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19 décembre 2014 · Assemblée nationale · groupe de travail sur l'avenir des institutions · commission Séance
Christine Lazerges
La question primordiale que m'inspirent les principes et valeurs que nous a énumérés Michel Winock dans son introduction est de savoir lesquels d'entre eux doivent être revisités dans la perspective de les pérenniser comme des piliers de notre République. Je pense, en particulier, à la laïcité, qui exige quelques ajustements en raison des bouleversements que connaît la société française. Cependant, plus que les valeurs et principes, ce sont les « monstres » qui m'intéressent. On a évoqué la crise de la représentation et l'antiparlementarisme, mais assez peu la xénophobie ou le populisme, et encore moins le délitement du sentiment d'appartenance, qui est pourtant à mes yeux l'indicateur le plus grave de l'éclatement dont souffre notre société, d'abord au plan générationnel : un adolescent considère souvent aujourd'hui qu'il n'y a plus de dialogue possible avec les responsables politiques, lesquels s'intéressent fort peu à cette catégorie, si ce n'est pour la stigmatiser, dénonçant les incivilités dont elle serait coupable et sa propension, sinon à la délinquance, du moins à troubler l'ordre public. Ce délitement du sentiment d'appartenance doit interpeller les partis politiques comme les associations. Si les partis politiques perdent pied, c'est sans doute que, à l'image de l'Assemblée nationale, ils ne sont nullement représentatifs de la société française. Les associations, en revanche, sont une chance extraordinaire qui nous est offerte de retisser du lien social. En tant que présidente de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, je peux ainsi témoigner, notamment en matière de lutte contre le racisme et la traite, de l'aide précieuse que nous apporte le monde associatif, qui se développe pourtant dans des conditions matérielles calamiteuses. Puisque nous sommes là pour réfléchir sur les institutions, j'aurai une seule question : que peut-on demander aux institutions pour retisser le lien d'appartenance ? La loi – constitutionnelle ou non – ne peut pas tout produire et elle ne produit pas toujours ce qu'on attend qu'elle produise. Il est donc urgent que nous en mesurions les limites, si nous voulons entamer une réflexion féconde sur la manière de lutter, par la loi, contre les « monstres ».
La source — nosdeputes
↗ http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-gtinstit/14-15/c1415002.asp#P5_60
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Dans la séance, autour de cette prise de parole

Michaël Foessel
L'impression selon laquelle la démocratie s'arrête aux portes de l'entreprise s'avère très répandue. La dynamique égalitaire portée par la démocratie se heurte en effet, dans le monde social et économique, au capitalisme. Au-delà de la tension entre l'économie et la démocratie, n'en existe-t-il pas une autre, plus... Lire ▸
Denis Baranger
La République française est solide et existe depuis longtemps. La tradition républicaine nous apparaît si forte que nous pouvons être frappés de cécité sur ce qu'elle nous apporte. Un sentiment de malaise s'est développé du fait de l'écart entre la République du passé et la réalité présente de la vie sociale, qui... Lire ▸
Guillaume Tusseau
Je partage, comme les orateurs précédents, le constat de crise qui sert ce matin d'hypothèse de travail à notre groupe. Or la crise, c'est, selon l'étymologie grecque, le moment de la décision, et peut-être s'agit-il aujourd'hui de prendre une décision, sans que celle-ci vienne nécessairement d'en haut. Michel... Lire ▸
Ferdinand Mélin-Soucramanien
Rompant avec la tonalité générale de nos débats, je voudrais ici, sans sous-estimer la crise économique et sociale que traverse notre pays, vous inviter à une forme de prudence dans la manière d'aborder nos institutions. Plus que la crise de confiance des citoyens envers leurs institutions, ce qui me frappe en... Lire ▸
Christine Lazerges
(La prise de parole ci-dessus)
Le fait que plus d'un quart des électeurs de moins de vingt-cinq ans n'aient pas voté à la dernière élection présidentielle doit nous conduire à un constat lucide : il y a bien un défaut d'adhésion au système. Je reprendrai donc à mon compte la proposition de Michaël Foessel : si l'on ne veut plus jouer, changeons... Lire ▸
Mireille Imbert-Quaretta
Il y a, dans les hypothèses de travail qui nous ont été proposées, un paradoxe assez déprimant qui consiste à faire le constat d'une crise à dimension multiple – crise sociale, crise de l'école, crise territoriale – contre laquelle le seul remède que nous pourrions nous autoriser serait celui d'une réforme limitée... Lire ▸
Virginie Tournay
Merci, monsieur le président Winock, pour votre propos introductif éclairant. Je commencerai à mon tour par quelques remarques générales élaborées à partir de la note de synthèse préparatoire. J'aimerais tout d'abord revenir sur le titre de cette séance, et plus particulièrement sur l'usage du terme de « crise »... Lire ▸
La note qui nous a été remise fournit un bon point de départ à la réflexion. Je trouve nos échanges passionnants et j'ai été emballé par votre exposé, monsieur Winock. La question qui nous est posée – la crise de la République dépend-elle de nos institutions ? – suppose d'abord de s'interroger sur les raisons de la... Lire ▸