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19 novembre 2003 · Parlement européen · hémicycle Séance
- Monsieur le Président, je crois que, quand on parle de la Russie, nous sommes tous un peu obligés d’être borgnes, ou du moins j’ai l’impression que tout le monde se sent obligé d’être borgne, et cela depuis la chute du mur et l’effondrement du régime soviétique. À l’époque, nous nous félicitions de l’évolution démocratique avec M. Eltsine, et on ne voyait évidemment pas la corruption incroyable qui se développait dans ce pays. Aujourd’hui, nous nous félicitons des avancées avec M. Poutine, et nous ne voyons pas la mascarade qui est organisée autour du monopole sur les médias. Je ne parlerai pas pour le moment des arrestations arbitraires et de la Tchétchénie, sur lesquelles je reviendrai à la fin de mon intervention. Pourquoi en est-il ainsi? Parce que, c’est vrai, la Russie est un pouvoir énorme à nos frontières et que personne ne sait exactement comment prendre le taureau par les cornes, d’autant que tout le monde veut avoir la Russie de son côté. Monsieur Poettering, je sais qu’il est difficile de critiquer des amis quand ils font des erreurs. Vous saviez d’ailleurs comme cela me faisait mal de voir mon ministre des affaires étrangères constamment aux côtés de M. Poutine pour défendre une position juste concernant l’Irak. C’est-à-dire que pour l’Irak, on sacrifiait les Tchétchènes. De l’autre côté, il est évident que les Américains faisaient exactement la même chose. Si les Américains avaient dit "oui" à l’Irak, c’est que les Tchétchènes ne les intéressaient pas non plus. Donc, des deux côtés, c’est la même chose. Je crois qu’il y a là un problème fondamental. Si nous croyons, sous prétexte que nous avons besoin - et c’est vrai - d’un lien stratégique avec les Russes, qu’il faut se conduire de manière complaisante à leur égard, eh bien on se trompe. Et on se trompe parce que les résultats ne seront jamais à la hauteur de ce que nous attendons. Nous disons "oui" au processus démocratique en Russie, mais quand des problèmes d’une extrême importance se posent et que le Président en charge de l’Europe se contente de dire à M. Poutine: "Mais c’est parfait ce que vous faites en Tchétchénie! Vous arrêtez des gens, mais c’est parfait! Et le monopole des médias? C’est parfait", vous pouvez toujours produire par la suite des tas de résolutions, le mal est fait. Et il est fait pour longtemps, parce que personne en Russie ne songera à dire: "Oui, c’est vrai, il y le Parlement européen. Oui, c’est vrai, il y a M. Verheugen et la Commission". Cela ne compte pas puisqu’ils savent que lorsque des problèmes se posent, la nécessité de les ménager l’emportera: "Nous avons besoin de vous, Monsieur Poutine". En résumé, la crise d’urticaire du Parlement, la crise d’urticaire de la Commission ne les dérangent pas, ce qui implique qu’en profondeur, la situation en Russie ne change pas. C’est pour cela que je vous dis que si on ne dénonce pas clairement le massacre de tout un peuple qui est organisé en Tchétchénie, jamais M. Poutine ne nous écoutera. Quand M. Poutine fait la morale, peut-être avec raison, sur l’Irak, il n’en pense pas un mot, parce que ça ne le dérange pas. Il instrumentalise l’Irak comme il a besoin de tout instrumentaliser pour établir son pouvoir en Russie: un pouvoir totalitaire. (Applaudissements)
La source — parlement_europeen
↗ https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/CRE-5-2003-11-19_FR.html
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Dans la séance, autour de cette prise de parole

- Monsieur le Président, je me félicite de ce débat qui se tient aujourd’hui sur le dernier sommet entre l’Union européenne et la Russie au sein de notre Parlement. Il s’agit en quelque sorte d’une réponse aux déclarations que M. Berlusconi avait formulées sur la Tchétchénie à l’issue du sommet, déclarations qui... Lire ▸
(La prise de parole ci-dessus)