Les plus utiles à la société sont aussi les moins valorisés et les plus mal payés. Ces travailleurs et travailleuses de la première ligne ont des salaires inférieurs en moyenne de 30 % à l’ensemble des salariés. Cette inégalité est d’abord le résultat de choix économiques : « un certain nombre de décisions économiques ont contribué à maintenir au plus bas la rémunération de ces emplois. Plutôt que de chercher à améliorer les rémunérations de ces services essentiels, il s’est agi au contraire d’en réduire au maximum le coût par la sous-traitance, la flexibilisation et la privatisation », explique le chercheur Bruno Palier. Cette faiblesse des salaires est aussi la conséquence d’une dévalorisation des métiers du lien et du soin qui sont occupés majoritairement par des femmes. Lorsqu’il est rémunéré, ce travail est toujours considéré comme peu qualifié et peu productif alors qu’il fait appel à de nombreuses compétences. Un cadre publicitaire gagne 4 fois plus qu’une aide-ménagère : inversons la hiérarchie des salaires ! La crise sanitaire a révélé que la hiérarchie des salaires était inversée par rapport à celle des métiers : les professions les plus utiles socialement sont en bas de l’échelle salariale tandis que les « bullshit jobs » sont majoritairement en haut. C’est cette hiérarchie que nous voulons remettre en cause, pour que les distinctions sociales reflètent bien l’utilité sociale ! Mais comment évaluer cette « valeur sociale » ou cette « utilité commune », pour reprendre les mots de la Constitution ? Dans un rapport de 2009 pour la New Economic Foundation, trois chercheuses britanniques, Eilis Lawlor, Helen Kersley et Susan Steed ont calculé que l’employée de crèche, par l’éducation prodiguée aux enfants, par le temps libéré pour les parents, rend à la société 9 fois ce qu’elle perçoit en salaire. À l’autre bout de la chaîne, on a le conseiller fiscal : son art consiste à priver la collectivité du produit de l’impôt. Selon leurs calculs, il détruit 47 fois plus de valeur qu’il n’en crée. Elles ont aussi calculé qu’un publicitaire, dont l’activité vise à accroître la consommation, détruisait une valeur de 12 livres à chaque fois qu’il produisait une livre de valeur (à cause des effets négatifs de son activité : accroissement de l’endettement, obésité, pollution, etc.). À l’inverse, un agent de nettoyage à l’hôpital est au service du bien commun : la production d’une livre de valeur engendre 10 livres de valeur sociale, par les effets positifs que cette profession crée (diminution du risque d’infections nosocomiales, diminution du risque de complication…). "Pour un statut des travailleuses et travailleurs essentiels", notre premier cahier de campagne à lire sur https://t.co/V0HRK00eRd