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16 décembre 2003 · Parlement européen · hémicycle Séance
- Monsieur le Président, Monsieur le Président du Conseil, Monsieur le Président de la Commission, le 3 septembre dernier, ici même, M. Giscard d’Estaing nous a présenté le projet de constitution pour l’Europe. J’avais alors vivement critiqué ce texte qui, à mes yeux et aux yeux de mon groupe, constitutionnalisait le modèle libéral en pérennisant, au niveau des orientations comme à celui des institutions, la partie la plus contestée du traité de Maastricht. Ce projet est désormais gelé pour plusieurs mois. Certains pourraient penser que nous en tirons une certaine satisfaction; pour ma part, nullement. D’abord, parce que le cours de l’Europe libérale n’est pas affecté par cet échec. Celle-ci continue pour une raison simple: ce n’est hélas pas du tout à ce sujet que les 25 gouvernements se sont divisés. De M. Berlusconi au premier ministre polonais, chacun s’est plu à souligner qu’un consensus existait sur la quasi-totalité des points du projet de constitution, hormis le mode de calcul de la majorité qualifiée au Conseil. Tous les problèmes posés avec force dans le débat public naissant sur le projet de constitution, par exemple au récent Forum social européen, restent ainsi sur la table. Pas de quoi donc se réjouir. Ensuite, il y a eu ce spectacle affligeant de ces ambitions de pouvoirs et de ces rêves de puissance, hors de toute confrontation d’options sur les politiques, sur les objectifs et sur les valeurs de l’Union, comme en écho à ce mot d’ordre stupide "Nice ou la mort", degré zéro de la politique et de l’esprit de responsabilité. Cette Europe aux dents longues et aux idées courtes, étrangère aux attentes et insensible aux frustrations qui sourdent de partout, constitue un cadeau royal fait aux populistes et aux démagogues de tous poils. Sur celles et ceux qui nourrissent une vraie ambition pour l’Europe - une ambition alternative à celle des traités actuels, mais une forte ambition pourtant -, ce préambule raté de l’Europe élargie peut avoir un effet ravageur. Enfin, cette impasse fait resurgir les vieilles lunes du noyau dur. Trop contents de l’occasion pour retirer leurs billes, les pays les plus riches agitent la menace d’une restriction des fonds destinés aux moins développés. Une telle évolution, en liquidant l’idée de solidarité entre pays membres, sonnerait le glas de toute communauté au profit du rêve des plus libéraux, la zone de libre-échange. Nous ne pouvons accepter une telle perspective. Il s’agit là d’une caricature de l’idée de coopération renforcée entre nations désireuses de faire prévaloir, sans attendre une impossible unanimité à 25, qui un modèle social plus avancé, qui une politique internationale plus autonome et plus offensive. Mais pour cela, encore faudrait-il qu’existe un vrai projet politique européen au sein du Conseil européen. Or, en vérité, il y a carence de projet, si ce n’est celui, des plus ambigus, de défense européenne, aggravé par la nouvelle doctrine stratégique de l’Union, dont la seule lecture donne froid dans le dos. C’est là que le bât blesse. Le déroulement et les résultats de ce Conseil européen devraient convaincre les hésitants sur un point: un projet dans lequel nos concitoyens puissent se reconnaître et s’investir, en raison même des ruptures essentielles qu’il suppose dans les institutions et dans les orientations en vigueur aujourd’hui, ne naîtra pas, ne naîtra jamais spontanément d’un conclave de chefs d’État et de gouvernement. Une convention n’y suffira pas non plus. C’est aux citoyens qui y aspirent et aux partis dans lesquels ils se reconnaissent qu’il appartient à présent de relever ce défi. C’est à ce niveau d’ambition que devra se situer à mes yeux, plus que jamais, la prochaine échéance politique européenne. (Applaudissements)
La source — parlement_europeen
↗ https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/CRE-5-2003-12-16_FR.html
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé

Dans la séance, autour de cette prise de parole

(La prise de parole ci-dessus)
- Fracture sur l’Irak, échec à Cancun, camouflet en Suède, naufrage du pacte de stabilité, fiasco constitutionnel enfin, 2003 aura bien été pour l’Europe l’annus horribilis! Il n’y aura donc pas de constitution européenne, mais, rassurez-vous, pas un citoyen pour le regretter ni même, sans doute, pour s’en... Lire ▸