– Monsieur le Président, Monsieur le Président en exercice du Conseil, Monsieur le Commissaire, je voudrais commencer par saluer et remercier M. Eurlings pour la qualité de son travail et pour l'esprit d'ouverture dont il a fait preuve dans tous ses travaux.
Tel que ce rapport nous parvient en plénière, après avoir été fortement modifié par la commission des affaires étrangères, il recommande l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie sans délai inutile et rappelle que ces négociations ne peuvent avoir pour objet que l'adhésion et non d'autres perspectives. Ces deux points sont conformes à ce que souhaite la majorité de mon groupe. C'est pourquoi nous serons très nombreux, du côté des socialistes, à le voter, sauf si l'un de ces points se trouvait remis en cause par un amendement adopté en séance. Ce serait en tout cas un message très fort pour la Turquie que de voir ce rapport adopté par une majorité substantielle.
Sur la nature des débats que nous venons de conduire, Monsieur le Président, Monsieur le rapporteur, je voudrais, à titre personnel, exprimer deux regrets. Le premier concerne la tonalité de nos expressions et de notre écriture. La Turquie a connu une histoire très violente au XXe siècle. Elle en garde de lourdes traces, à Chypre, dans ses rapports avec les peuples arménien et kurde et aussi, dans son organisation socio-politique interne, toujours très marquée par le poids de l'armée et de la police, qui restent toutes-puissantes. Nous le savons tous. Aussi bien, de nombreuses nations aujourd'hui membres de l'Union ont, elles aussi, connu des gouvernements totalitaires, fascistes ou communistes, ou des gouvernements coupables de graves collaborations avec une puissance occupante. L'édification de l'Union est, par rapport à cela, un processus de réconciliation. Le sens premier d'une ouverture de négociations d'adhésion avec un pays quelconque est la mise en route d'un tel processus, lequel ne saurait réussir sans qu'il y ait, à l'intérieur de l'Union comme chez le pays candidat, un minimum de confiance dans l'efficacité de ce processus. Or, le rappel insistant, parfois agressif et souvent répété des événements les plus noirs de l'histoire turque récente répond plus à une inspiration méfiante et hostile qu'au souci de fonder un processus de consolidation démocratique et de réconciliation entre tous les peuples à partir d'une réalité historique établie. Cela aurait suffi: nous avons débordé.
Lorsque la France et l'Allemagne ont commencé leur réconciliation par la construction de la Communauté, elles se sont bien gardées de mettre en évidence aussi durement tous les motifs de conflits qu'elles pouvaient conserver l'une vis-à-vis de l'autre. De même, l'Espagne, le Portugal et la Grèce nous ont aussi rejoints après des périodes noires fascistes. Je n'ai pas le souvenir que nos exigences de toilette des codes pénaux ou des moeurs des polices aient été aussi durement formulées qu'elles le sont aujourd'hui. J'espère seulement que la Turquie ne verra pas dans cette écriture matière à une crispation en croyant qu'on aurait voulu l'offenser, ce n'est pas le cas. Mais on prend ici un risque.
Mon deuxième regret vise les sujets dont nous avons débattu. Nous n'avons en gros parlé que de nos affaires internes ou bilatérales et des difficultés manifestes, difficiles, évidentes, des difficultés incontestables de cette adhésion. Nous n'avons guère parlé du futur et des possibilités largement positives qu'ouvre cette perspective d'adhésion. De ce fait, les traces que l'on peut en trouver dans le rapport sont très insuffisantes. L'élargissement de notre marché à un marché de 70 millions de consommateurs, en croissance économique très rapide depuis six ans, est un renforcement considérable pour l'Union, sans oublier que la croissance turque contribue à diminuer largement les inquiétudes de certaines de nos nations sur les mouvements migratoires. Mais, surtout, s'ouvrant à un pays laïque mais de confession majoritaire musulmane, l'Union donnerait, en ces temps de tension croissante, de méfiance aggravée et de conflits entre pays d'islam et pays de chrétienté, un signe majeur de contribution à la paix et à la compréhension mutuelle entre les peuples. Cette contribution, au-delà du symbolique, a une importance stratégique majeure. Elle est la raison de notre vote. Elle aurait mérité d'être mieux mise en valeur.
La source —
parlement_europeen
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Dans la séance, autour de cette prise de parole
(La prise de parole ci-dessus)
– Monsieur le Président, mes chers collègues, il faudra bien qu'un jour l'Union européenne ait des frontières. L'Union ne peut pas être une sorte de terrain vague où tous les riverains peuvent pénétrer pour faire un peu de commerce sous la seule condition de respecter quelques règles assez généralement admises. Si...
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