pour le groupe Les Républicains. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, soutenir le patrimoine, c’est, comme l’affirmait André Malraux, donner à chaque Français « les clés du trésor ». Dans une société profondément fracturée, notamment par les inégalités sociales et territoriales, le patrimoine est plus que jamais un puissant moteur de cohésion, un dénominateur commun qui doit tous nous rassembler au nom de nos valeurs et de notre histoire partagée.
Le 19 octobre dernier, le Louvre était cambriolé. Les Français en ont été meurtris, mais ils ont aussi été indignés de constater que, à l’heure de la vidéoprotection, ce vol spectaculaire avait pu se produire en quelques minutes en plein jour et au cœur de Paris. Ce n’est pas un fait divers, ce n’est ni un accident ni une fatalité : c’est le symptôme d’un échec, celui de notre politique de protection du patrimoine.
Le Louvre accueille près de 9 millions de visiteurs par an, soit environ 30 000 par jour, alors qu’il a été conçu pour en accueillir moins de la moitié. Cette fréquentation, chiffre souvent brandi comme un succès, est en réalité le cœur du problème. Depuis des années, on fait un choix stratégique : faire prévaloir la fréquentation par rapport à la protection, le chiffre par rapport à la sécurité. De fait, la sécurité est passée après : après les expositions temporaires, après les acquisitions, après l’augmentation constante de la fréquentation.
Madame la ministre, je veux saluer votre réactivité, l’enquête administrative qui a été diligentée, la mobilisation des préfets, la constitution d’un fonds de sûreté et la désignation de Philippe Jost pour une mission de réorganisation en profondeur du musée. Ces mesures étaient urgentes et nécessaires. Les alertes existaient, mais elles ont été ignorées. Le Louvre n’a pas été cambriolé faute d’alerte, il l’a été faute de hiérarchisation des décisions au sein de la gouvernance. À ce niveau de responsabilité, évoquer sa démission sans la formaliser, c’est reconnaître l’échec sans en tirer pleinement les conséquences…
Cet enchaînement inédit de défaillances systémiques doit servir d’exemple, car le Louvre n’est pas un cas isolé. La France compte plus de 1 200 musées, qui accueillent 73 millions de visiteurs dans des bâtiments souvent classés historiques, disposant de dispositifs de sécurité généralement insuffisants. Chaque année, une vingtaine de vols sont recensés dans nos musées. Rien qu’entre septembre et octobre derniers, sept établissements culturels ont été cambriolés…
Nos musées sont ciblés, mais aussi nos églises. En 2025, près de 600 vols d’objets liturgiques ont été signalés, soit 11 % de plus qu’en 2024. En Ille-et-Vilaine, un voleur a découpé à la meuleuse la boîte contenant les dons des fidèles. En Provence, une cloche du XVIIIe siècle a disparu. Dans le Morbihan, une église a été cambriolée deux fois en un mois.
La multiplication des circuits de revente serait à l’origine de la hausse des vols. En France, un vol de bien culturel survient en moyenne toutes les sept heures. Le trafic de biens culturels est un marché mondialisé et lucratif. Les services de renseignement confirment que les atteintes se multiplient dans nos musées, mais aussi dans nos églises et nos chapelles. Nous faisons face à un phénomène chronique et systémique.
Au-delà des responsabilités individuelles au Louvre, il existe une responsabilité collective. C’est l’ensemble de notre politique de sécurité des musées et des lieux patrimoniaux qui doit être repensé : il faut changer d’approche et de paradigme. Pendant longtemps, la sécurité muséale – faut-il le redire ? – reposait sur un modèle simple : dissuasion humaine, surveillance statique, confiance dans le caractère sacré du lieu. Ce modèle est désormais dépassé. Les menaces ont changé de nature, mais nous continuons trop souvent à y répondre avec des moyens conçus pour un autre temps. Les agents sont insuffisamment formés aux nouveaux risques et rarement associés à une stratégie globale de sécurité.
Le groupe Les Républicains – Max Brisson vous en fera part dans sa conclusion – estime qu’il faut bâtir une véritable politique nationale de sécurité et de sûreté pour nos musées, fondée sur quelques principes clairs : la transmission obligatoire et sécurisée des audits et cartographies des risques, la clarification des responsabilités entre direction, services et tutelle, la sanctuarisation des crédits consacrés à la sûreté, une formation renforcée, obligatoire et continue des agents, ainsi que des procédures d’alerte et de réaction pour assurer une prévention efficace des intrusions et des vols.
Dans le cas précis du Louvre, il nous faut en outre consacrer les recettes de la licence de marque du Louvre Abu Dhabi à la sécurisation du musée. Jusqu’à présent, ces 207 millions d’euros ont uniquement servi à l’achat d’œuvres.
Enfin, madame la ministre, une question centrale demeure : comment financer la mise à niveau de l’entretien et la sécurisation de notre patrimoine ? Il y a urgence. Sur les 45 000 monuments historiques, 20 % sont en mauvais état et 5 % en péril. Sur 15 000 édifices religieux protégés, 4 000 sont actuellement menacés. Si nous n’agissons pas, c’est tout un pan de notre patrimoine, de notre culture et de notre histoire ancré dans nos territoires qui disparaîtra.
La Cour des comptes le martèle : nous devons être à la hauteur du mur d’investissement de 5 milliards d’euros pour restaurer nos musées et nos monuments historiques. L’effort à accomplir est nécessaire, mais colossal. L’État doit rester le garant des sites, mais il ne peut plus être le seul financeur. Il faut donc poser le débat, sans tabou, de la contribution directe des publics et des acteurs privés à la préservation de notre patrimoine.
Vous avez fait, madame la ministre, des propositions sur le financement du patrimoine religieux et des musées en préconisant la mise en place d’un droit d’entrée touristique pour la cathédrale Notre-Dame de Paris et d’une tarification différenciée pour les visiteurs non européens de certains monuments et musées.
Il faut bien entendu discuter de cette question avec les autorités religieuses et il ne s’agit nullement de faire payer l’entrée des fidèles dans un lieu de culte, mais, quand un monument comme Notre-Dame de Paris accueille des millions de visiteurs et bénéficie d’une attractivité mondiale, il est légitime de s’interroger sur des formes de participation financière ciblées, justes et transparentes. La gratuité intégrale et indifférenciée n’est pas toujours synonyme de justice ni d’efficacité.
Une tarification différenciée, notamment à destination des touristes internationaux, peut permettre de dégager des ressources directement fléchées vers la sécurité, la conservation et, bien sûr, la restauration. Les droits d’entrée ciblés, le mécénat et les partenariats privés et intelligents ne sont pas une privatisation du patrimoine ; ils sont une responsabilisation collective. Partout en Europe, cette approche fonctionne. À Barcelone, la Sagrada Familia est accessible par un billet payant tout en conservant un accès libre pour la prière.
Les Français n’ont pas vocation à payer seuls pour un patrimoine qui bénéficie au monde entier. Refuser ces leviers revient à accepter que la sécurité de nos œuvres dépende uniquement de budgets contraints, arbitrés chaque année et encore trop souvent sacrifiés. À terme, une partie de notre patrimoine serait condamnée.
Notre patrimoine national nous rend fiers. C’est ce qui fait que la France est la France, un grand pays, une grande histoire et une grande culture. Le protéger est non pas une option, mais un devoir que nous devons tous ensemble, collectivement, assumer, dès maintenant. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC. – Mme Marie-Claude Lermytte applaudit également.)
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Dans la séance, autour de cette prise de parole
Pour conclure, je dirais que notre réponse doit être à la fois ferme, patiente et responsable : fermeté pour sanctionner et protéger, patience pour éduquer et prévenir, responsabilité pour impliquer les familles. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC. – M. Marc Laménie applaudit également.)
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Mes chers collègues, nous en avons terminé avec le débat sur la délinquance des mineurs.
L’ordre du jour de cet après-midi étant épuisé, nous allons maintenant interrompre nos travaux ; nous les reprendrons à vingt et une heures.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-neuf heures quinze, est reprise à...
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La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle le débat, organisé à la demande du groupe Les Républicains, sur la sécurité dans les musées.
Je vous rappelle que, dans ce débat, le Gouvernement aura la faculté, s’il le juge nécessaire, de prendre la parole immédiatement après chaque orateur pour une durée de deux minutes ; l’orateur...
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(La prise de parole ci-dessus)
Dans la suite du débat, la parole est à M. Laurent Lafon. (M. Bernard Fialaire applaudit.)
Madame la ministre, comme l’a rappelé Agnès Evren à l’instant, le vol survenu au musée du Louvre le 19 octobre dernier a été un choc. Il a touché un lieu emblématique, mais, surtout, il a mis en lumière une fragilité plus profonde, plus structurelle, qui dépasse largement le seul cas de ce grand établissement...
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La parole est à Mme Marie-Claude Lermytte.
Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, ce débat arrive après le braquage survenu au musée du Louvre, qui nous laisse tous encore un peu pantois.
Permettez-moi tout d’abord, madame la ministre, de saluer le travail remarquable des agents de sécurité et de l’ensemble du personnel du musée du...
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