- Monsieur le Président, la situation à Haïti est catastrophique en raison de la violence des bandes armées sur lesquelles s’appuie le régime, mais plus encore en raison de l’immense misère de la majorité de sa population. Son chef d’État Aristide ne mérite certes pas la moindre sympathie, ne serait-ce que parce qu’il a trahi les espoirs que son peuple avait placés en lui. Mais on ne peut qu’éprouver un immense dégoût lorsque les représentants politiques des grandes puissances, notamment la France et les États-Unis, qui ont une responsabilité écrasante dans le sort de Haïti, se posent en donneurs de leçons ou en moralisateurs.
En effet, si ce pays qui était, il y a deux siècles, un des plus riches des Caraïbes est devenu un des plus pauvres du monde, c’est bien parce qu’il n’avait jamais cessé d’être pillé et parce que la France, ex-puissance coloniale, ne lui a jamais pardonné d’avoir conquis son indépendance par les armes et grâce à la révolte de ses esclaves. Pendant des décennies, Haïti devenu indépendant a subi, de la part de la France, mais avec la complicité des États-Unis et de la Grande-Bretagne, un blocus pour imposer à ce pays le paiement d’un dédommagement au profit des anciens propriétaires d’esclaves chassés.
C’est certes par démagogie qu’Aristide réclame aujourd’hui le remboursement de cette somme colossale dont Haïti dût verser les échéances jusqu’au XXe siècle. Mais sa revendication repose sur une exigence historique légitime: rendre cette somme volée, qui pourrait permettre à ce pays de se doter d’infrastructures, d’un réseau routier, d’un système d’adduction d’eau et d’un système de santé dont il est pratiquement dépourvu, et ce serait là un minimum.
Plus généralement, sortir de la misère ce petit pays situé à quelques encablures des riches États-Unis et permettre à sa population de gagner sa vie ne représenterait pour les grandes puissances qu’une somme dérisoire. Mais au lieu d’aider Haïti, ces grandes puissances continuent à l’enfoncer en poursuivant le pillage, ne serait-ce qu’en payant, dans les quelques entreprises françaises ou américaines installées dans ce pays, des salaires scandaleusement bas, et en rapportant aux États-Unis tous les profits réalisés sur le dos des travailleurs haïtiens au lieu de procéder à des investissements productifs. C’est précisément par solidarité vis-à-vis du peuple haïtien que nous refusons de nous associer aux déclarations cyniques et hypocrites de ceux qui prétendent défendre ses libertés.
(Applaudissements)
La source —
parlement_europeen
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Dans la séance, autour de cette prise de parole
- L’ordre du jour appelle en discussion commune les propositions de résolution suivantes:
- B5-0015/2004 de M. van den Berg et Mmes Junker et Carlotti, au nom du groupe PSE, sur la situation en Haïti;
- B5-0018/2004 de MM. Khanbhai, Gawronski et Posselt, au nom du groupe PPE-DE, sur la situation en Haïti;
-...
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- Monsieur le Président, il aurait était bien que, pour une fois, on puisse inscrire à l’ordre du jour de nos débats un événement heureux relatif à un État ACP: le bicentenaire de l’indépendance d’Haïti, indépendance qui a mis un terme à des décennies d’asservissement et d’exploitation de tout un peuple. Mais...
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(La prise de parole ci-dessus)