Le préjudice cumulé se chiffre en dizaines de millions d’euros et les modes opératoires témoignent d’une violence et d’un professionnalisme croissants. Nous sommes face à une évolution récente. Hier, c’étaient les banques et les bijouteries qui étaient visées. À mesure que le niveau de protection de ces lieux a été renforcé, les cibles ont changé.
Aujourd’hui, nos musées sont concernés sur l’ensemble du territoire : ils apparaissent encore trop souvent comme des lieux plus accessibles et moins protégés, alors même qu’ils abritent des biens d’une valeur exceptionnelle.
Ainsi, le vol au Louvre ne doit pas être considéré comme un fait nouveau, isolé ou cantonné aux grands établissements. Les réseaux criminels se sont adaptés et continueront de le faire. Il n’y aura jamais de risque zéro, mais l’inaction ou l’improvisation, c’est la certitude d’un échec. La protection des musées ne peut donc se limiter à une réponse conjoncturelle à un seul événement.
De plus – c’est l’intérêt du débat de ce soir –, la sécurité des œuvres est encore largement pensée a posteriori, après la survenue d’un drame, et abandonnée à la seule responsabilité des établissements, avec des moyens très inégaux. Mme Gosselin l’a dit : cette asymétrie de traitement et de capacités des établissements, en particulier en milieu rural, les laisse seuls, démunis, face à cet enjeu. Les conséquences sont déjà visibles : faute de garanties suffisantes, certains établissements retirent leurs œuvres les plus précieuses ou renoncent à les exposer.
Or refuser de présenter des œuvres pour les protéger, cela revient à laisser la peur dicter la programmation et accepter le recul de la culture ; c’est la négation même des missions d’un musée. C’est précisément ce qu’il faut éviter : transformer les musées en bunkers et restreindre l’accès du public, au risque de voir s’installer une culture à deux vitesses, en vertu de laquelle seuls les grands établissements continueraient d’exposer pleinement.
Nous sommes réunis ce soir pour faire des propositions ; alors, que faire ?
Tout d’abord, nous devons sortir de l’improvisation et assumer une politique nationale de protection des œuvres. M. Filaire l’a suggéré : il nous faut établir une doctrine. En effet, contrairement à ce qui existe pour le risque incendie, il n’existe aujourd’hui ni règles contraignantes ni calendrier des contrôles en matière de sûreté. Il faut définir des principes communs de protection, proportionnés aux risques, organisés autour d’un objectif simple : dissuader, empêcher l’intrusion et retarder l’acte en attendant l’intervention des forces de l’ordre.
Ensuite, nous devons nous donner les moyens de ces exigences. La sécurité ne peut dépendre des seules capacités financières des musées ; ce serait une véritable injustice pour les établissements au sein des territoires. Sans soutien ciblé de l’État, les musées territoriaux resteront les plus exposés : il y va de l’égalité territoriale et culturelle. Or, dans le PLF 2026, les crédits consacrés aux musées stagnent.
Lors de l’examen des crédits de la mission « Culture », un amendement déposé par notre collègue rapporteur pour avis, Mme Drexler, visait à concrétiser le fonds de sûreté que vous aviez annoncé. Cet amendement est tombé au cours de la discussion, mais vous nous avez indiqué, madame la ministre, que le Gouvernement y était favorable.
Vous n’avez toutefois pas saisi l’occasion de déposer un amendement du Gouvernement allant en ce sens, alors qu’il aurait recueilli une majorité en séance et aurait permis d’ancrer ce fonds dans le texte budgétaire. Certes, ces 30 millions d’euros auraient été insuffisants, mais ils auraient constitué un premier signal concret.
En l’absence de traduction budgétaire, ce fonds reste, comme trop souvent, une annonce sans portée réelle, alors même que les établissements, en particulier les plus modestes, attendent des moyens effectifs pour sécuriser leurs œuvres.
Madame la ministre, la sécurité des œuvres, dans la mesure où elle conditionne la capacité de nos musées à remplir leur mission – transmettre, émanciper, rassembler –, ne peut être réduite à une séquence d’annonces sans lendemain. Nous attendons désormais des actes.
Pouvez-vous nous dire si ce fonds sera réellement doté de moyens, pérennisé et accessible à l’ensemble des musées qui en ont besoin ? Vous avez esquissé un début de réponse en évoquant un diagnostic, madame la ministre : qui sera chargé de le mettre en œuvre, notamment dans les musées qui n’en ont pas les moyens ?
Est-il possible que le Gouvernement passe d’une logique réactive à une politique structurée de prévention, de sécurité et de sûreté pour nos établissements ? (Applaudissements sur les travées des groupes SER et CRCE-K, ainsi que sur des travées des groupes GEST et Les Républicains.)
La source —
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Dans la séance, autour de cette prise de parole
Très bien !
La parole est à M. Adel Ziane. (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées du groupe GEST.)
Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, nous remercions notre collègue Agnès Evren de nous donner l’occasion de débattre ce soir de la sécurisation de nos musées. Je la soutiens dans cette démarche.
La France compte plus de 1 200 musées, fréquentés chaque année par des dizaines de millions de...
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Absolument !
(La prise de parole ci-dessus)
La parole est à M. Jacques Grosperrin. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, je veux profiter de cette intervention pour formuler trois vœux pour l’année 2026.
Madame la ministre, vous ne serez pas étonnée que j’aborde le cas du Louvre. « Un tel événement ne peut pas rester sans conséquence ni sans action immédiate en ce qui...
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La parole est à M. Jean-Gérard Paumier. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Laurent Lafon applaudit également.)
Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, le vol des bijoux de la Couronne dans la galerie d’Apollon, qui nous a tous sidérés, a eu un retentissement mondial, à la hauteur de la notoriété du musée du Louvre et de l’audace des malfaiteurs.
Madame la ministre, vous avez aussitôt diligenté une...
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