au nom du groupe The Left. – Madame la Présidente, chers collègues, la présidence suédoise qui débute illustre une tendance politique de fond qui doit toutes et tous nous alerter. Il y a quelques semaines, cela a été dit, la droite et les libéraux locaux ont décidé de former un gouvernement. Mais ce gouvernement-là a le soutien de l’extrême droite, une alliance tolérée par les groupes de droite, PPE et Renew, qui se traduit concrètement par une compromission programmatique totale. Haro sur les immigrés, rendus responsables de tous les maux, obsession anti-musulmans, déni climatique. Tout cela, on l’a entendu, pas plus tard qu’il y a quelques minutes, dans la bouche de mon collègue d’extrême droite.
Le cordon sanitaire que nous maintenons encore à bout de bras dans cet hémicycle se rompt partout. L’extrême droite est banalisée, normalisée, et les origines néo-nazies des soi-disant démocrates suédois – qui, au passage, portent très mal leur nom – sont oubliées. Et ce cordon sanitaire, ici, il est brisé en Suède, mais pas seulement. En France aussi, quand Emmanuel Macron fait élire à l’Assemblée nationale des vice-présidents du Rassemblement national. En Italie, quand la post-fasciste Meloni prend la tête du pays grâce à la droite corrompue de Berlusconi. En Europe, quand vous, Monsieur Weber, jetez les bases d’un rapprochement entre votre groupe et celui des réactionnaires.
Les tentatives de putsch de Trump ou de Bolsonaro et la dérive autoritaire d’Orbán le montrent pourtant clairement: on ne joue pas avec l’extrême droite car, quand elle prend le pouvoir, elle refuse toujours de le rendre démocratiquement. L’alliance des libéraux et de l’extrême droite, qui devient partout la norme, rejoue toujours le même scénario. D’un côté, la remise en cause de la démocratie et des droits fondamentaux, de l’autre, des politiques néolibérales qui saccagent l’État social.
De ce point de vue-là, le programme de la présidence suédoise ne fait pas défaut. J’ai bien regardé et je n’y ai vu aucun changement de cap, et cela alors que la crise économique plonge des millions de gens dans la pauvreté. Seulement, encore une fois, le ronron de la doxa austéritaire. Vous dites dans votre programme, je vous cite: bravo aux réformes structurelles et à l’assainissement des finances publiques. Comprendre: ruiner toujours plus nos services publics. Vous vous engagez à mettre en œuvre les règles de contrôle budgétaire, celles qui ont amené la Commission européenne à demander à quinze États de réformer leur système de retraite en une année, ou encore à demander à mon pays, la France, par huit fois, de casser son système de retraite dans le seul but de faire des économies. C’est écrit noir sur blanc: il faut limiter le coût des retraites, quitte à faire travailler les gens jusqu’à la mort ou la maladie.
Cette obsession comptable appliquée, je vous l’accorde, avec tant de zèle par certains dirigeants européens, a des conséquences concrètes sur la vie des gens. Voilà pourquoi, à Bruxelles, à Strasbourg, mais aussi dans la rue, vous nous trouverez sur votre chemin. Nous ne voulons plus de cet horizon mortifère que vous tracez pour l’ensemble des peuples européens. Nous ne voulons plus de ce monde prôné ici à Bruxelles ou à Strasbourg où, après le travail, ce sera la misère ou le cimetière.
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