ministre de la culture. Madame la présidente, si vous me le permettez, j’apporterai un complément de réponse à M. le sénateur Jean-Gérard Paumier, membre du Haut Conseil des musées de France – institution dont j’assure la présidence –, qui m’avait interrogée au cours du précédent débat sur la sécurité dans les musées.
Vous avez raison, monsieur le sénateur, il convient d’inscrire à l’ordre du jour des travaux du Haut Conseil la question de la sûreté dans les musées. Je saisis cette occasion pour saluer votre implication au sein de cette institution, dont l’une des fonctions est d’attribuer le très exigeant label Musée de France.
Lors de la prochaine réunion du Haut Conseil, le 5 février prochain, nous ferons un point sur les avancées de la mission sécurité, sûreté et d’audit et nous inscrirons, comme vous l’avez demandé, ce sujet à l’ordre du jour.
Madame la présidente, mesdames, messieurs les sénateurs, ce débat sur l’accès à la culture dans les territoires ruraux est pour moi l’occasion de rappeler que la France est constituée à 88 % de territoires ruraux, où vivent 33 % des Français. Notre pays est un territoire rural ! La vitalité de ces territoires dépend aussi de l’existence de la culture.
Dès mon entrée en fonction, j’ai lancé le Printemps de la ruralité, qui a débouché sur le plan Culture et ruralité, fruit d’une grande concertation nationale dont se sont saisis tous les acteurs de la culture, ainsi que nos concitoyens, notamment ceux qui sont membres d’une association ou d’un collectif. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : près de 5 000 personnes ont participé aux réunions et aux ateliers organisés par les Drac et on a compté environ 50 000 connexions à la consultation en ligne.
On a fait partout le même constat : il n’y a pas de désert culturel en France. Il existe dans les territoires une vitalité qui demande reconnaissance, moyens et appui, notamment de la part du ministère et des collectivités. De ce constat est né le plan Culture et ruralité, pensé non pas « pour » les territoires, mais « avec » eux.
Ce plan est aujourd’hui la pierre angulaire de notre ambition en matière d’accès à la culture dans les territoires, et le bilan est au rendez-vous. Je remercie, à cet égard, Naomi Peres, directrice générale de la démocratie culturelle, des enseignements et de la recherche, présente à mes côtés, qui œuvre pour assurer cette démocratisation et la réduction des inégalités territoriales d’accès à la culture.
En 2024, ce sont 20,5 millions d’euros qui ont été mobilisés pour déployer les mesures du plan ; en 2025, près de 40 millions d’euros ont permis d’aller plus loin. Dans une période d’inquiétude, ces montants prouvent que l’État tient ses engagements et sa parole.
Au-delà des chiffres, ce plan a permis la mise en œuvre d’actes concrets.
Le dispositif Villages en fêtes, tout d’abord, permet d’inviter des artistes lors des fêtes locales : cent trente projets ont été soutenus et deux cent cinquante villages concernés en 2024. C’est une façon concrète d’amener la culture au plus proche de la ruralité. D’ailleurs, nous le savons bien, en matière d’accès à la culture, s’il est un sujet crucial, c’est bien celui de la mobilité, dont certains d’entre vous m’ont saisie.
On parle souvent de la mobilité des personnes. Nous avons pour notre part décidé d’organiser aussi la mobilité des œuvres et des artistes.
Avec le Centre national des arts plastiques (CNAP), nous avons ainsi fait un effort inédit pour les artothèques : 4 millions d’euros ont été octroyés pour cinquante projets dans quarante-trois départements. Constituer des collections, équiper des lieux relais, acquérir des bibliobus de l’art, c’est une manière très concrète de faire circuler la culture.
De même, nous avons soutenu deux cent quarante projets de résidences d’artistes dans des dizaines de départements de l’Hexagone et de l’outre-mer au cours des deux dernières années.
Au fond, il s’agissait d’inverser la tendance : si les publics ne peuvent pas se déplacer, alors ce sont les œuvres et les artistes qui viendront à eux.
En parallèle, 600 000 euros ont été déployés via le groupement d’intérêt public (GIP) Cafés Cultures pour que les cafés, les mairies et les lieux polyvalents puissent rémunérer les artistes. C’est aussi une façon de ramener la culture dans les lieux du quotidien.
La même idée est à l’origine des circuits de cinémas itinérants, que j’ai souhaité déployer et amplifier, et de leurs deux cent cinquante structures. Ces dernières ont bénéficié de 1 million d’euros d’investissements en 2024 pour se moderniser, dont des aides au fonctionnement de 500 000 euros par an en 2024 et 2026.
La culture dans nos territoires est aussi un réseau d’initiatives qui fait la vitalité de notre ruralité et qu’il faut soutenir. En 2025, ce sont soixante-neuf festivals ruraux – de musique, de théâtre, d’arts visuels – qui ont été accompagnés par les Drac. Six scènes culturelles de proximité ont également été labellisées en 2025, six autres le seront en 2026.
J’ai souhaité également porter une attention toute particulière à nos pratiques populaires, nos fêtes, nos musiques. C’est pour cela qu’en 2025 le plan Fanfare a été étendu aux arts et traditions populaires, communément appelés les arts et traditions folkloriques. Résultat : près de 500 projets ont été accompagnés et près de 50 000 musiciennes et musiciens amateurs ont été reconnus pour ce qu’ils sont : des acteurs culturels à part entière.
Le plan Cabaret, quant à lui, a permis de soutenir ces lieux essentiels d’art et de divertissement pour leur donner la reconnaissance qu’ils méritent, en renforçant l’accompagnement du ministère : dix résidences cabaret verront prochainement le jour dans dix régions et 160 000 euros ont été alloués à une trentaine de projets de recherche, de création et de développement.
Nous avons également renforcé notre mobilisation en faveur du patrimoine culturel immatériel.
Je pense à l’organisation des cérémonies de remise des diplômes pour l’inclusion à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel en novembre 2024 et 2025 et pour l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco en février dernier. Cette dynamique s’est accompagnée de la mise en ligne d’un agenda national participatif et de la publication de reportages photos et vidéos valorisant vingt et un éléments inscrits à l’inventaire sur le site du ministère.
Ensuite, nous avons fait un effort massif pour mieux protéger et restaurer le patrimoine, première porte d’entrée vers la culture. Ainsi, 25 millions d’euros supplémentaires ont été orientés en 2025 vers les monuments ruraux, notamment les édifices religieux.
Pour autant, ces politiques ne peuvent fonctionner que si elles sont lisibles et accessibles. Dans le cadre de la consultation, les élus locaux ont souhaité être aidés en matière d’ingénierie et disposer d’interlocuteurs identifiés.
Pour répondre à leurs demandes, nous avons doublé le nombre d’heures des architectes-conseils de l’État (ACE), renforcé les unités départementales de l’architecture et du patrimoine (Udap) et mobilisé un second architecte des bâtiments de France (ABF) dans plusieurs départements.
Nous avons généralisé les contrats départementaux lecture : presque 100 % des départements ruraux sont désormais couverts, pour muscler l’ingénierie de lecture publique au plus près des communes.
De la même manière, avec le plan Mieux produire, mieux diffuser, nous avons soutenu, main dans la main avec les collectivités, les acteurs de la création pour repenser les modèles habituels face aux défis, qu’ils soient économiques, sociétaux ou écologiques. Cette année encore, nous avons réaffirmé notre engagement, à hauteur de 35 millions d’euros.
Pour ce qui concerne les interlocuteurs, j’ai instauré des référents ruralité par département dans chaque Drac : ils connaissent les élus locaux et suivent leurs dossiers. Nous prolongeons ce travail avec l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), les sous-préfets à la ruralité et les chargés de projet Villages d’avenir, afin que la culture soit pleinement intégrée dans les stratégies locales et que les Drac soient sollicitées pour leurs conseils et leur expertise.
Vous le voyez, tous ces dispositifs servent l’idée que la culture est une politique régalienne au service de l’égalité, de la cohésion et de l’émancipation. Elle retisse du lien, elle attire des professionnels, elle fait vivre nos commerces, nos cafés, nos places de village. C’est tout le sens de mon action. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC. – M. François Patriat applaudit également.)
Débat interactif
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Dans la séance, autour de cette prise de parole
Mes chers collègues, nous en avons terminé avec le débat sur la sécurité dans les musées.
L’ordre du jour appelle le débat, organisé à la demande du groupe Écologiste – Solidarité et Territoires, sur l’accès à la culture dans les territoires ruraux.
Nous allons procéder au débat sous la forme d’une série de questions-réponses, dont les modalités ont été fixées par la conférence des présidents.
Je...
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pour le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, je me réjouis que le Sénat ait choisi d’inscrire à son ordre du jour, sur la proposition du groupe écologiste, la question de la culture dans les territoires ruraux. C’est en effet un sujet...
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La parole est à Mme la ministre.
(La prise de parole ci-dessus)
Nous allons maintenant procéder au débat interactif.
Je rappelle que chaque orateur dispose de deux minutes au maximum pour présenter sa question et son éventuelle réplique.
Le Gouvernement dispose pour répondre d’une durée équivalente. Il aura la faculté, s’il le juge nécessaire, de répondre à la réplique pendant...
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Madame la ministre, « la culture, c’est la mémoire du peuple », disait Milan Kundera. La culture est un vecteur de cohésion et de lien social essentiel. Parce que la culture permet de nous rassembler, elle est aussi un outil de lutte efficace contre les fractures territoriales.
Et pourtant, l’accès à la culture est...
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Veuillez poser votre question, chère collègue.
Où en est-on du déploiement des mesures annoncées à la suite du Printemps de la ruralité ?