Mme Emmanuelle Coint
Les problèmes dont vous ont fait part les assistants familiaux de votre circonscription sont au cœur du sujet que j’ai évoqué, celui de la double vulnérabilité. La prise en charge du handicap des enfants étant une compétence de l’État, force est de constater que nous avons à faire mieux ensemble et qu’il faut encourager la diversification et l’amélioration des réponses qu’il apporte.La prostitution est un problème prégnant auquel je m’intéresse particulièrement au sein de Départements de France. C’est un sujet de société, c’est un sujet dont le traitement n’obtiendra de résultats que s’il relève d’un travail collectif et de longue haleine. Vous avez certainement lu le rapport de l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE) sur la question, dans lequel il apparaît clairement que nos efforts doivent s’inscrire dans la durée, et nous devrons peut-être apporter à ce problème complexe et protéiforme une réponse ad hoc.Le nombre de contrats jeune majeur signés depuis l’entrée en vigueur de la loi Taquet a augmenté de 75 %. Dans mon département, il a peu évolué, car nous en comptions déjà beaucoup.D’autres outils doivent être présentés. Nous soutenons les associations départementales d’entraide des personnes accueillies en protection de l’enfance (Adepape), dont l’engagement est très important. En effet, certains enfants ne veulent plus avoir affaire à l’ASE après en être sortis : il faut bien leur proposer une pair-aidance ou un relais pour passer la main, si je puis dire, et encadrer l’évolution du jeune par un nouveau contrat. Or, à cette fin, nous ne pouvons pas nous appuyer sur une politique nationale très élaborée, vous me l’accorderez. Et pour cause, il n’y en a pas et le dispositif garantie jeunes est difficile à appliquer.L’ASE offre un accompagnement éducatif et n’a pas pour seul but de solvabiliser les jeunes devant payer un loyer – sinon, elle serait autre chose qu’un projet éducatif. L’ASE doit accompagner le mieux possible les jeunes, tant du point de vue éducatif que de celui de la prise d’autonomie. Nous n’attendons pas qu’un jeune ait 18 ans pour l’accompagner vers une autonomie encadrée : le travail de l’ASE débute dès l’âge de 16 ans.Faut-il rendre le contrat jeune majeur obligatoire ? Pourquoi pas, mais faut rappeler qu’il concerne des individus majeurs et que le travail social n’est efficace que si le public concerné adhère à ses objectifs. Nous faisons en sorte de susciter cette adhésion, mais ce travail n’est pas toujours facile.Ainsi, il nous faut disposer d’une pluralité de réponses, qui ne doivent pas toutes dépendre de l’ASE. Dans le département de la Côte-d’Or, nous avons conçu, avec l’ancienne direction départementale de la cohésion sociale (DDCS), le dispositif accueil mineurs majeurs isolés (Ammi), qui permet de transférer du département aux services de la cohésion sociale l’accompagnement des jeunes qui ne veulent plus dépendre de l’ASE. En outre, l’Adepape permet de développer la pair-aidance ; il s’y passe des choses très intéressantes.Je vois bien que vos intentions sont bonnes, mais n’oublions pas que le travail social a besoin de l’adhésion de ses bénéficiaires, pour que ceux-ci soient les acteurs de leur parcours.Faut-il prolonger l’accompagnement jusqu’à 25 ans ? À ce sujet, je me pose beaucoup de questions, madame. Vous proposez 25 ans, mais pourquoi pas 30 ? L’avez-vous retenu parce qu’à partir de cet âge les individus peuvent percevoir le RSA ? Nous ne pourrons pas nous dédouaner d’une politique pour la jeunesse. Or celle-ci est encore inexistante à ce jour, si bien que c’est le département ou rien ! Nous demanderez-vous bientôt que tout jeune âgé de 18 à 25 ans sans solution soit pris en charge par l’ASE ?
La source —
assemblee_nationale
Pas d'URL publique donnée par la source
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé
Dans la séance, autour de cette prise de parole
La parole est à Mme Emmanuelle Coint.
Mme Emmanuelle Coint
(La prise de parole ci-dessus)