geheim.land Recherche Politique
9 février 2021 · Parlement européen · hémicycle Séance
au nom du groupe ID. – Madame la Présidente, Monsieur le Haut représentant, intellectuellement, nous venons de familles politiques différentes et je n’ai jamais manqué dans cet hémicycle de rappeler que, parfois, vos initiatives me semblaient contestables. Mais cette fois, je voudrais vous rendre hommage. Votre récent déplacement à Moscou était, je pense, courageux, réaliste et nécessaire. Oui, je fais partie de ceux qui jugent que l’Union européenne ne peut pas avoir de diplomatie unifiée. Vous l’avez d’ailleurs constaté vous-même, puisque vos alliés étaient tous prêts à vous planter un couteau dans le dos alors que votre déplacement n’était même pas fini. Un élargissement inconséquent, un atlantisme constitutionnalisé, une volonté publique d’en revenir à la guerre froide interdisent aujourd’hui à l’Union européenne d’adopter une politique réaliste. Vous n’aviez donc que peu de chances de succès et il était certain que la Russie, si régulièrement insultée par les institutions européennes, ne vous ferait pas de cadeau. C’est justement pourquoi il était nécessaire de prendre ce risque, de se rendre à Moscou et de prendre attache avec nos partenaires russes. C’est justement pourquoi il fallait sortir de l’hypocrisie. Si l’Europe regarde vers l’Atlantique, elle doit aussi regarder vers l’Orient, au moins jusqu’à l’Oural, selon la formule du général de Gaulle. Il est évident que nous ne sommes pas naïfs et nous savons que la Russie poursuivra ses intérêts dans ses relations avec Bruxelles. Il s’agit de cesser de poursuivre, en ce qui nous concerne, les intérêts d’autres pays dans nos relations avec Moscou. Dire ces choses simples, c’est vouloir pour nos États membres une politique d’indépendance et de dignité. Dire ces choses simples, c’est affirmer que nous devons cesser d’être la risée du monde en donnant des leçons de morale à la terre entière, alors que nous continuons à faire des yeux doux à la Turquie ou au Pakistan. La politique étrangère est une affaire de puissance. La puissance russe est là. L’Allemagne le sait avec Nord Stream. La France le sait au Proche-Orient et en Afrique. L’Union européenne le redécouvre en admettant que le vaccin Spoutnik V sera peut-être bientôt nécessaire. Chers collègues, Joe Biden a commencé sa présidence en disant «America is back». La bonne politique pour nous serait de lui répondre «l’Europe est libre». (Réactions hors-micro dans l'hémicycle)
La source — parlement_europeen
↗ https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/CRE-9-2021-02-09_FR.html
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé

Dans la séance, autour de cette prise de parole

(La prise de parole ci-dessus)