au nom du groupe ENF. – Monsieur le Président, la France, comme l’ont été d’autres pays européens, a de nouveau été frappée, ensanglantée, endeuillée par le terrorisme, hier soir, ici même à Strasbourg. Je souhaite exprimer au nom de notre groupe «Europe des nations et des libertés», mes condoléances et ma solidarité à l’égard des victimes, de leurs familles et de leurs proches. Le combat contre le terrorisme islamiste doit être une priorité absolue et nous avons la responsabilité et le devoir de nous donner les moyens de mener cette guerre qui nous est faite, et de la gagner.
Monsieur le Président, depuis 1974, votre pays, Chypre, subit une scandaleuse occupation turque sur la moitié de son territoire. Oui, l’invasion par l’armée turque et l’occupation qui s’en est suivie sont scandaleuses, mais qui s’en émeut encore? La vérité, c’est que l’Union européenne n’a jamais soutenu Chypre face aux Turcs. Bien au contraire, voilà plus de 30 ans que la Turquie est entrée en négociation pour adhérer à l’Union européenne, après avoir bénéficié, depuis 1963, d’un accord d’association particulièrement avantageux. Chaque année, au titre des crédits de pré-adhésion, l’Union européenne lui verse des aides bien supérieures à celles que perçoivent des États membres comme Chypre.
Se refusant à tout bras de fer avec Erdoğan, qui se rêve en sultan d’un nouvel empire ottoman, les institutions européennes cèdent à toutes ses exigences, qui sont autant de caprices d’un enfant gâté à qui l’on n’a jamais su dire non.
On a fanfaronné quand on a fait signer à la Turquie un accord sur les migrants, mais c’était en réalité un nouveau marché de dupes. La Turquie a empoché quelques milliards de la part des généreux Européens, et les contreparties ne sont évidemment pas à la hauteur. C’est ce que l’on voit clairement à Chypre, d’ailleurs, en ce moment.
Pas plus tard qu’hier, on apprenait que plus de la moitié des 8 000 demandeurs d’asile que vous avez à Chypre étaient arrivés tranquillement par le nord de l’île grâce à des passeurs turcs. 8 000, pour un pays de moins d’un million d’habitants, cela fait beaucoup, et la pression migratoire s’est encore accrue ces dernières semaines.
Mais le sale rôle de la Turquie ne doit pas vous exonérer de vos propres responsabilités. Lundi, après que votre pays eut signé le funeste Pacte mondial pour les migrations à Marrakech, vous avez célébré la Journée internationale des droits de l’homme. «Avec des droits et des libertés pour tous», disiez-vous, mais sans devoirs ni contraintes.
Vous êtes donc bien en phase avec les auteurs de ce texte suicidaire pour les nations européennes. Oui, suicidaire, puisqu’il s’agit de supprimer le concept même d’immigration illégale afin de créer une sorte de droit universel à la migration, pour des hommes sans liens, hors sol, coupés de leurs racines. Certains prétendent que ce texte ne serait pas contraignant, mais alors pourquoi donc les États-Unis, l’Australie, Israël, tant de pays européens ont-ils refusé de le signer? Et pourquoi donc la coalition gouvernementale en Belgique a-t-elle purement et simplement explosé en raison de ce texte et des désaccords qui le concernaient?
Mais j’aimerais aussi revenir sur la crise financière et bancaire qui a frappé votre pays en 2012 et 2013. Les Chypriotes ont en quelque sorte servi de cobayes pour les cures d’austérité que la troïka allait bientôt imposer à la Grèce du très docile Alexis Tsipras, l’ami de M. Mélenchon. Les connivences entre les dirigeants européens et les banques ne sont plus à démontrer, de Macron à Barroso, qui est allé pantoufler chez Goldman Sachs, sitôt terminé son mandat à la tête de la Commission européenne.
D’où la création sur mesure – je n’ose dire sur commande – du mécanisme de résolution unique. Comme à Chypre, en cas de faillite d’une banque, ce sont les épargnants qui vont devoir payer l’addition une nouvelle fois, puisque leurs comptes pourraient être automatiquement ponctionnés. Et ce, alors même que le sauvetage des banques européennes a déjà coûté très cher aux contribuables de nos pays en 2008. Cela s’apparente à un véritable racket en bande organisée, par l’État et par les banques, et c’est précisément ce contre quoi les gilets jaunes sont en train de se révolter dans mon pays, la France.
La source —
parlement_europeen
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé
Dans la séance, autour de cette prise de parole
(La prise de parole ci-dessus)