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François Ruffin

2026-09-21 08:00 original

L’écologie relie les aspects les plus essentiels de nos vies et les conditions de base de notre vie en société : le climat, l’eau, l’alimentation, les transports, les paysages, etc. Pour nous, défendre l’écologie, c’est nous mobiliser pour protéger nos conditions de vie. La première menace, c’est celle du climat qui change. Les vagues de chaleur vont malheureusement se multiplier, et notre action climatique sera déterminante pour les limiter : le nombre de jours de vagues de chaleur pourra être multiplié par 5 d’ici 2050 dans un scénario à +2,7°C, et par 10 d’ici 2100 dans un scénario à +4°C. Pas seulement des projections, mais des impacts concrets sur nos vies, et des choix à faire pour nous protéger. La succession des vagues de chaleur dès la fin mai a rappelé que l’isolation de nos bâtiments et l’habitabilité de nos lieux de vie sont un sujet de santé publique et de bon fonctionnement de notre société. Selon Santé publique France, pendant la deuxième quinzaine de juin 2026, la France a compté 5 764 décès supplémentaires (+36%) à cause de la canicule. Un quart des établissements scolaires ont dû aménager leurs horaires. Près de 100 000 hectares de forêts ont brûlé cette année, record historique, mettant nos services de secours en tension extrême. Il faudra donc agir à tous les niveaux : rénover les logements, mais aussi adapter les espaces publics, agricoles, forestiers. Pour que l’adaptation au changement climatique ne se transforme ni en confinement dès le printemps, ni en compétition générale pour accéder aux moyens de lutte contre les catastrophes. Protéger notre société, c’est aussi protéger notre eau, bien commun vital, à partager démocratiquement. La France a déjà perdu 14% de sa ressource en eau renouvelable (l’eau qui rentre sur le territoire via les précipitations et les rivières) au cours de la décennie 1990 et le mouvement s’accélère. En 2022, la sécheresse a forcé près de 350 communes à faire acheminer de l’eau potable par camion-citerne, pendant que 200 autres ont dû distribuer de l’eau en bouteille aux habitants. Cette année, dès le mois d’août, 40 000 personnes n’ont eu accès à l’eau que par des solutions de substitution, et 550 000 personnes étaient en zone sous tension. Dans le même temps, les conflits se multiplient autour de l’irrigation des cultures intensives et du développement des méga-bassines. L’eau se raréfie aussi par la dégradation de sa qualité. En 45 ans, la France a perdu près de 30% de ses captages d’eau potable, dans un tiers des cas à cause de la dégradation de la qualité de l’eau. Protéger notre santé, c’est aussi protéger ce que nous mangeons. Dès 2016, près de 50% de la population française dépassait le seuil critique de cadmium dans l’organisme. Dans le même temps, les agriculteurs utilisant des pesticides sont les premiers exposés aux surrisques de cancer, avec les personnes habitant à proximité des cultures traitées. Alors que la formation de sols vivants prend des centaines voire des milliers d’années, nous les épuisons, les polluons et les artificialisons à grande échelle. Alors que le pays débat de souveraineté alimentaire depuis des années, il n’en est soudain plus question lorsqu’il s’agit de sacrifier des terres agricoles pour construire les datacenters des géants américains du numérique. Le coût économique et social de l’inaction écologique est exorbitant. Mobilité, précarité énergétique, accès à l’alimentation : des millions de personnes souffrent au quotidien du manque d’action résolue des pouvoirs publics. En 2023, 15 millions de personnes étaient en situation de précarité de mobilité (1,7 million de plus qu’en 2021), rendues dépendantes de la voiture par l’allongement des distances et l’absence fréquente d’alternatives, et étouffées par la flambée des prix des carburants. Plus de 3 millions de ménages vivent dans la précarité énergétique. Les trois quarts des foyers ont réduit leur chauffage pour limiter leur facture pendant l’hiver 2024-2025, tandis que 1,2 million de ménages ont subi une intervention pour impayé de gaz ou d’électricité en 2024 (+60% depuis 2021). Il faut d’urgence planifier une grande mobilisation pour la rénovation globale des bâtiments, pour réduire les émissions et alléger les factures. Une rénovation bien accompagnée peut réduire les consommations de 60% à 90% et faire baisser les factures de 1 500 € à 3 000 € par an. À l’échelle du pays, rénover un tiers des passoires thermiques (1,3 million de logements) permettrait d’éviter près de 10 milliards d’euros de coûts économiques et sociaux, liés aux personnes malades du froid et de l’humidité de leur logement. Alors que les libéraux et réactionnaires attaquent des pans entiers des politiques sociales et écologiques, nous affirmons que ni les premières, ni les secondes ne sont un luxe. Il s’agit de nos conditions de vie, que nous devons défendre. "Face au chantier du siècle : Pour un travaillisme écologique", notre nouveau cahier de campagne à retrouver sur https://t.co/8RsTn5XTkS