Aujourd’hui, Cannes perd l’un de ses plus illustres habitants, la France perd l’une de ses plus grandes voix, exigeante, espiègle et talentueuse, celle d’une personnalité hors du commun qui traversa les dernières décennies pour s’imposer naturellement comme une référence de l’audiovisuel français. Philippe Bouvard, le créateur des Grosses Têtes en 1977, n’est plus de ce monde. Je perds aussi celui qui était devenu un ami. Philippe Bouvard était entré dans le métier comme coursier au Figaro. Il en est sorti maître de l'esprit français. Cette culture-là, personne ne la lui avait donnée : il était allé la chercher. Le travail et les livres, rien d'autre. C'est ce qui donnait à sa langue une précision que les diplômes n'enseignent pas. Il en a tiré une insolence rare, parce qu'elle était sans fiel. Il a prouvé que l'on pouvait tout dire, du plus futile au plus grave, sans jamais céder ni à la lourdeur ni à l'autocensure. Chez lui, le rire était une forme de liberté. Il n'a pas seulement écrit, des milliers de chroniques et des livres à succès, il n’a pas seulement animé : il a inventé. Les Grosses Têtes en 1977, puis Le Petit Théâtre de Bouvard, où toute une génération d'humoristes a fait ses premiers pas. Soixante ans à l'antenne de RTL : un record du monde. Il aimait Cannes depuis ses huit ans, quand ses parents lui offrirent son premier séjour ici. Il s'était promis d'y vivre. Il a tenu parole cinquante ans plus tard. « Quand on vit à Cannes, nul besoin de mourir pour connaître le paradis », disait-il de notre ville. J'ai eu l'honneur de lui remettre la Médaille d'or de la Ville en 2018 et d'organiser sa dernière sortie publique. À Colette, à Dominique et Nathalie, à sa famille et à ses proches, j'adresse mes condoléances émues.