au nom du groupe GUE/NGL. – Monsieur le Président, Monsieur le Président du Conseil, Monsieur le Président de la Commission, l'Union européenne a mis longtemps à reconnaître l'échec de la stratégie de Lisbonne au regard des objectifs affichés en l'an 2000. J'ai eu l'occasion de citer ici même un rapport de la Commission de janvier dernier. Il soulignait qu'en fait de marche vers le plein emploi, on avait, durant l'année écoulée et pour la première fois depuis dix ans, davantage détruit que créé des postes de travail. Quant à la construction d'une économie de la connaissance, ce même rapport notait qu'elle se traduisait, en réalité, par un "déclin global" des investissements publics et privés dans les domaines clés pour l'avenir que sont la formation, l'éducation et la recherche. Ce rapport révélait également le fait que plus d'un jeune Européen sur six, à quinze ans, ne possédait pas, je cite, "les compétences minimales requises : lecture, écriture, calcul". Le constat était rude, mais lucide.
En revanche, les remèdes annoncés depuis lors, c'estàdire aller plus vite et plus loin dans la voie libérale, nous paraissent profondément erronés et extrêmement dangereux. Le maîtremot à cet égard est la compétitivité. Mais de quelle conception de la compétitivité s'agitil? Celle qui est à l'œuvre dans l'Union est fondée sur la baisse des coûts salariaux, la flexibilité des marchés du travail, l'allongement de la durée du travail. Elle engendre la concurrence salariale, sociale et fiscale entre les vingtcinq euxmêmes. Elle considère les acquis démocratiques du code du travail comme des obstacles. Elle pousse à la diminution des dépenses publiques et à l'encadrement strict et restrictif des services d'intérêt économique général. Les exigences en matière de santé et d'environnement risquent ellesmêmes – cela vient d'être dit – d'être revues à la baisse au nom de la compétitivité, comme c'est le cas dans le programme REACH. L'exception culturelle aux règles de la concurrence est sur la sellette pour la même raison. C'est sans doute ce à quoi M. Barroso a pensé quand il a évoqué, dans le rapport qui nous a été donné, le friendly business environment. Je suis convaincu que cette orientation libérale, cette course au moinsdisant, contrecarre les objectifs officiels de l'Agenda de Lisbonne.
Elle les contrecarre, d'abord, parce que l'austérité budgétaire et salariale contribue à la stagnation de la consommation – ce moteur essentiel de la croissance – et joue contre l'emploi. Ensuite, parce que cette politique restrictive pèse en faveur des nécessaires surcroîts de dépenses pour les hommes et les femmes, à commencer par la formation, ce besoin de plus en plus crucial. Enfin, parce que cette obsession du marché, de la financiarisation de l'économie, de la concurrence à tout va, casse un ressort essentiel, sinon décisif, de la bonne marche de l'économie et d'une société, à savoir la motivation des personnes, leur créativité, leur confiance dans l'avenir. Monsieur Barroso, vous constatez vousmême, dans votre communication, qu'une partie significative de l'opinion européenne n'est pas convaincue que l'Europe soit sur la bonne voie: je crois que c'est une litote.
Alors, que faire? Parmi les mesures immédiates, il faut, selon nous, exclure de l'évaluation des déficits publics à maîtriser les dépenses de recherche, d'éducation, de santé, voire les dépenses afférentes à certaines infrastructures, ainsi que celles qui concernent l'emploi. Il faudrait instaurer également un contrôle démocratique de tous les fonds publics versés aux entreprises pour vérifier leur efficacité du point de vue de l'emploi et, en cas contraire, exiger des remboursements.
Par ailleurs, comme le Parlement l'a expressément demandé, nous estimons nécessaire de disposer d'une estimation sérieuse des effets des libéralisations, comme celle du rail, avant d'entamer toute nouvelle étape et nous réitérons bien sûr notre demande de retrait de la directive Bolkestein. Je note à ce propos, Monsieur le Président, que, pour la première fois, ce projet de directive n'est plus cité dans un texte de la Commission, sauf erreur de ma part. Je veux croire que cela vaut, de votre part, acceptation de la demande de retrait, mais vu l'enjeu, une confirmation de ce changement de la bouche même du président de la Commission serait la bienvenue.
Enfin, il faut, selon nous, des changements structurels permettant d'aller vers une maîtrise commune des marchés et, par làmême, vers un retour de la primauté du choix politique. Je songe, par exemple, au choix mettant en avant la sécurité de l'emploi ou les formations, accessibles à toutes et tous, préparant à un emploi. Il faut aussi s'en donner les moyens, ce qui pose en particulier la question des missions et du statut de la Banque centrale européenne.
Monsieur le Président, M. Barroso vient de souligner la nécessité d'être en prise avec les préoccupations des citoyens, je pense que beaucoup de celles que j'ai évoquées sont partagées très audelà des milieux proches de mon groupe. La Commission serait donc bien inspirée de ne pas les ignorer.
La source —
parlement_europeen
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé
Dans la séance, autour de cette prise de parole
(La prise de parole ci-dessus)
– Monsieur le Président, tout d'abord, je voudrais dire au président du Conseil combien nous apprécions sa présence, parce qu'il faut bien avouer que, par le passé dironsnous, la présidence du Conseil a été rare lors de débats aussi importants.
Monsieur le Président de la Commission, je voudrais vous dire que je...
Lire ▸