auteure. – Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, j’ai le plaisir aujourd’hui d’introduire, au nom de notre groupe de la gauche au Parlement européen, notre initiative pour un débat sur l’inflation et ses conséquences en Europe sur les plus précaires.
Ce choix a en effet un sens politique pour nous. Dans ce Parlement, on parle beaucoup de choses assez théoriques, mais on parle finalement assez rarement de la vie quotidienne des gens, des galères qu’ils rencontrent et de leur quotidien. C’est précisément cette réalité que nous voulons faire entrer au Parlement européen aujourd’hui.
Je ne pourrai jamais, personnellement, me résoudre à la froideur des chiffres et des agrégats économiques qu’on lit dans les journaux. D’ailleurs, nous ne devrions pas dire que l’inflation atteint 10 % en moyenne dans la zone euro, ni que les pâtes et l’huile ont augmenté de 20 %. Nous ne devrions pas dire que les salaires réels ont baissé de 2,4 % au premier semestre dans l’Union européenne. Nous devrions plutôt égrener la longue liste des enfants qui ne mangent pas à leur faim. Nous devrions décrire la détresse des étudiants ou des travailleurs précaires qui sautent des repas et peinent à se réchauffer. Le nombre de vies chamboulées, de rêves brisés, de projets non réalisés: voilà la réalité dont nous devrions parler dans ce Parlement.
Toutefois, pendant que certains galèrent, d’autres, eux, prospèrent. Il faut aussi mettre des mots sur l’autre facette de ce modèle économique défaillant. Depuis deux ans, les records des bénéfices et des dividendes versés aux actionnaires ne cessent de tomber les uns après les autres: près de 30 % d’augmentation en un an de dividendes pour les grandes entreprises européennes, et l’année qui se termine s’annonce encore plus fructueuse. Idem pour les rémunérations des grands patrons, qui repoussent sans cesse les frontières de l’indécence.
Bref, les riches s’enrichissent, les pauvres s’appauvrissent, et c’est là la conséquence directe de choix politiques. En effet, ce choc de l’inflation serait autrement moins brutal si les salaires avaient été indexés partout en Europe. Vous devriez vous en rendre compte, Monsieur Gentiloni, mais peut-être que les commissaires européens et les ministres sont bien trop à l’abri, au chaud avec leurs salaires mirobolants, pour s’apercevoir que, partout dans l’Union européenne, des gens galèrent et ne parviennent pas à finir leurs mois.
On nous assène que l’augmentation des salaires nourrirait l’inflation. C’est pourtant faux. Même le FMI, que notre groupe de la gauche n’a pas l’habitude de citer ici à cette tribune, démontre le contraire. C’est la spéculation et l’appétit des actionnaires qui font gonfler artificiellement les prix, pas les salaires des travailleurs. Et que faites-vous face à cela? Alors oui, il y a bien une microtaxe sur les superprofits, et des promesses – jamais tenues – de blocage des prix.
Vos choix ont des conséquences: tout ce que vous ne prenez pas aux plus riches ou aux multinationales, vous le prendrez aux plus pauvres, qui en paieront le prix, qui en paient même déjà le prix, avec les hausses de TVA et l’abandon des services publics. Comme si cela ne suffisait pas, la Banque centrale européenne est en roue libre: elle augmente, en parallèle, brutalement ses taux directeurs, au risque de provoquer une récession généralisée et une explosion du chômage en Europe.
Il y avait pourtant des solutions évidentes, qui ont été systématiquement balayées d’un revers de la main par vous, Monsieur Gentiloni, et par l’ensemble de la Commission européenne. De contrôle ciblé des prix il ne sera pas fait mention: ne touchons surtout pas aux tabous libéraux! Taxer plus fortement le patrimoine des plus riches pour redistribuer? Une hérésie, que d’en discuter! Toutes ces mesures seraient pourtant bien plus efficaces que n’importe quelle augmentation des taux directeurs, et bien plus durables que n’importe quelle prime ou n’importe quel chèque énergie. De la même manière, soustraire certains biens publics de l’emprise du marché, là aussi: chut! Surtout, n’en parlons pas. Au lieu de cela, la Commission et ses alliés libéraux organisent le grand retour de l’austérité. Plutôt que de taxer les riches, vous préférez purger les services publics, démanteler méthodiquement la protection sociale et attaquer les systèmes de retraite, comme Emmanuel Macron en France.
Alors, pour conclure, chers collègues, dans ce temple du consensus qu’est le Parlement européen, il est de bon ton de noyer les divergences politiques dans la culture du compromis. Néanmoins, je le dis à toutes celles et à tous ceux qui portent une responsabilité dans le désastre en cours, y compris à certains groupes politiques ici ainsi qu’à vous, Monsieur le Commissaire Gentiloni: cessez de vous cacher derrière vos poncifs libéraux éculés pour justifier votre guerre contre les plus pauvres, parce que, derrière les chiffres, des vies sont en jeu. Ne soyez pas les experts-comptables du malheur des peuples.
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