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6 janvier 2026 · Sénat · hémicycle Séance
pour le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, je me réjouis que le Sénat ait choisi d’inscrire à son ordre du jour, sur la proposition du groupe écologiste, la question de la culture dans les territoires ruraux. C’est en effet un sujet essentiel, trop souvent relégué au second plan, alors même qu’il touche au cœur de la vitalité de nos territoires. La culture en milieu rural n’est ni accessoire ni marginale. Elle participe pleinement à la cohésion sociale, à l’attractivité des communes et au lien entre les habitants. Depuis la création du ministère de la culture en 1959, notre pays affiche une ambition forte et singulière : faire de la culture un pilier de la cohésion nationale, un levier de rayonnement international, un droit pour toutes et tous, et un outil d’aménagement équilibré du territoire. Cette ambition, portée par l’idée de démocratisation culturelle, a permis des avancées incontestables. Mais une part importante de la population et de nombreux territoires sont restés à l’écart de cette démocratisation. L’État jacobin n’est jamais parvenu à corriger durablement le déséquilibre structurel entre Paris et le reste du pays. Près de la moitié du budget du ministère de la culture demeure concentré en Île-de-France. Ainsi, les dépenses culturelles publiques par habitant atteignent en moyenne 200 euros en Île-de-France, contre 20 euros en Bretagne et seulement 10 euros à Mayotte. Les inégalités culturelles qui perdurent sont aussi le fruit d’un mépris à l’égard des cultures populaires, des minorités et des habitants de territoires déconsidérés par certains, des zones rurales aux banlieues urbaines. Nos concitoyens restent profondément attachés au service public de la culture. Or, depuis plus de vingt ans, les politiques de privatisation, conjuguées au désengagement progressif de l’État, ont fragilisé ce modèle. Nous observons une baisse continue des financements publics en faveur des arts et de la culture, plongeant de nombreuses structures dans une précarité chronique. Les artistes et les auteurs qui vivent dans ces territoires en sont les premières victimes. Nous ne pouvons pas parler de la culture sans parler de celles et de ceux qui la font. L’adoption d’un mécanisme de continuité des revenus pour les artistes-auteurs aurait pu être un premier pas ; ce n’est que partie remise… Les collectivités territoriales demeurent les premiers financeurs publics de la culture : leur effort s’est élevé à plus de 10 milliards d’euros en 2023. Ce chiffre illustre à la fois leur engagement et la lourde responsabilité qui pèse sur elles. À ce montant s’ajoute le coût du patrimoine protégé et non protégé, puisque les communes sont propriétaires de 45 % des monuments historiques. Pourtant, chaque année, le Gouvernement sabre le budget des collectivités. Les réformes territoriales successives n’ont jamais fait de la culture une priorité stratégique. Considérée comme une compétence partagée, elle souffre d’un manque de clarté s’agissant de la répartition des responsabilités entre les différents échelons territoriaux. La « métropolisation » n’a cessé d’accentuer ces déséquilibres. Or miser exclusivement sur l’attractivité des grandes villes conduit à reléguer les territoires ruraux au second plan. Dans ce contexte, les financements croisés sont devenus la règle. Les porteurs de projets culturels consacrent désormais une énergie considérable à chasser les subventions et à bâtir des montages financiers fragiles. La culture en milieu rural reste donc un défi majeur, un défi de financement et de reconnaissance, et ce alors même que la culture est un puissant levier économique : elle crée de l’emploi, elle engendre de l’activité, elle dynamise les territoires. De nombreuses études ont démontré le poids de l’économie culturelle dans le PIB et dans l’emploi local. Ainsi, le festival d’Aurillac, dans le Cantal, engendre près de 2 millions d’euros de retombées économiques. En France, le secteur culturel représente 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 650 000 emplois directs. Aujourd’hui, les trois quarts des équipements de lecture publique sont situés en zone rurale, même si les bibliothèques y demeurent modestes. Dans le spectacle vivant, un lieu sur cinq et un festival sur trois sont implantés en zone rurale. Enfin, 35 % des cinémas et 25 % des musées se trouvent dans des territoires ruraux, là encore avec des structures réduites et des budgets très limités. Pourtant, de nombreux cinémas et musées sont menacés de fermeture, à l’instar du musée départemental des arts et métiers traditionnels de Salles-la-Source, en Aveyron, que j’ai visité il y a quelques mois. Dans ces territoires, les écoles et les associations jouent un rôle clé. Elles proposent des activités adaptées aux spécificités locales, favorisent les échanges, l’inclusion et l’éducation artistique, et luttent contre l’isolement. Leur action est essentielle, mais elle ne peut se déployer sans un soutien public fort et durable. Il est donc indispensable que les décideurs nationaux changent de regard sur la culture en ruralité, car elle est un enjeu fondamental de lien social, de revitalisation et d’attractivité. Madame la ministre, vous avez lancé en 2024 un plan Culture et ruralité ; il constitue une inflexion qu’il convient de saluer. Pour autant, si les intentions affichées vont dans le bon sens, plusieurs limites doivent être soulignées. Doté de 98 millions d’euros sur trois ans, ce plan repose sur des engagements financiers dont on doute de la solidité au regard du contexte politique instable et des incertitudes budgétaires. Surtout, ce plan semble avoir largement ignoré les tiers-lieux culturels, pourtant devenus des acteurs essentiels de l’accès à la culture en milieu rural. Ces espaces hybrides, ancrés dans les territoires et plébiscités par les habitants, répondent à une demande croissante de culture et de sociabilité. Nombreux sont les exemples de ces sites en Gironde, mon département, qui, du Fieu à Captieux, en passant par Plassac, ont été réaménagés en lieux culturels pour offrir une nouvelle dynamique. Tous ces éléments suscitent des interrogations sur la capacité réelle du plan Culture et ruralité à corriger durablement les inégalités et à répondre aux besoins des campagnes. La Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC) formule des propositions intéressantes : renforcer l’action des directions régionales des affaires culturelles (Drac) en fléchant une part significative des crédits vers les projets culturels ruraux ; inscrire un volet culturel dans les contrats de ruralité ; promouvoir l’itinérance artistique ; financer les petites infrastructures culturelles ; développer une offre territorialisée du pass Culture ; encourager le mécénat culturel de proximité. Madame la ministre, soutenir les dynamiques culturelles en milieu rural doit devenir une priorité nationale, inscrite dans une feuille de route claire, ambitieuse et pérenne. C’est à cette condition que la République tiendra enfin sa promesse d’égalité entre tous les territoires, car la culture est non pas un luxe, mais un droit. Elle doit demeurer un outil d’émancipation qui crée des ponts et ouvre le champ des possibles. Aimé Césaire disait de la culture qu’elle est « tout ce que l’homme a inventé pour rendre le monde vivable et la mort affrontable ». Mes chers collègues, c’est non pas le coût de la culture qu’il faut remettre en question, mais la valeur d’une société qui renonce à la faire vivre. (Applaudissements sur les travées des groupes GEST et SER.)
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Dans la séance, autour de cette prise de parole

En conclusion de ce débat, la parole est à M. Max Brisson, pour le groupe auteur de la demande. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC.)
pour le groupe Les Républicains. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, je remercie Agnès Evren d’avoir convaincu le président Mathieu Darnaud et notre groupe de demander la tenue de ce débat. Je vous remercie également, mes chers collègues, de vos interventions, qui ont permis d’établir un... Lire ▸
Mes chers collègues, nous en avons terminé avec le débat sur la sécurité dans les musées.
L’ordre du jour appelle le débat, organisé à la demande du groupe Écologiste – Solidarité et Territoires, sur l’accès à la culture dans les territoires ruraux. Nous allons procéder au débat sous la forme d’une série de questions-réponses, dont les modalités ont été fixées par la conférence des présidents. Je... Lire ▸
(La prise de parole ci-dessus)
La parole est à Mme la ministre.
ministre de la culture. Madame la présidente, si vous me le permettez, j’apporterai un complément de réponse à M. le sénateur Jean-Gérard Paumier, membre du Haut Conseil des musées de France – institution dont j’assure la présidence –, qui m’avait interrogée au cours du précédent débat sur la sécurité dans les... Lire ▸
Nous allons maintenant procéder au débat interactif. Je rappelle que chaque orateur dispose de deux minutes au maximum pour présenter sa question et son éventuelle réplique. Le Gouvernement dispose pour répondre d’une durée équivalente. Il aura la faculté, s’il le juge nécessaire, de répondre à la réplique pendant... Lire ▸
Madame la ministre, « la culture, c’est la mémoire du peuple », disait Milan Kundera. La culture est un vecteur de cohésion et de lien social essentiel. Parce que la culture permet de nous rassembler, elle est aussi un outil de lutte efficace contre les fractures territoriales. Et pourtant, l’accès à la culture est... Lire ▸