes chers collègues, nous avons achevé il y a quelques jours une campagne électorale qui a donné lieu, comme il est nécessaire en démocratie, à la confrontation des opinions et des projets. Notre nation a choisi : Emmanuel Macron est désormais notre chef d’État et nous souhaitons unanimement sa réussite à l’Élysée car son succès sera intimement lié à celui de la France.Le Président de la République succède à d’illustres prédécesseurs, au premier rang desquels le général de Gaulle. Cette responsabilité l’engage. Il est devenu le garant du bon fonctionnement des institutions de la Ve République. Il incarne désormais la République française et son histoire.Le Président de la République est également le garant du respect des droits de l’opposition : c’est un des fondements de notre pacte démocratique ; c’est la garantie de la vitalité de notre Parlement. Il doit veiller à préserver l’opposition et les contre-pouvoirs, en résistant à toute tentation hégémonique, qui serait par nature dangereuse et mortifère pour notre République.Nous reconnaissons la légitimité que la majorité a acquise dans les urnes. Mais aucun calcul politicien ne doit la conduire à transiger avec les droits fondamentaux de l’opposition, qu’elle émane de sa gauche ou de sa droite.Je fais partie des députés qui n’étaient pas donnés gagnants au soir du premier tour. Pourtant je me suis battue, et je suis là devant vous. La politique est bien souvent un combat des idées, vous le savez, tous et toutes, dans cette assemblée. Mais c’est aussi un espace de discussions, de propositions, de construction. Chacun doit pouvoir y donner son avis et l’avis de chacun doit pouvoir y être entendu. C’est là toute la noblesse de la politique.Or, mercredi dernier, au cœur même de notre hémicycle, les droits de l’opposition ont été fortement mis à mal, à cause d’une manœuvre de quelques députés qui n’ont pas respecté le fonctionnement et les usages de l’Assemblée nationale. Le Président vient de dénoncer le monde des petits arrangements. Nous venons, hélas ! de subir une triste résurgence de ce vieux monde.Ne nous voilons pas la face : aucun des questeurs élus à l’Assemblée nationale ne représente un groupe de l’opposition. Tous ont été élus avec le soutien direct ou indirect du groupe La République en marche. Tous ont annoncé publiquement qu’ils voteraient la confiance au Gouvernement, sans même attendre de connaître le discours de politique générale du Premier ministre.En résumé, le contrôle du budget et du fonctionnement de l’Assemblée nationale devient le monopole de députés favorables à la majorité. Les groupes d’opposition se retrouvent donc bien mal représentés dans la nouvelle assemblée.Monsieur le Premier ministre, la majorité ne doit pas choisir son opposition. Le Président de la République a souhaité moderniser la vie politique en mettant fin aux vieilles pratiques politiciennes. Comment, dès lors, cautionner de tels agissements ? Car ceux qui ne respectent pas les divergences de points de vue défigurent ce que les Français ont mis tant d’années à construire. Ceux qui profitent du rouleau compresseur pour écraser les différences rabaissent la pratique parlementaire. Ceux qui refusent d’entendre le discours contradictoire déshonorent leur mandat. Je souhaiterais d’ailleurs citer Paul Ricœur, particulièrement cher à Emmanuel Macron : « On n’excelle en rien sans tenir compte d’autrui. »Une démocratie apaisée, ce n’est pas une démocratie dans laquelle tout le monde est d’accord mais une démocratie dans laquelle tout le monde s’écoute et se respecte. Nous attendons de vous une volonté ferme de construire ensemble la France de demain, en écoutant les représentants de la nation.Monsieur le Premier ministre, une réforme de nos institutions vient de nous être annoncée. Certaines des propositions vont dans le bon sens et sont profondément nécessaires. Car entre l’organisation de nos institutions et la vie de la nation, il existe un lien étroit et fondamental.Nous partageons une responsabilité commune : porter la voix de nos concitoyens, apaiser le débat démocratique et travailler ensemble au service de l’intérêt général.Le groupe Les Républicains de l’Assemblée nationale vous suivra notamment dans votre volonté de réduire la prolifération législative, qui dessert notre action.Nous craignons toutefois que la réforme institutionnelle, que vous appelez de vos vœux, se heurte à deux écueils majeurs : d’abord, elle risque de désavantager les territoires ruraux, qui deviendraient les grands oubliés de la représentation nationale ; ensuite, elle risque d’affaiblir les parlementaires, donc le pouvoir législatif.En effet, avec une dose de proportionnelle dans les scrutins, la représentativité sera mécaniquement entravée. La proportionnelle, c’est le triomphe des partis et du centralisme jacobin. Elle ne permettrait plus aux habitants d’avoir un lien direct avec leur député. Les parlementaires seraient moins présents, donc moins connus, et donc moins identifiables. Ce serait un recul démocratique majeur. Il deviendrait aussi très difficile de sanctionner son député dans les urnes car les chefs seraient toujours réélus. Nous refusons donc de créer une assemblée hors sol, où des apparatchiks déconnectés des territoires prendraient le pouvoir.Méfions-nous également de la méthode de réduction du nombre de parlementaires, si elle devait pénaliser les territoires ruraux (Applaudissements sur de nombreux bancs), car supprimer une partie des élus revient à augmenter la taille des circonscriptions, et induit donc le risque d’un éloignement par rapport à son député. Ce serait surtout le cas dans les territoires sous-peuplés et cela signerait la fin de cette relation de confiance et de proximité avec nos administrés, que nous connaissons tous. Nous ne pouvons pas laisser une partie des Français sur le bord du chemin.Enfin, prenons garde à la tentation démagogique de limiter le nombre de mandats dans le temps. En tant que jeune élue, je comprends et je soutiens le renouvellement des pratiques politiques, mais tout ce qui contribue à censurer l’électeur dans son choix est antidémocratique. Le propre de la démocratie est de laisser le plus de liberté possible à chaque citoyen pour choisir son représentant. Je fais du reste pleinement confiance à nos électeurs pour ne pas réélire un de leurs représentants qui se serait montré décevant. À l’épreuve de la pratique parlementaire, les sirènes du renouveau ont ainsi leurs limites. L’hémicycle doit être représentatif, avec des élus expérimentés qui transmettent leurs compétences aux nouveaux arrivants. Aucun élu ne saurait en effet être réduit à un rôle d’automate dans une chambre d’enregistrement.Nous avons des propositions fortes et demandons à être entendus. Pour que la nation ait un sens, il faut qu’elle soit incarnée, représentée dans toute sa diversité.Monsieur le Premier ministre, l’abstention a été la grande gagnante des dernières élections : près d’un citoyen sur deux n’est pas allé voter en juin dernier. Nous devons tirer toutes les conséquences de ce refus. Beaucoup est à reconstruire et nous devons agir vite ; notre pays a trop souffert d’immobilisme. Dans cette course sans repos où le progrès entraîne les grandes nations, le courage des réformes nous a fait cruellement défaut, ces dernières années.Le nombre de chômeurs n’a cessé d’augmenter et 2 millions de jeunes sont sans formation et exclus de l’emploi. Nos classes moyennes ont subi des hausses d’impôt massives. Nos entreprises croulent sous les contraintes. Le budget voté par la majorité socialiste pour 2017 a été jugé insincère par la Cours des comptes. L’insécurité a augmenté sur notre territoire et plusieurs attentats terroristes ont endeuillé notre pays. Cette année, 100 000 jeunes ont quitté l’école sans diplôme. Notre système social est en crise et nous n’appréhendons pas correctement le vieillissement de la population. Nos collectivités territoriales sont asphyxiées et notre ruralité est en grande souffrance. Comment promettre à nos concitoyens des lendemains qui chantent sans entreprendre les réformes indispensables que les Français attendent de longue date ?Avec Les Républicains, nous serons au rendez-vous pour des réformes d’ampleur, que nous appelons de nos vœux depuis cinq ans.Nous serons au rendez-vous, comme nous l’avons toujours été, pour lutter avec force contre le terrorisme et garantir la sécurité de nos concitoyens.Nous serons également au rendez-vous pour une réforme économique majeure qui libérera nos entreprises afin de lutter efficacement contre le chômage.Nous nous mobiliserons pour restaurer la méritocratie et l’excellence françaises en améliorant notre système éducatif.Nous serons présents pour lutter contre la fracture territoriale, notamment pour garantir l’égalité des soins en France.Nous serons au rendez-vous pour rebâtir nos pratiques politiques car la confiance de la nation est notre valeur démocratique la plus précieuse.Nous serons également au rendez-vous pour développer le numérique, nouveau gage de transparence afin d’inclure davantage nos concitoyens dans la vie publique.Nous sommes aussi mobilisés pour la réussite de l’Accord de Paris, garant de l’avenir de notre planète.Enfin, nous serons au rendez-vous pour donner une nouvelle impulsion à l’Union européenne.Ainsi, l’adjectif « constructif », très à la mode, n’est pas l’apanage de certains députés. Il nous concerne tous constamment. Ayant été élus comme représentants de la nation, comment pourrions-nous ne pas être constructifs ? Alors oui, nous serons au rendez-vous de la réforme de l’État, pour redonner à notre République sa force d’action.Nous refusons cependant, comme nous vous l’avons dit, de vous donner un blanc-seing. Nous saurons nous mobiliser, dans nos assemblées respectives, pour dénoncer et combattre des réformes pénalisantes pour les Français, comme la hausse massive et injuste de la CSG.Dans la situation actuelle, rien ne serait pire que d’échouer par manque d’ambition, d’audace et, finalement, de responsabilité ; fidèles à l’esprit gaulliste, nous nous y refuserons.Monsieur le président du Congrès, monsieur le président du Sénat, monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, mes chers collègues, le modèle républicain reste notre socle, notre référence commune. La République, c’est la promotion sociale fondée sur le mérite et le talent ; elle fait de chacun d’entre nous le compagnon de l’autre. Avec Les Républicains, nous faisons depuis des années un choix démocratique majeur : celui de la responsabilité.Je souhaite conclure en rendant hommage à Simone Veil, cette grande européenne issue de notre famille politique, qui a tant œuvré pour les droits des femmes. Puisse sa parole, tirée d’Une Vie, son autobiographie, continuer de nous habiter : « Venus de tous les continents, croyants et non-croyants, nous appartenons tous à la même planète, à la communauté des hommes. Nous devons être vigilants, et la défendre non seulement contre les forces de la nature qui la menacent, mais encore davantage contre la folie des hommes. » (Applaudissements sur de nombreux bancs.)
La source —
assemblee_nationale
Pas d'URL publique donnée par la source
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé
Dans la séance, autour de cette prise de parole
La parole est à Mme Virginie Duby-Muller, pour le groupe Les Républicains de l’Assemblée nationale.
(La prise de parole ci-dessus)