- (DE) Monsieur le Président, Monsieur le Président en exercice du Conseil, Monsieur le Président de la Commission, Mesdames et Messieurs, nous devons nous poser une question très simple: "L’Europe en tant que tout est-elle viable?". Quand je dis "nous", j’entends le Conseil, la Commission et le Parlement. J’ai entendu des déclarations stupéfiantes au sein de cette Assemblée. J’entends dire, par exemple, que l’Europe est une histoire couronnée de succès - très bien - et que nous nous trouvons face à une chance historique - très bien. Vous avez ensuite, Monsieur le Président en exercice, exprimé votre admiration pour l’excellent travail de la Convention. Ce à quoi je réponds: "Prenez-le, s’il est si bon." Ne vous souciez pas des 82 points en suspens de la présidence italienne - une illusion, oubliez-les! Vous pourrez ensuite dire: "Oubliez les "lignes rouges" de M. Blair". La Convention a accompli de l’excellent travail, poursuivons-le. Arrive alors M. Poettering, qui déclare que nous devons faire des compromis. C’est une évidence, il devra y avoir des compromis - mais sur quelles bases? Sur la base de l’intérêt personnel, qui vouera l’Europe à l’échec? La double majorité n’est pas une créature mythique. Nous devons décider une fois pour toutes si l’Europe sera capable de prendre des décisions à l’avenir. Si des États individuels ont le pouvoir de bloquer des décisions, il deviendra impossible d’adopter des décisions. Si vous voulez des applaudissements des Espagnols, peut-être pourriez-vous m’expliquer comment l’Europe peut s’appuyer sur un processus décisionnel efficace en utilisant des approches semblables à celles proposées par M. Aznar. Sa proposition n’offrira aucune garantie d’efficacité décisionnelle. Nous devons l’admettre maintenant, sinon, cela ne vaut guère la peine de continuer.
(Applaudissements)
Les discussions de cette Assemblée ne se sont pas arrêtées là. Monsieur le Président en exercice, vous avez parlé de Lisbonne, de nous préparer à l’avenir, de la cohésion sociale -- c’est merveilleux. Nous avons ensuite lu une lettre d’un M. Schröder, d’un M. Blair, d’un M. Chirac et d’un Premier ministre néerlandais qui dit que l’Europe s’élargit, mais aura moins d’argent. Voilà le système économique le plus créatif que j’ai jamais vu! Si vous prenez de l’expansion, vous payez moins: qu’est-ce pour un raisonnement logique? Et, oui, je dirai la même chose à M. Fischer. Quant à vous, Monsieur Poettering, vous pourriez peut-être demander à vos ministres, M. Schäuble et M. Lamers, qui a eu l’idée de cette Europe à deux vitesses. Il ne s’agissait pas d’un social-démocrate ou d’un communiste stupide: nous parlons de votre M. Schäuble - qui pourrait être le prochain président de l’Allemagne - et il a agi de la sorte pour empêcher l’Espagne et l’Italie de se mêler de l’euro. Telle est la véritable histoire de l’Europe à deux vitesses.
(Applaudissements)
Votre Helmut Kohl a également apporté son grain de sel, avec le rapport Schäuble-Lamers. Vous semblez réécrire l’histoire à votre convenance. Pendant que j’ai la parole, permettez-moi de vous dire ceci, Monsieur Poettering: vous vous êtes levé devant cette Assemblée et avez déclaré: "Nous ne le permettrons pas". Vous devrez pourtant accepter le vote de la majorité de cette Assemblée, quel qu’il soit. Ou bien
(Applaudissements)
vous aurez la majorité ou bien nous l’aurons, et le président de la Commission sera alors désigné en conséquence. Il se peut que vous formiez le plus grand groupe, mais vous êtes loin de former la majorité. M. Barón Crespo a raison: continuez sur votre lancée et formez une majorité avec les conservateurs britanniques. Je serais curieux de voir le genre de président dont vous doteriez la Commission. Je voudrais vraiment le voir.
(Rires et applaudissements)
Je voudrais dire autre chose; laissez-moi ajouter quelque chose. Vous vous levez et vous exposez ce que vous voulez et ce que vous ne voulez pas. Dites-le-nous une fois pour toutes et dites-le à la présidence. Si nous voulons que l’Europe s’appuie sur les droits de l’homme et la primauté du droit, une seule voie s’offre à nous: l’honnêteté. Nous sommes d’accord sur le fait que nous devons dire la vérité à M. Poutine concernant la Tchétchénie, la présidence devrait intervenir en ce sens. Nous devons aussi être francs vis-à-vis de la Chine; telle devrait être la mission de M. Schröder. C’est non seulement folie de lever l’embargo sur les armes, mais c’est aussi un crime, compte tenu de la situation relative aux droits de l’homme en Chine, ainsi que de sa politique concernant Taiwan et le Tibet.
(Applaudissements)
Nous avons le devoir de leur dire en face. Et nous devons aussi nous adresser sans détours à l’Iran.
Citons encore Hanau: nous devons être catégoriques vis-à-vis de la Chine en ce qui concerne l’aberration de Hanau. Il est stupide de jouer le rôle de trafiquant d’armes et de contribuer à augmenter le nombre d’installations de transformation de l’uranium. Ces commentaires s’adressent aussi à M. Brok, dont le groupe au sein du Bundestag est favorable à ce mouvement - et à M. Schröder. La liste n’est pas finie: nous devons être francs avec l’Iran. Allouer des fonds à des fins de destruction - comme c’est le cas en Iran actuellement - est une catastrophe politique pour la démocratie. Nous devons le dire à l’Iran. Si nous soutenons réellement la primauté du droit et la démocratie, suivons tout simplement l’exemple du Brésil. Le Brésil a décidé que si ses citoyens doivent se laisser photographier et accepter la prise d’empreintes digitales lorsqu’ils se rendent aux États-Unis, tous les citoyens américains en visite au Brésil devront faire de même. Autrement dit, si des Américains viennent en Europe,
(Applaudissements)
ils devront aussi accepter la prise de photographies et le relevé d’empreintes digitales. Égalité pour tous! C’est à ce moment seulement que nous serons des partenaires dignes de respect.
Pour conclure, je voudrais dire un mot sur le pacte de stabilité et la Commission. Monsieur le Président Prodi, il était héroïque de votre part de déclarer que ce pacte de stabilité est un amas d’inepties. Votre décision d’entreprendre une action juridique contre le Conseil était insensée, puisque vous étiez incapable de réformer le pacte de stabilité, même s’il ne fonctionne pas. Il est aussi stupide de défendre une règle qui ne fonctionne pas que de défendre une règle stupide. Nous devons tous l’admettre. Merci.
(Rires et applaudissements)
La source —
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Dans la séance, autour de cette prise de parole
- Monsieur le Président, Monsieur le Président du Conseil, Monsieur le Président de la Commission, quand les observateurs évoquent les difficultés auxquelles va être confrontée la présidence irlandaise, ils insistent tous sur le blocage du processus constitutionnel. Je crains que cela ne conduise à ce que l’arbre...
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(La prise de parole ci-dessus)