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21 décembre 2017 · Assemblée nationale · cr-cepolind · commission Séance
Thierry Boisnon
Vous êtes revenu sur un changement d'organisation important : Marc Rouanne, pendant toute la première année de la restructuration, exerçait les fonctions de Chief Innovation and Operating Officer (CIOO), à la tête d'une organisation chargée des opérations, de l'innovation, de la recherche, et comprenant le Chief Technology Officer (CTO). Marcus Weldon travaillait au sein de l'organisation de Marc Rouanne à ce moment-là, laquelle comptait quelque 2 000 à 3 000 personnes, la moitié dans le secteur opérationnel et l'autre moitié en R&D, pour le dire très rapidement. Notre engagement était d'avoir en France une responsabilité mondiale en matière de R&D. Marc Rouanne a pris la présidence de « Mobile Network », fonction grâce à laquelle il a la responsabilité de plus de 50 % de la recherche mondiale ; on est donc passé de quelque 1 000 personnes à environ 25 000 à travers le monde. Cette responsabilité de Marc Rouanne est venue s'ajouter à celle qu'il exerçait antérieurement. Dans nos discussions avec nos partenaires, nous avons fait valoir qu'il était important qu'une partie du développement soit dirigée à partir de la France – outre Marc Rouanne lui-même, son directeur général-adjoint est français et le patron de la partie 5G de développement mondial est basé lui aussi en France. C'est donc, j'y insiste, depuis la France que sera déployée la 5G à l'échelle mondiale. Autrement dit, l'influence de la France, depuis le début de l'année, s'est considérablement accrue. Au-delà, il vient d'être décidé qu'un des directeurs travaillant sous l'égide de Marcus Weldon – CTO et président des Bell Labs –, en l'occurrence le directeur mondial de l'intelligence artificielle au sein des Bell Labs, serait installé en France, ce qui permettra à notre pays de peser fortement sur le développement sans oublier la recherche – fondamentale en ce qu'elle permet de susciter les activités du futur. Ce qui répond à votre première question. Votre deuxième question, à propos d'ASN, est difficile à traiter dans la mesure où nous sommes, je l'ai dit, en pleine discussion. Je l'ai évoqué, différents scénarios ont été envisagés et l'un tend à l'emporter sur les autres, mais je ne puis vous en dire davantage. Pour ce qui est de la conservation de l'emploi, il faut savoir qu'il s'agit d'un marché des plus indépendants. L'une des raisons pour lesquelles nous le considérons plutôt comme « satellite » par rapport à notre coeur de métier tient au fait que de nombreuses activités sont des activités de déploiement et qu'elles sont très cycliques : les engagements de développement des consortiums qui investissent dans le câble se font sur plusieurs années – ce qui implique de nombreuses années de négociation et de nombreuses années de déploiement. Les GAFA, par leur développement mondial, créent sans doute une nouvelle demande qui sera elle-même, pense-t-on, porteuse de croissance dans les années 2020-2025, mais une croissance davantage « lissée » que précédemment. Cette évolution permettra aux câbliers – au demeurant très peu nombreux – de « lisser » eux aussi leur activité à travers le monde. La 5G n'est plus un standard comme le furent la 2G, la 3G et la 4G : ce nouveau standard va permettre de complètement restructurer les réseaux des télécoms, qu'il s'agisse de la partie terminale, avec la partie « mobile », ou de la partie « transport ». Il faudra en effet ajouter des capacités énormes. La 5G permettra également un déploiement beaucoup plus dense, à raison d'un million d'objets connectés par kilomètre carré, soit cinquante fois plus qu'aujourd'hui avec la 4G. En outre, apparaîtront de nouveaux cas d'usage spécifiques dans le domaine industriel : on pourra séparer les réseaux 5G en différentes couches afin de dégager une rentabilité d'une tout autre nature. Les investisseurs dans la 5G seront donc différents de ceux d'aujourd'hui. Évidemment, les opérateurs actuels seront partie prenante. Comme je vous l'ai précisé tout à l'heure, c'est public avec un opérateur, mais pas avec d'autres, donc je n'en parlerai pas. Nous discutons aujourd'hui sur les cas d'usage. Il est évident que si l'on reprend les mêmes cas d'usage qu'aujourd'hui pour faire de la voix, de la donnée, et la connexion d'un mobile, ça ne marchera pas. Ce qu'il faut, ce sont des cas d'usage totalement différents, des réseaux autonomes. Il y aura probablement dix fois plus d'objets connectés qu'il n'y a de mobiles aujourd'hui, nous allons vraisemblablement atteindre 50 milliards d'objets connectés. Il y aura forcément des cas d'usage qui permettront de récupérer la donnée en temps réel. Beaucoup de cas d'usage se font sur le temps réel et la réalité virtuelle ; mais c'est seulement grâce à la 5G que nous aurons des objets connectés permettant réellement de faire de la réalité virtuelle. Les besoins physiologiques de l'homme imposent un temps de latence, c'est-à-dire un temps de rafraîchissement de l'image, inférieur à 2 ou 3 secondes, sinon nous sommes malades. Pour que des écrans puissent afficher de la réalité virtuelle en descendant à moins d'une milliseconde, il faut la 5G. Nous commençons à voir des applications de réalité virtuelle ; mais dans les cinq à dix ans à venir, nous en aurons beaucoup plus. Je suis d'accord, des questions se posent sur le modèle économique, au moins à très court terme, mais nous avons bon espoir que l'efficacité de la gestion du spectre soit nettement améliorée avec la 5G, surtout sur les bandes de fréquences qui sont utilisées. Nous discutons avec l'ARCEP et avec d'autres organismes de l'État pour savoir comment nous allons aborder ces sujets, et nous aurons des modèles économiques qui n'ont pas encore été découverts. À propos de Huawei, vous connaissez sans doute ma position. J'ai rappelé dans mon mémo que nous étions deux groupes mondiaux à ce niveau dans le monde, l'un asiatique, et nous-même. Il est clair qu'aux États-Unis, certaines sociétés n'ont pas le droit de répondre à certains appels d'offres. C'est ainsi… Faut-il aller jusqu'à ce point ? L'État peut sans doute aider, dans un contexte de souveraineté, au regard de la sécurité nationale. L'ANSSI est un acteur très important et développe un contexte qui permet de qualifier nos équipements et les solutions sur lesquelles nous travaillons. Pour certains marchés, qu'il s'agisse de marchés d'État ou de marchés passés par de grandes entreprises françaises, la réglementation devrait pouvoir imposer des contraintes de sécurité pour certaines de nos infrastructures ; nous y serions évidemment très favorables. Nous avons énormément investi dans ce domaine et cela permettrait de réguler le marché de manière intéressante. Qu'est-ce qu'un acteur industriel stratégique ? Tout ce qui va permettre de développer l'économie mondiale est à mon sens stratégique. Les télécoms n'ont jamais été aussi importantes pour le développement économique, et le seront sans doute encore plus dans le futur. Plus aucune transaction ne se fait sans digital, plus rien ne se fait sans accès à un réseau – infrastructure fixe, transport via l'IP ou réseau mobile. Les télécoms, de manière générale, seront une clé pour le développement économique. Les fournisseurs des télécoms, les acteurs tels que les opérateurs, et tout ce que nous pourrons développer dans le domaine de l'internet des objets, qui va aussi être majeur dans la transformation économique de nos activités verticales, peuvent être considérés comme des acteurs stratégiques en France.
La source — nosdeputes
↗ http://www.assemblee-nationale.fr/15/cr-cepolind/17-18/c1718011.asp#P2_365
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