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18 décembre 2003 · Parlement européen · hémicycle Séance
- Monsieur le Président, Madame la Commissaire, une initiative pour un sommet mondial sur la société de l’information est une bonne initiative. Société de l’information veut dire liberté, liberté de l’information, liberté de la circulation des informations, et c’est là où nous avons un problème: une société de l’information libre qui se réunit à Tunis pour parler de la liberté de la société de l’information, c’est comme si on envoyait un tout jeune enfant dans une cage aux lions pour qu’il y apprenne à manger. Il faut en effet quand même savoir qu’en Tunisie, on arrête les cybernautes, qu’en Tunisie, on emprisonne ceux qui utilisent l’Internet, qui utilisent la société de l’information pour la liberté qu’elle offre. Nous allons donc participer à un deuxième sommet mondial en Tunisie, mais il est probable que d’ici à notre arrivée, M. Ben Ali aura encore emprisonné deux à trois cents cybernautes pour protéger la société de l’information de ceux qui utilisent la liberté qu’elle offre. Je crois que, vraiment, si nous ne protestons pas - nous, c’est-à-dire l’ONU en l’occurrence, et l’Union européenne - ce sera le signe que nous prenons une mauvaise direction. À ce compte-là, pourquoi n’irions-nous pas en Chine? Là aussi, on emprisonne tous les cybernautes! On vend des armes aux Chinois et, tant que nous y sommes, on va organiser une grande convention internationale sur la liberté de l’information en Chine. Pourquoi pas? Soyons logiques avec nous-mêmes. Nous ferons le voyage directement de Tunisie en Chine, où nous crierons aux gens: "mangez et taisez-vous, mais surtout n’utilisez pas la liberté de l’information, c’est d’ailleurs pour cela que nous voulons faire une grande réunion chez vous!". D’ailleurs, cette manifestation organisée à l’initiative de l’ONU est marquée par la répression que certains États exercent à l’encontre des ONG. C’est le cas, par exemple, de Reporters sans frontières, une organisation qui se bat pour la liberté de l’information. À la suite d’une demande de l’Iran, signée par des tas de pays, Reporters sans frontières a été exclue des ONG reconnues par l’ONU. Vous voyez donc qu’il ne suffit pas de prendre une initiative louable pour la liberté et la société d’information. Il faut aussi être conséquent. Le Parlement européen s’est battu pour, par exemple, obtenir une directive relative à la brevetabilité des logiciels radicalement différente de la directive proposée par la Commission. Nous savons ce que veut dire se battre pour défendre la propriété intellectuelle et, si nous voulons être conséquents dans ce processus d’organisation de la société de l’information, nous devons nous battre pour la liberté et la protection intellectuelle. Cela veut dire que quand on organise quelque chose comme le sommet de Genève, cela ne peut pas se réduire à un grand marché pour permettre à Microsoft ou à d’autres de s’approprier de nouveaux marchés de par le monde. La liberté de la société de l’information ne veut pas dire Microsoft über alles. Cela ne peut pas fonctionner. À cet égard encore, nous devons, précisément, profiter du cadre qu’offre une organisation multilatérale pour mettre au point des règles qui, justement, assurent l’égalité devant le marché et au sein du marché. Pour conclure, Monsieur le Président, Madame la Commissaire, l’Union européenne ne doit pas être simplement présente dans ce genre de manifestations: elle doit aussi intervenir. Or, là où nous nous taisons, là où nous ne trouvons pas les mots, c’est quand il s’agit de défendre la liberté de la société de l’information. La société de l’information, ce n’est pas simplement un marché. La société de l’information, c’est aussi l’organisation de la démocratie et de la liberté.
La source — parlement_europeen
↗ https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/CRE-5-2003-12-18_FR.html
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