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5 novembre 2003 · Parlement européen · hémicycle Séance
rapporteur. - Monsieur le Président, le Conseil européen de Thessalonique des 19 et 20 juin dernier a conclu à la nécessité d’accélérer les travaux en vue de l’adoption, avant la fin de 2003, d’un instrument juridique destiné à créer officiellement un réseau d’officiers de liaison "Immigration". L’idée est que tous ces officiers de liaison "Immigration" des États membres, affectés dans le même pays tiers, travaillent efficacement ensemble, au sein de réseaux, afin de contribuer à la mise en place progressive d’une gestion coordonnée et intégrée des frontières extérieures. Le règlement proposé par la Grèce doit conférer un cadre destiné à formaliser et à renforcer cette coopération informelle existant entre officiers de liaison. L’idéal serait d’avoir des officiers de liaison "Immigration" de la Communauté avec des fonctions propres, formés et payés par l’Union, mais ni la compétence ni le budget n’existent encore malheureusement et certains États sont encore trop réticents. En effet, avec les officiers de liaison, on touche à la représentation extérieure des États membres et certains ne voient pas d’un bon œil toute perte de leurs prérogatives nationales. En attendant, cette nouvelle proposition de règlement constitue, à mon sens, un pas vers plus de transparence. Les tâches dévolues aux officiers de liaison sont essentiellement de trois ordres: ces officiers doivent contribuer à la prévention de l’immigration illégale et à la lutte contre les passeurs, aider au retour des immigrés illégaux et contribuer à la gestion de l’immigration légale. Ce dernier point demeure toutefois dans la nébuleuse, la forme que pourrait prendre cette gestion n’étant précisée à aucun article du règlement, et pourtant c’est un point qui me paraît essentiel. Il y a donc là une lacune à combler. En effet, contrairement à ce que veulent nous faire croire certains, l’étranger n’est pas dangereux, il est en danger. La personne qui quitte son pays, ses attaches, pour immigrer dans l’Union européenne est une personne qui a des raisons importantes, souvent vitales pour le faire. Et chacun de nous, dans les mêmes conditions économiques, sociales, psychologiques et émotionnelles ferait sans doute la même chose. Il me semble donc essentiel de diffuser dans les pays concernés des informations sur les voies d’immigration légale. Et pour cela, il paraît nécessaire que l’on soit clair, les uns et les autres, sur notre politique d’immigration, ce qui n’est pas vraiment le cas actuellement. Il me paraît aussi essentiel de mettre les populations en garde contre le risque qu’elles encourent de tomber entre les mains de passeurs sans scrupules ou de se retrouver aux prises avec un réseau de traite. Toutefois, pour que ces mesures soient réellement efficaces, j’invite les États membres à veiller à ne plus organiser eux-mêmes une certaine clandestinité. Pour ce faire, ils devraient, à mon sens, agir en deux directions. Tout d’abord, au niveau des statuts des travailleurs temporaires. Des études sur le travail au noir dans l’agriculture en Europe révèlent en effet que les heures supplémentaires non déclarées, le développement de formes illégales et parfois même esclavagistes de recrutement de la main-d’œuvre agricole, sont en augmentation dans les États membres. Souvent, les grandes chaînes de distribution font pression sur les producteurs qui ont alors recours aux chômeurs et clandestins, et il est impensable d’accepter les contrats qui relèguent le travailleur dans une zone de sous-droit. Je souhaite souligner que, très souvent, le durcissement des textes législatifs diminue le nombre de légaux et renforce celui des clandestins, qu’il n’empêche de toute façon pas de passer. D’autre part, il est fondamental d’éviter l’assimilation entre immigration et crime organisé. Les immigrés illégaux ne sont pas des délinquants. Ce sont des êtres humains qui n’ont pas eu la chance de naître au bon endroit. Il convient donc de délimiter plus clairement les différents rôles des officiers de liaison, des officiers de liaison "Immigration", des officiers de liaison "Aéroport", des conseillers en matière de documents, des conseillers techniques et des services consulaires qui traitent tous des questions d’immigration, de même qu’il semble opportun de délimiter le champ d’activité et de définir avec précision les tâches des officiers de liaison. Il s’agirait de veiller à une harmonisation, fut-elle partielle, de la formation dont ils devraient disposer. Certains des officiers de liaison interrogés dans le cadre d’un rapport établi par la présidence danoise voient d’ailleurs là une condition préalable à l’émergence d’un véritable réseau. Cette formation pourrait leur être dispensée normalement sous la forme de séminaires et d’ateliers, ce qui présenterait l’avantage indéniable de permettre à des contacts personnels de se nouer, ce qui constitue l’essence même d’un réseau. En conclusion, je souhaite souligner que, en aucun cas, l’immigration ne doit être considérée comme une menace. En aucun cas, les immigrés illégaux ne doivent être considérés comme des criminels. Ce sont des victimes, car ils ont eu la malchance de naître dans un pays de souffrance; des victimes, car ils sont désespérés et cherchent de la compassion. Si l’Union européenne n’est pas capable de comprendre cela, c’est à désespérer du progrès et du monde civilisé.
La source — parlement_europeen
↗ https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/CRE-5-2003-11-05_FR.html
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