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1ᵉʳ février 2023 · Parlement européen · hémicycle Séance
au nom du groupe The Left. – Madame la Présidente, les prix explosent, les salaires stagnent, la vie est de plus en plus dure, l’Europe fait face à une crise sociale sans précédent, et l’austérité fait son grand retour au pire moment, avec des attaques brutales contre notre système de protection sociale, comme dans mon pays, en France, où près de trois millions de citoyens ont manifesté hier contre la casse des retraites. Mais de tout cela, nous n’en parlerons pas aujourd’hui, car, quand tout va mal, le bouc émissaire est toujours le même: l’étranger. L’extrême droite nous impose une nouvelle fois son agenda xénophobe, face à une invasion migratoire qui n’existe pas. Il suffit de voir la mine ravie de Marco Zanni, qui vient ici, avec le tapis rouge déroulé, en disant: «Chouette, un nouveau débat sur l’immigration!», alors que nous connaissons aujourd’hui la crise d’inflation la plus grave de notre histoire, et que des gens galèrent à terminer leurs fins de mois. Je ne suis pas surprise des horreurs que l’extrême droite propose – ce n’est pas nouveau –, mais je m’inquiète qu’elles soient désormais reprises par la droite, par vous, Monsieur Weber, mais aussi par de plus en plus de libéraux. Je me souviens qu’il y a quelques années nous dénoncions tous ici les délires dangereux de M. Trump. Mais voici qu’une majorité de cet hémicycle s’inscrit aujourd’hui directement dans ses pas, jusqu’à Mme von der Leyen, qui n’exclut plus de soutenir ces murs de la honte en Europe. Alors non, pardon: pas les murs, mais tout ce qui sera autour – légère nuance, vous l’aurez compris. La forteresse, elle existe pourtant déjà: 1 000 kilomètres de murs actuellement, et des milliers d’autres en projet, des cages à migrants en Bulgarie, des ONG qui sont criminalisées, Frontex qui viole quotidiennement les droits de l’homme et ceux des exilés. Voilà cette réalité que la Commission européenne, comme une partie de cet hémicycle, ici, veut cacher, ces vies humaines dont Mme von der Leyen n’a pas dit un seul mot. Alors, je voudrais ici vous lire des témoignages d’exilés maltraités qui sont issus de ce «Black Book», recueillis dans le «Livre noir des refoulements», que notre groupe a édité, en lien avec les ONG. Je lis: «Après nous avoir violemment battues pendant trente minutes avec une matraque en métal, ils ont fait une pause pour fumer. Un officier a écrasé sa cigarette sur la tête de mon amie. Il m’a retiré mon foulard, frappée et crié dessus, a déchiré ma robe et continué à me fouiller en me touchant le corps devant mon enfant.» Que voulez-vous de plus? Des tirs à balles réelles contre ceux qui tentent de traverser? Des naufragés qu’on laisse se noyer? Des réfugiés fuyant la guerre à qui on refuse le droit d’asile? Tout cela a déjà été fait, et vous voulez le généraliser. Alors, pour conclure, l’Europe peut encore reprendre ses esprits, respecter ses soi-disant valeurs. Mais, ici, nous n’aurons de cesse de le dire: organisons enfin l’accueil digne des exilés comme il se doit et comme il est possible de le faire.
La source — parlement_europeen
↗ https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/CRE-9-2023-02-01_FR.html
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