rapporteur. – Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chers collègues, oui, sans doute faut-il le rappeler aujourd'hui, nos pays sont menacés. Oui, l'histoire est tragique et, oui, la guerre fait son retour dans le monde dangereux qui est en train de se dessiner sous nos yeux, et c'est notre devoir de le regarder en face.
Il est stupéfiant qu'au cours de cette discussion nous ayons entendu le déni de réalité qui continue de s'afficher avec fierté. Je pense en particulier, cher collègue, à vous qui déclariez: «L'Europe devrait faire du logement social plutôt que des munitions.» Vous pouvez construire autant de logements que vous voudrez, cher collègue, le jour où vous aurez désarmé nos pays, ces logements, ces maisons, ces demeures seront toutes en danger. Parce qu'aujourd'hui, comme hier, la seule vraie manière de garantir la paix, c'est de se préparer à la guerre.
Cela ne veut pas dire que nous voulons la guerre, bien au contraire. Et refuser le déni de réalité ne veut pas dire céder à des déclarations angoissantes et angoissées. Nous ne voulons pas la guerre, nous voulons protéger la paix. Mais la seule manière de protéger la paix, c'est d'appliquer ce conseil qui vient de l'origine même de notre civilisation, «Si vis pacem, para bellum»: si tu veux la paix, tu dois être prêt à la guerre. Pour l'avoir oublié trop longtemps, les Européens sont entrés dans une dépendance coupable qui les met, qui nous met, aujourd'hui tous en danger.
L'an dernier, nos pays ont acheté collectivement 79 % de leur armement en dehors de l'Union européenne. Cette dépendance, nous le savons très bien, chers collègues, c'était le signe du pari que les pays européens avaient fait collectivement, celui de sous-investir dans leur propre sécurité pour s'abriter sous le parapluie d'un autre. Cette dépendance aujourd'hui met en danger la souveraineté de nos États, la liberté de nos démocraties et la sécurité de chacun des citoyens sur le continent européen, et c'est de cela dont nous devons sortir.
Le mot «historique», chers amis, est souvent galvaudé, mais aujourd'hui je crois qu'il peut être employé à raison. De ce choix de la dépendance – 79 % d'armement acheté en dehors de l'Europe –, nous faisons aujourd'hui le choix de renverser la logique. Avec le programme pour l'industrie européenne de la défense, l'Union européenne, pour la première fois, va contribuer au financement des besoins de nos États en matière d'armement, en renversant ce paradigme.
Désormais, un armement sera financé si, et seulement si, il est constitué à au moins 65 % de composants européens; si, et seulement si, il est conçu dans l'Union européenne par des entreprises de nos pays; et, troisièmement, s'il n'est affecté d'aucune licence juridique qui empêcherait nos États de l'employer de manière souveraine pour pouvoir se défendre demain.
Ce choix fondamental, c'est notre Parlement qui l'a porté avec la Commission, et je voudrais vous remercier, Monsieur le Commissaire, pour ces longs mois de travail. Bien sûr, le chemin a été long, mais nous sommes aujourd'hui arrivés à ce résultat déterminant.
J'entends bien sûr certains collègues dire «Ce n'est pas assez, ce n'est pas suffisant, ça ne va pas encore assez loin» et certains y trouveront peut-être le prétexte pour ne pas voter ce texte, dont ils savent pourtant qu'il est l'occasion d'exprimer le véritable patriotisme dont ils voudraient se revendiquer. Si nous sommes patriotes, nous avons le devoir de soutenir cette nouvelle direction créée par ce texte, parce que cette nouvelle direction – le monde entier l'a compris et en Europe tous les acteurs industriels l'ont compris – est déterminante pour la souveraineté et l'avenir de nos démocraties.
Aujourd'hui, nous faisons paisiblement, calmement, avec détermination, notre travail. Nous assumons notre responsabilité politique, non celle d'agiter des déclarations qui font peur, mais celle de produire les solutions pour garantir la paix demain. Avec ce texte, nous offrons à tous ceux qui travaillent dans nos pays – vous parliez des travailleurs, cher collègue, mais vous êtes en train de les priver de ce texte et des moyens qu'il va leur donner – les moyens de produire dans nos États ce dont nous avons besoin: soutenir les travailleurs, soutenir l'industrie de nos pays européens, soutenir les ingénieurs, les techniciens, soutenir les chercheurs qui ont dans leurs mains une partie déterminante de notre sécurité pour demain. Car la bataille se joue là. Elle se joue d'abord dans nos usines, dans notre capacité à produire. Elle se joue dans nos laboratoires, dans notre capacité à inventer les technologies stratégiques pour garantir notre souveraineté.
Et nous donnons enfin aujourd'hui – et c'est à eux que je voudrais penser avec vous, chers collègues, ce matin –, nous donnons aujourd'hui à ceux qui portent les armes en notre nom les moyens de leur mission. Je voudrais avoir un mot pour tous ceux qui, militaires des forces armées engagés sous les drapeaux de chacun de nos États, portent aujourd'hui la protection de nos pays en engageant leur propre vie pour notre sécurité. Avec ce texte, nous voulons qu'ils puissent compter demain sur les moyens d'agir, sur les moyens de mener à bien leur mission et de vaincre dans toutes les batailles où ils seront engagés pour le succès des armes de nos pays et pour défendre ce que nous avons en commun, les principes mêmes de notre civilisation et de cet esprit de liberté qui est aujourd'hui menacé partout dans le monde, et en particulier partout dans nos pays et contre nos pays.
C'est en donnant à nos forces armées les moyens d'assumer leur mission que nous faisons notre travail et que nous assumons notre responsabilité politique. Ce matin, le choix est très clair, chers collègues, pour tous ceux qui vont devoir voter: choisir de soutenir ou non nos soldats, choisir d'être avec eux, derrière eux, en soutien de leur mission, ou choisir au contraire de leur faire défaut au moment le plus décisif.
Je voudrais remercier tous les collègues qui ont contribué, de tous les groupes politiques, à ce travail déterminant, remercier en particulier mon corapporteur, Raphaël Glucksmann, pour le travail que nous avons mené à bien dans une relation de confiance au service de cette cause commune qui dépasse tous les clivages. J'espère que notre Parlement aujourd'hui témoignera de cette unité au service de notre avenir.
La source —
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Dans la séance, autour de cette prise de parole
rapporteur. – Monsieur le Président, comme dans tous les moments graves, les débats importants montrent où se situe chacun d'entre nous. Ce qu'on a pu voir lors de ce débat, c'est que vous avez des partisans de l'esprit de la soumission et de la défaite, au cœur même de nos institutions.
Vous avez d'abord, à...
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(La prise de parole ci-dessus)