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François Ruffin

2026-09-19 18:01 original

C’est le monde qui permet aux humains de vivre, et pas l’inverse. Nous ne vivons pas dans une nature figée : nous sommes soutenus par des flux tendus et fragiles qui produisent en continu l’oxygène, l’eau et toutes les ressources dont nos vies dépendent. Malheureusement, les débats sur l’écologie sont souvent prisonniers d’une dualité qui nous enferme. Nous n’aurions le choix qu’entre deux attitudes : agir comme maîtres et possesseurs de la nature, ou en gardiens d’un musée où rien ne doit être touché. Certaines zones doivent être strictement protégées, pour donner à la vie l’espace et le temps de se renouveler. Mais, en miroir, les espaces non protégés ne doivent pas être systématiquement le lieu de la surexploitation. Nous devons organiser un juste échange : travailler pour prélever ce dont nous avons besoin, mais aussi pour réparer, restaurer, régénérer. Nous devons devenir les ingénieurs, les ouvriers, les architectes, les réparateurs, qui s’activent au service de la vie, comme les castors sur la rivière. Le travail humain n’est pas nécessairement destructeur. Au contraire, il peut être bénéfique, réparateur. En 2002, Jacques Chirac déclarait « notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ». En 2026, la maison souffre toujours plus : inondations, tempêtes, puis canicules, sécheresses, incendies extrêmes… L’enjeu de notre siècle, c’est de réussir à construire un monde qui reste habitable malgré le bouleversement climatique. Or cela ne va pas se faire tout seul, par la fameuse « main invisible du marché ». Il n’y a que certains hommes pour penser qu’une maison reste habitable toute seule, sans que personne ne consacre ses efforts à préparer, ranger, nettoyer, soigner, réparer… Évidemment, une maison habitable, c’est du travail. C’est le sens que nous donnons à l’idée de « travaillisme écologique ». Relever le défi écologique n’est pas une affaire de « bons choix » individuels, que seuls quelques-uns pourraient se permettre. Face au chantier du siècle, l’idée du travaillisme écologique, c’est que nous devons embarquer toute la société pour planifier, organiser et mener à bien d’innombrables travaux. Offrir à chacune et chacun une place, et valoriser le travail de tous. "Face au chantier du siècle : Pour un travaillisme écologique", notre nouveau cahier de campagne à retrouver sur https://t.co/8RsTn5XTkS