- Monsieur le Président, il est tout d’abord impossible d’ignorer le conflit israélo-palestinien, tant il est dramatique pour les populations, tant aussi il empêche, de fait, tout développement du partenariat Euromed.
Seule une solution juste et durable peut permettre l’instauration de la paix dans la région. Seules la fin de l’occupation militaire israélienne, la destruction du mur de la honte et la création d’un État palestinien aux côtés de l’État d’Israël, sont de nature à conduire à la paix et à en finir avec l’engrenage insupportable et meurtrier que subissent la population palestinienne occupée ainsi que les civils israéliens.
Une lueur d’espoir est née avec ce que l’on appelle désormais les Accords de Genève, négociés pendant plus de deux ans par des délégations conduites par Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo. Il serait opportun que les ministres des affaires étrangères réunis à Naples apportent leur soutien appuyé à ce plan qui témoigne de l’existence d’interlocuteurs pour une paix juste de part et d’autre, contrairement à ce que la politique, notamment du gouvernement Sharon, s’échine à démontrer. Le cadre euroméditerranéen peut être un atout précieux pour contribuer à instaurer un climat de confiance qui permette un véritable dialogue.
Un premier signe consisterait en ce que des délégations de haut niveau, tant de l’Union que des pays arabes notamment, assistent à la signature officielle de ces accords le 1er décembre prochain à Genève, à la veille même de la Conférence ministérielle. L’on reconnaîtrait indéniablement un second signe dans l’action d’une Union qui déploierait tous ses efforts pour amener le quartet à soutenir également cette initiative.
En ce qui concerne les enjeux de la Conférence d’une manière générale, le fait que l’Europe s’intéresse à ses futurs voisins, notamment du Sud, est une bonne chose, tout comme l’annonce d’une Fondation pour le dialogue entre les cultures, dont la création dépend encore de l’allocation de ressources financières. Il n’en reste pas moins que les orientations proposées par la Commission dans sa communication préparatoire sont inquiétantes. En effet, il n’est pas sûr que la nouvelle politique de voisinage suffise à insuffler "un nouveau dynamisme au processus de Barcelone", car la logique même d’intégration pure et simple de ces pays au grand marché européen conduit à leur imposer des recettes libérales, sans tenir compte de leur spécificité ni des graves problèmes économiques et sociaux qu’ils connaissent.
Alors que ce modèle est de plus en plus critiqué, alors que même les propositions françaises pour une relance du partenariat évoquent "des conséquences qui pourraient être gravement déstabilisantes", la Commission ne se remet en cause à aucun moment. Sans même attendre l’étude d’impact de la zone de libre-échange qu’elle a elle-même lancée, elle pousse au contraire à un renforcement de la libéralisation réciproque des échanges agricoles et des services. Quant à l’appel à s’en remettre au secteur privé, il demeure bien en deçà des besoins des pays méditerranéens.
Cette logique à courte vue est profondément dangereuse. Tout appelle à construire du commun en Méditerranée, faute de quoi, la stigmatisation et l’humiliation quasi permanente dont le monde arabo-musulman, notamment, est l’objet, cela ajouté aux inégalités, ne pourront qu’alimenter l’intégrisme religieux ou l’utilisation du terrorisme par des groupes toujours plus dangereux.
Deux autres défis, pour terminer: il faut en finir avec l’obsession sécuritaire et instaurer la liberté de circulation. Quant aux droits de l’homme, instaurons de véritables mécanismes spécifiques. J’exprime ma solidarité avec Radhia Nasraoui, avocate tunisienne, qui vient d’entamer une nouvelle grève de la faim.
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