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9 février 2021 · Parlement européen · hémicycle Séance
au nom du groupe ID. – Madame la Présidente, il y a six mois, le Parlement européen, tout imbu de sa certitude d’incarner seul le respect des droits de l’homme, avec la conscience tranquille du bourgeois philanthrope, se fendait d’un communiqué à la dignité auto-satisfaite: Aung San Suu Kyi était formellement exclue de la communauté du prix Sakharov. Cette décision n’a évidemment aucune influence sur les événements récents et l’incarcération de Aung San Suu Kyi. Y voir un lien de cause à effet serait surévaluer l’influence diplomatique de l’Union européenne qui, à force de reculades et de ridicule, ne pèse plus rien. En témoigne, Monsieur le Haut représentant, votre piteuse escapade en Russie. L’Union européenne, championne autoproclamée de la liberté et de la démocratie, est soumise aux pires intégrismes. Quand on en vient aux sujets sérieux des relations internationales, c’est l’émotion et la bien-pensance qui prennent le dessus. C’est cette émotion qui vous a fait choisir Aung San Suu Kyi comme prix Sakharov, c’est cette même émotion qui vous a fait le lui retirer. Toujours cette émotion qui vous voit aujourd’hui bégayer face à ce que vous avez été incapable de prévoir. C’est cette bien-pensance qui vous a fait choisir toujours les mêmes victimes à travers le monde en oubliant systématiquement certaines autres. Votre Union européenne préfère les Ouïghours aux catholiques persécutés en Chine. Elle préfère les Rohingyas au peuple karen, persécuté depuis des décennies. Elle préfère les Black Lives Matter et leur cortège de violences aux classes moyennes, dépossédées de tout. Aujourd’hui, vous êtes contraints de slalomer entre des positions idéologiques opposées car jamais dictées par les réalités et la complexité des relations internationales. Le coup d’État au Myanmar et la restauration brutale de la junte militaire sont bien sûr totalement condamnables. Et l’Union européenne aurait les moyens de l’exprimer à la place des injonctions morales, dont les autocrates se moquent. Utilisons des mesures concrètes. Les préférences commerciales permettant au Myanmar d’exporter vers l’Union européenne sans droits de douane dans le cadre de l’accord «Tout sauf les armes» doivent être suspendues. Non seulement la junte militaire sera effectivement sanctionnée, mais en plus cette décision permettrait de mieux protéger les intérêts de certains de nos États membres. Mes chers collègues, ces événements sont une nouvelle leçon diplomatique pour l’Union européenne qui, décidément, a bien du mal à progresser. Esclave de son idéologie, l’Union européenne ne saurait donner de leçons de liberté, puisqu’elle ne représente aucun peuple. L’Union européenne n’a pas vocation à devenir une voix dans le monde, qu’elle laisse aux nations le soin de défendre leurs intérêts dans un monde où celles-ci retrouvent une place toujours plus importante. On dit que l’homme politique pense à la prochaine élection, que l’homme d’État pense à la prochaine génération. En matière diplomatique, si elle souhaite éviter le ridicule, il serait bon que l’Union européenne pense plus loin qu’à sa prochaine communication.
La source — parlement_europeen
↗ https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/CRE-9-2021-02-09_FR.html
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