– Monsieur le Président, ce Conseil du 17 décembre va certainement représenter une date mémorable de la construction européenne et je voudrais vous dire, Monsieur le Président du Conseil, que nos concitoyens sont inquiets. Inquiets des élargissements à venir et surtout des réponses jamais apportées à la question essentielle des frontières de l'Europe. Nous soutenons, bien sûr, la Bulgarie, la Roumanie, mais il faut les accompagner encore dans leurs efforts. Nous disons oui à la Croatie, pour donner un signal fort dans les Balkans.
Mais la Turquie, la Turquie qui ne reconnaît pas un État membre de l'Union européenne, la république de Chypre, la Turquie qu'occupe cet État depuis trente ans, la Turquie qui punit tout individu faisant référence au génocide arménien, la Turquie dont 97 % du territoire se trouve en dehors de l'Europe! Et bien non! Elle n'a pas vocation à adhérer à l'Union européenne. C'est pourquoi nous souhaitons que le Conseil accepte l'idée proposée par la France d'un partenariat privilégié. Intégrer la Turquie, c'est d'emblée dire non à l'Europe politique avant qu'elle ne voie le jour. C'est donner l'image d'une Europe qui subit chantages et pressions. Estce cela la cohérence?
Pour passer à un autre sujet qui est tout aussi important, j'ai pu apprécier les propos fermes de M. Barroso, du Président Barroso, sur les perspectives financières de l'Europe. Je reste néanmoins inquiète sur l'avenir de l'Europe. On ne peut pas avoir l'ambition de renforcer la cohésion sociale, de soutenir la compétitivité, l'emploi, la recherche, la politique environnementale, on ne peut pas tenir compte du vieillissement de la population, bref respecter la stratégie de Lisbonne, on ne peut pas lutter contre le terrorisme, contre la drogue et la criminalité sans disposer des moyens nécessaires. On ne peut pas faire face aux défis qui nous attendent, celui de la concurrence explosive de la Chine, si nous continuons à vivre avec les budgets du passé.
Le Conseil ne peut donc maintenir son exigence de 1 % pour le budget européen, sinon l'Europe ne pourra plus assurer le financement de sa politique régionale, si proche du citoyen européen. Ce que nous attendons du Conseil, c'est qu'il tienne compte de nos priorités, celles que j'ai évoquées précédemment et, ensuite, qu'il définisse les ressources correspondantes pour remplir nos objectifs. N'oubliez pas que l'Europe ne peut pas se faire sans l'adhésion de chaque individu, de chaque citoyen européen. L'Europe doit exporter ses valeurs dans le monde, mais elle doit aussi respecter les hommes et les femmes qui la composent. Je crains, malheureusement, que les décisions qui seront prises le 17 décembre ne soient pas comprises d'un grand nombre de nos concitoyens.
La source —
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Dans la séance, autour de cette prise de parole
(La prise de parole ci-dessus)