- Monsieur le Président, le rendez-vous de Nice était et devait être un rendez-vous historique, le coup d'envoi de la nouvelle Europe, celle du nouveau siècle, la grande Europe, l'Europe de tous les Européens. Et quel beau projet, tout de même, onze ans après la chute du mur de Berlin ! Mais pour cela, nous avions besoin de vision, d'ambition, de souffle, de générosité, d'audace. Hélas, trois fois, hélas !
Depuis longtemps nous savons que l'on ne fera pas entrer la grande Europe dans les institutions de la petite Europe. Nous savons qu'il faut penser l'Europe autrement et que nous avons besoin de nouvelles institutions. Mais, faute de vision d'avenir, faute de savoir poser les bonnes questions, on a tergiversé, on a marchandé et finalement on a bricolé à Nice.
"Mieux vaut pas d'accord qu'un mauvais accord", disait la présidence française avant le Sommet de Nice, et ce matin, si j'ai bien compris, on nous a dit en substance "mieux vaut un mauvais accord que pas d'accord du tout". Certes, l'accord de Nice ouvre la voie à l'adhésion des pays candidats, mais nous avançons sur cette route dans le brouillard, le pied sur le frein, avec la certitude que le véhicule Europe n'arrivera pas en l'état à destination.
Alors, oublions Nice, regardons l'après-Nice - et vous me permettrez de placer mon espoir dans le projet de grande convention avancé par la Belgique pour sa présidence, car la preuve est faite, il nous faut faire du neuf, il nous faut changer de méthode, il nous faut accélérer l'histoire : 2004 c'est trop tard, c'est trop loin, c'est trop dangereux. Oui, une grande convention avec les institutions européennes, avec les gouvernements, avec les parlements des pays membres et des pays candidats qui doivent être, impérativement bien sûr, associés à cette maison commune. Voilà l'espoir que je formule.
La source —
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(La prise de parole ci-dessus)