« Tout le monde déteste la police » : c’est le chant des manifestants soi-disant pacifiques. Je vais vous dire ce que sont pour moi les policiers et les gendarmes, parce que j’ai eu l’honneur de les commander. Ce sont des femmes et des hommes qui, pour beaucoup, se lèvent le matin sans savoir dans quel état ils vont rentrer, ni même s’ils vont rentrer. Parce que la mort rôde partout quand ils font leur métier, mais aussi parce que des irresponsables politiques leur mettent une cible dans le dos en propageant la haine du flic. Ce que j’ai vu, moi, ce sont des visages. Celui d’une policière gravement blessée dans une manifestation, qui me raconte l’effroi de ses enfants et de son mari quand ils ont appris qu’elle avait été amenée inconsciente à l’hôpital. C’est le visage des héros de la police judiciaire de Versailles, qui reviennent volontairement de leurs vacances pour participer à l’enquête sur le meurtre d’une fillette dans un bois, et qui vont trouver l’auteur de cette horreur. C’est un gendarme du GIGN qui, un jour de repos et de tempête, s’est jeté dans les vagues du Finistère pour sauver une inconnue. Les policiers, les gendarmes, ce sont aussi pour moi les visages que l’on met dans des cadres sur des cercueils. Celui de ce gendarme tué à Mayotte, ceux de ses deux frères d’armes assassinés en Nouvelle-Calédonie, ou encore celui de ce policier de la CRS de montagne, tué dans une chute de plusieurs centaines de mètres en voulant secourir un alpiniste imprudent. Ces femmes et ces hommes ne demandent ni médaille ni reconnaissance. Ils ne choisissent pas ceux qu’ils secourent. Ils ne demandent pas pour qui vous votez avant de vous tendre la main. Ils protègent tout le monde, y compris ceux qui, le samedi, crient qu’ils les détestent. Alors, quand j’entends ce slogan, je pense à leurs enfants, qui l’entendent aussi. Je pense à ces gamins à qui l’on demande à l’école ce que fait leur papa ou leur maman, et qui hésitent à répondre. Je pense à ces épouses et à ces maris qui guettent chaque soir le bruit de la clé dans la serrure. Je pense aux veuves et aux orphelins que j’ai serrés dans mes bras, et à qui aucun mot ne rendra jamais celui qui n’est pas rentré. La haine du flic n’est pas une opinion, c’est un poison. Et ceux qui la distillent depuis les bancs de l’Assemblée ou les plateaux de télévision portent une responsabilité immense. Car les mots arment les mains qui se saisissent de barres de fer ou de pavés pour blesser, pour tuer… Moi, je ne laisserai jamais dire que ceux qui nous protègent sont nos ennemis, ni que tous les policiers sont des bâtards, comme le dit l’odieux slogan qu’on voit partout. Je resterai à leurs côtés, toujours, parce que la France leur doit bien plus qu’elle ne le sait. Et à chacun d’entre eux, je veux dire simplement ceci : merci. Merci de veiller sur nous, même quand nous oublions de vous le dire, même quand ceux que vous protégez disent qu’ils vous détestent.