Madame la présidente, madame la ministre, madame la rapporteure et auteure de la proposition de loi, chère Sylvie Robert, mes chers collègues, on a parfois besoin que les choses nous manquent pour en réaliser la valeur. En effet, au plus fort de la pandémie, lorsque tous les lieux culturels avaient été contraints de fermer leurs portes, nombre de nos concitoyens ont ressenti ce manque. Oui, les Français ont ressenti un manque de théâtre, un manque de cinéma, un manque de salle de concert, mais également un manque de bibliothèque.
Ce manque nous a permis de mesurer toute la valeur, qui n’était pas toujours reconnue, des bibliothèques et leur importance dans le paysage culturel de notre pays.
Cette proposition de loi a pour mérite premier d’apporter une consécration aux bibliothèques, qui n’avaient jusqu’à présent pas de véritable texte-cadre. Ce sera bientôt chose faite.
Je salue à ce titre la démarche et le travail très important mené depuis le mois de février dernier par notre collègue Sylvie Robert, auteure de la proposition de loi, en collaboration avec le président de notre commission et la ministre. Les bibliothèques sont aussi bien urbaines que rurales, aussi bien populaires que « bobos ». Elles ont cette capacité à se fondre dans tous les territoires, pour tous les publics ! Qu’elles soient municipales, intercommunales ou départementales, elles irriguent les territoires de culture, et c’est en cela qu’elles sont particulièrement importantes.
Avec ce texte qui sera adopté tout à l’heure – j’en suis sûr –, certains principes fondamentaux seront gravés dans le marbre. Des principes particulièrement consensuels, tellement consensuels même que l’on est en droit de s’interroger sur l’opportunité de légiférer.
Les principes inscrits dans le marbre à l’article 2 par exemple, à savoir le principe de gratuité d’accès aux bibliothèques municipales et intercommunales et de gratuité de la consultation in situ, paraissent une évidence.
En effet, quelle commune, quel élu local, prendrait la décision politiquement et socialement suicidaire de restreindre l’accès d’une bibliothèque ou de rendre la consultation des ouvrages payante sur place ? Je suis peut-être naïf de penser que jamais personne ne prendrait ce risque ! Alors peut-être qu’au final il vaut mieux que ce soit inscrit noir sur blanc.
L’article 5 me paraît beaucoup plus important, surtout compte tenu du contexte actuel où la liberté d’expression est régulièrement menacée au nom de certaines idéologies. Peut-être que, grâce à cette loi, nous échapperons dans les bibliothèques françaises à des autodafés, comme cela s’est passé au Canada il y a quelques mois où 5 000 livres jugés stigmatisants ont été brûlés : on parlait là de bandes dessinées de Tintin et d’Astérix et Obélix…
Oui, la liberté d’expression c’est aussi accepter des ouvrages qui ne font pas l’unanimité, des ouvrages qui peuvent porter une vision dérangeante.
J’approuve donc totalement cet article 5, mais m’interroge sur son articulation avec l’article 7 : celui-ci prévoit que les bibliothèques présentent leurs orientations documentaires à l’organe délibérant, présentation qui peut être suivie d’un vote. N’est-ce pas là le meilleur moyen de faire entrer de la politique ou de l’idéologie dans un domaine qui ne devrait pas en avoir ?
Enfin, je mets l’accent sur l’article 8 qui consacre et offre une belle reconnaissance aux bibliothécaires. Car ce n’est peut-être pas le métier le plus connu, ni le plus reconnu, mais être bibliothécaire ne s’invente pas.
Une bibliothèque vit par les livres et la documentation qu’elle peut offrir, mais pour tout cela il faut un chef d’orchestre, un maître d’œuvre pour choisir les collections, guider, conseiller les lecteurs, leur donner le goût de la lecture et l’amour du livre.
À l’heure où le livre ne fait plus toujours recette parmi la jeunesse, transmettre l’amour de la lecture et des livres est très important.
Par ailleurs, alors que l’information n’a jamais été aussi facile à trouver, que la jeunesse est plus que jamais sujette aux fake news, les bibliothécaires ont un rôle majeur à jouer dans cette éducation à l’information et à la recherche des sources. Ils et elles ont ce pouvoir et ce talent ; il faut le reconnaître et le protéger.
Madame la présidente, madame la rapporteure, mes chers collègues, malgré ces légères remarques, c’est donc avec conviction et enthousiasme que le groupe Union Centriste votera en seconde lecture cette proposition de loi, qui grave dans le marbre certains principes de base, mais permet également de développer la lecture publique, un outil formidable d’émancipation et d’accès à la culture pour tous les Français. (Applaudissements.)
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Dans la séance, autour de cette prise de parole
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