– Monsieur le Président, mes chers collègues, il faudra bien qu'un jour l'Union européenne ait des frontières. L'Union ne peut pas être une sorte de terrain vague où tous les riverains peuvent pénétrer pour faire un peu de commerce sous la seule condition de respecter quelques règles assez généralement admises. Si chaque fois qu'un pays riverain de l'Union européenne est ou tend à devenir quelque peu démocrate, nous devons accepter son adhésion, alors l'Union va continuer à s'étendre comme une tache d'huile. Elle n'aura pas de véritable consistance, elle n'aura pas de structure, elle n'aura pas d'objectif. Nous aurons construit une ONU régionale et renoncé à l'union politique, ce véritable projet que nous portons depuis cinquante ans. Nous aurons fait l'Europe des diplomates, mais nous n'aurons pas fait l'Europe de nos peuples. Or c'est cela que nos peuples attendent.
La question essentielle, évidemment, concerne, comme Emma Bonino le disait justement tout à l'heure, ce que nous voulons pour l'Europe et ce qu'est l'Europe dans nos esprits. Il est évident que c'est, je crois, une Europe politique, fédérale, qui devra permettre aux peuples de choisir ensemble leurs destins. Or, pour y parvenir, accueillir un pays dont la population est aussi nombreuse et qui se situe en-dehors des limites géographiques de l'Europe ne me paraît pas souhaitable.
En second lieu, cette adhésion ouvrira, – et beaucoup ici l'ont dit dans les débats que nous avons eus – une longue liste de nouvelles demandes d'adhésions. Adhésion proposée du Maghreb, adhésion proposée du Liban, adhésion proposée de la Palestine ou d'Israël, nous sommes encore une fois en train de reconstruire une ONU revue et corrigée et non pas de construire le projet politique des pères fondateurs de l'Europe.
J'ajoute enfin, Monsieur le Président, qu'il n'est pas pensable à mes yeux d'engager les négociations avec la Turquie tant qu'elle n'aura rien dit sur le génocide arménien – excusez-moi, Monsieur Rocard, j'espère ne pas avoir choqué les dirigeants turcs en leur demandant cela. Il n'est pas possible d'engager cette négociation tant que les choses n'auront pas été clarifiées concernant Chypre. Il n'est pas possible enfin d'engager des négociations avec M. Erdogan, qui écrivait récemment dans de grands journaux européens que jamais les troupes turques ne quitteraient Chypre.
La source —
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Dans la séance, autour de cette prise de parole
– Monsieur le Président, Monsieur le Président en exercice du Conseil, Monsieur le Commissaire, je voudrais commencer par saluer et remercier M. Eurlings pour la qualité de son travail et pour l'esprit d'ouverture dont il a fait preuve dans tous ses travaux.
Tel que ce rapport nous parvient en plénière, après avoir...
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(La prise de parole ci-dessus)