– Madame la Présidente, chers collègues, beaucoup d’entre vous se réjouissent des récentes manifestations qui ont eu lieu en Iran. Soyons toutefois prudents sur le sens à donner à ces manifestations. Essayons de prendre un peu de hauteur. J’aimerais que nous réfléchissions à l’organisation d’un véritable monde multipolaire. Quelle pourrait être la place d’une grande nation historique comme l’Iran dans un Moyen-Orient apaisé?
Le Moyen-Orient a été mis à feu et à sang quand, à partir de 1991 et à la chute de l’Union soviétique, les Occidentaux en ont fait un théâtre de conquête et d’expérimentation.
Les États-Unis et les Européens ont testé dans cette région la théorie du state building, c’est-à-dire reconstruire un État après l’avoir détruit. Ce fut un échec sanglant en Iraq. Aujourd’hui encore, il n’y a que trois heures d’électricité à Bagdad.
Nous avons également testé la théorie des changements de régime, à la faveur d’un printemps arabe que nous avons vivement encouragé, sinon suscité. Ce fut une catastrophe en Égypte; les islamistes soutenus par l’Occident ont ainsi aggravé le sous—développement du pays et maintiennent, en dépit des efforts du maréchal al—Sissi, une insécurité chronique.
Enfin, nous avons tenté la bonne vieille méthode du coup d’État en Syrie. Quatre ans et 300 000 morts plus tard, c’est encore un échec cuisant et un désastre humanitaire dont nous avons payé une partie des retombées sous forme d’immigration et de terrorisme.
Aujourd’hui, nous avons l’occasion d’apaiser les tensions multiséculaires que nous avons contribué à exciter. La pression que Donald Trump a exercée sur l’Arabie saoudite semble entrouvrir l’espoir d’une réforme réelle qui pourrait être fatale au terrorisme islamiste. L’action de Vladimir Poutine, soutenue par la Chine et l’Iran, a contribué à maintenir le pôle de stabilité qu’est Bachar el-Assad, malgré tout. Nous devons mutualiser ces efforts pour permettre au Moyen-Orient de se reconstruire, aux minorités d’être protégées et à un véritable processus de développement d’avoir lieu.
L’Union européenne doit favoriser ce dialogue, être un interlocuteur, même si elle a participé à trop de déstabilisations. La rencontre de Sotchi et le processus d’Astana montrent le retour dans la région des processus historiques étouffés par la guerre froide et par l’unilatéralisme. Il est grand temps que l’Union européenne participe au concert de ce monde multilatéral d’équilibre et de paix.
La source —
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Dans la séance, autour de cette prise de parole
(La prise de parole ci-dessus)