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14 janvier 2004 · Parlement européen · hémicycle Séance
- Monsieur le Président, Monsieur le Président du Conseil, Monsieur le Président de la Commission, quand les observateurs évoquent les difficultés auxquelles va être confrontée la présidence irlandaise, ils insistent tous sur le blocage du processus constitutionnel. Je crains que cela ne conduise à ce que l’arbre cache la forêt. À mes yeux, le déroulement et l’issue du sommet de Bruxelles ne furent en définitive que les symptômes d’un mal plus profond: l’absence d’un projet commun, en tout cas d’un projet dans lequel les Européens puissent se reconnaître. Le défi à relever est dès lors plus ambitieux, bien plus ambitieux que la recherche d’un compromis de pouvoir avec deux moutons noirs du Conseil européen. Il est d’oser dépasser les non-dits, les propos lénifiants, la langue de bois communautaire et oser appeler un chat un chat et une crise une crise. L’esprit critique est une denrée rare au Conseil comme à la Commission. C’est pourquoi je suis convaincu que nos concitoyens apprécieraient comme un changement significatif un langage de vérité et de responsabilité sur ce qui ne marche pas dans l’Union et appelle des changements. L’actualité nous fournit de nombreux exemples de tels tabous à lever. Je m’arrêterai sur trois d’entre eux, particulièrement structurants. Tout d’abord, la crise de l’euro et celle du pacte de stabilité car les deux problèmes sont liés. La création de la monnaie européenne devait stimuler la croissance, favoriser l’emploi et renforcer l’Union face à ses principaux concurrents. Aujourd’hui, qu’en est-il? L’économie est atone, le chômage est massif et la zone euro subit sans broncher la politique monétaire prédatrice de Washington. Cela doit changer. Les solutions avancées à cet égard ne me paraissent pas ou plus crédibles. Ainsi, on nous annonce que la stratégie de Lisbonne va connaître un nouvel élan. Mais où nous ont conduits, en matière de croissance et d’emploi, tous les élans en la matière depuis près de quatre ans? On fait également grand cas des grands travaux. Nul doute qu’ils correspondent à des besoins très réels. Mais en faisant prioritairement appel à des capitaux privés, on en limite considérablement la portée. Le secteur privé, reconnaît le président de la BEI, Philippe Maystadt, je le cite, "est intéressé pour peu qu’il s’agisse de projets présentant un degré suffisant de rentabilité", il n’y a pas de secret. Et il précise, je le cite toujours: "l’expression "initiative de croissance" peut prêter à confusion. Il ne s’agit pas du tout d’une mesure pour essayer de provoquer la relance à court terme". Et c’est dans ce contexte que le pacte de stabilité devrait continuer comme si de rien n’était à pénaliser les dépenses publiques, fussent-elles destinées comme nous le souhaiterions par exemple à rénover les hôpitaux ou à développer la recherche. Le commissaire Solbes va traduire devant la Cour les États qui ont commis le crime, je cite, de "substituer à un système fondé sur le respect des règles, un système fondé sur des décisions politiques". Comme si cette crise de l’Union ne nous faisait pas précisément obligation de revisiter les règles et de nous plonger dans une profonde réflexion politique. Cela doit changer. (Applaudissements) Deuxième exemple de crise, et non des moindres: celle des perspectives financières, donc de la politique de solidarité à l’heure de l’élargissement. C’est la Commission qui, il y a plusieurs mois, a tiré la première. Sur la base du fameux rapport Sapir, rédigé à sa demande, elle a pris la responsabilité d’accréditer l’idée inacceptable d’une réduction des fonds structurels après 2006. Plus récemment, l’initiative honteuse des six pays les plus riches de l’Union a enfoncé le clou: le gel du budget à 1% du produit intérieur brut à partir de 2007, alors même qu’on s’apprête à accueillir dix nouveaux pays dont les revenus par habitant sont inférieurs à la moitié de la moyenne des Quinze. Or, comme il est dans leur esprit exclu de remettre en cause le principe de la ristourne à la Grande-Bretagne arraché il y a vingt ans par la "dame de fer", la variable d’ajustement, ce sont les fonds de solidarité. Discuterons-nous de cela le 1er mai, lors de la fête de l’élargissement? Si l’on veut réussir ce grand projet, cela aussi doit changer. Enfin, il y a bel et bien crise de l’action extérieure de l’Union. Un an après la grande confrontation d’options à l’échelle planétaire au sujet de l’Irak, l’expérience a beaucoup progressé. On sait aujourd’hui qu’il y a eu mensonge d’État à propos des armes de destruction massive. On sait aujourd’hui qu’une grande puissance peut seule gagner une guerre mais qu’elle est impuissante à gagner la paix. Et on sait que l’occupation de l’Irak alimente en fait le terrorisme, qu’elle était censée terrasser. Tout le monde sait tout cela à présent. Mais l’Union est incapable de le dire et d’en tirer les leçons. Cela doit changer. Au Proche-Orient, d’où nous sont lancés des appels pressants à revitaliser le rôle de l’Europe, l’érection, pierre à pierre, du mur d’annexion ne suscite que de timides déclarations. Que faisons-nous pour protéger le peuple palestinien? Que faisons-nous pour soutenir les efforts courageux des personnalités israéliennes et palestiniennes engagées dans une action sans précédent pour relancer le dialogue et les négociations? Que faisons-nous pour hâter la convocation de la Conférence internationale prévue par la feuille de route? Peu de choses en vérité. Cela doit changer. Toutes ces attentes qui se manifestent dans toutes les régions du monde à l’égard de l’Europe constituent aux yeux de mon groupe une formidable chance à saisir. Je pense à l’Amérique latine, en pleine effervescence démocratique, qui tient tête aux visées hégémoniques de la Maison Blanche et qui recherche des partenariats véritables, respectant son identité et sa souveraineté. Je pense aux pays les plus lourdement endettés qui, devant l’échec patent des initiatives des institutions financières internationales, sont asphyxiés sans que la communauté mondiale ne s’en alarme. Je pense à nos partenaires déçus du processus de Barcelone, dont nous devons entendre les griefs pour relancer sur de nouvelles bases les rapports euro-méditerranéens et, plus généralement, euro-arabes. Puisse la présidence irlandaise, Taoiseach, produire sur ces différents terrains quelques actes forts à même de faire vivre l’image d’une Europe plus à l’écoute des critiques qu’elle suscite comme des espoirs qu’elle fait naître, voilà à mes yeux votre plus grande mission.
La source — parlement_europeen
↗ https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/CRE-5-2004-01-14_FR.html
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Dans la séance, autour de cette prise de parole

(La prise de parole ci-dessus)
- (DE) Monsieur le Président, Monsieur le Président en exercice du Conseil, Monsieur le Président de la Commission, Mesdames et Messieurs, nous devons nous poser une question très simple: "L’Europe en tant que tout est-elle viable?". Quand je dis "nous", j’entends le Conseil, la Commission et le Parlement. J’ai... Lire ▸