Mme Assa Traoré
Dix ans après la mort de mon frère, je peux vous dire qu’on ne se reconstruit pas après un tel drame et les mensonges qui ont suivi – c’est sans doute ce que vous dirait n’importe quelle famille. Nous ne nous sentons pas considérés comme une famille de victime, c’est pourquoi nous nous battons. Je me bats pour la vérité et la justice pour Adama, et ce combat va maintenant au-delà de la famille Traoré. Il s’agit de faire bouger les choses en France afin de pouvoir dire un jour aux jeunes et à leurs familles qu’ils peuvent sortir dans la rue sans être interpellés et sans mourir, afin qu’ils ne subissent plus les dommages collatéraux du colonialisme et de l’esclavagisme. De nos jours, nous subissons encore ces dommages, parce que nous sommes noirs, arabes ou que nous venons de quartiers populaires.Nous ne parlons pas ici d’insertion, mais de survie. Comment survivre, avancer et faire évoluer les choses ? Si je suis là aujourd’hui, c’est pour dire qu’il est important d’avoir une police et une gendarmerie respectables – et qui, en tout cas, ne prennent pas la vie de nos concitoyens comme la police a pris celle d’Adama Traoré. Nous nous battons aussi contre la criminalisation des familles, qui est un phénomène de grande ampleur.Je ne suis pas garante des propos de tous : chacun est responsable de ce qu’il dit. En revanche, je suis garante de mes propres propos ; je suis la voix vivante d’Adama Traoré et je me battrai jusqu’au bout pour que la vérité et la justice soient reconnues. Nous connaissons la vérité désormais : le monde entier sait qu’en France, des hommes noirs et arabes, des personnes de quartiers populaires se font tuer par des policiers et des gendarmes. C’est là mon combat, le combat que tout citoyen peut livrer pour faire valoir ses droits. Vous êtes aussi garants de cela. C’est pourquoi il vous appartient de répondre à mes questions, même si vous ne répondez pas à celles qui relèvent de la justice. En tant que députés, vous êtes garants de la survie des citoyens français. Adama Traoré et tous les autres étaient des citoyens français.
La source —
assemblee_nationale
Pas d'URL publique donnée par la source
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé
Dans la séance, autour de cette prise de parole
Je remercie nos trois invités. Ma question est destinée à Mme Traoré. J’ai bien entendu votre souffrance, et je vous présente moi aussi mes condoléances pour votre frère. Ce qui s’est passé est dramatique et terrible. Ma collègue Edwige Diaz vous a posé deux questions et je me permets de vous les poser à nouveau,...
Lire ▸
La parole est à Mme Assa Traoré.
Mme Assa Traoré
(La prise de parole ci-dessus)
La parole est à M. Thomas Portes.
Monsieur Roché, vous avez évoqué le fait qu’en introduisant l’article L. 435-1 du code de la sécurité intérieure, qui modifie les conditions d’exercice de tir, la loi de 2017 a eu pour effet de démultiplier les tirs, et notamment les tirs mortels. Par ailleurs, le parcours pour que les familles de victimes aient...
Lire ▸