Pas de grand pays sans grande industrie : cette conviction, nous l’avons défendue contre vents et marées. Contre tous les dirigeants politiques, économiques, qui déclaraient les usines passées, dépassées, parce que ça puait et ça polluait, qu’il fallait s’en débarrasser, et ils s’en sont débarrassés. Avec les élargissements à l’Europe de l’Est, avec l’entrée de la Chine dans l’OMC, avec les délocalisations en série, avec la revente de nos fleurons. Les élites ont trahi durant des décennies. L’industrie, c’était aussi le socle des classes populaires, qui assurait stabilité, avec un collectif, un comité d’entreprise, des salaires corrects, une place assurée. Mais tout s’est écroulé, Whirlpool, Goodyear, Honeywell, Magneti Marelli, et tant d’autres, rien que chez moi, dans la Somme. Ce sont des familles, des régions entières, qu’on a jetées dans l’incertitude. Avec des conséquences politiques, anti-démocratiques. Et nous voilà, sous Macron, avec à la fois une industrie qui atteint le plancher des 10%, et une extrême droite qui, elle, est aux portes du pouvoir. Le Covid fut une épreuve de vérité : nous nous sommes retrouvés à poil, incapables de produire des masques, attendant les containers sur le tarmac des aéroports. Fin de la mondialisation heureuse, le discours de nos dirigeants a changé. C’est Emmanuel Macron qui déclare que « déléguer à d’autres notre protection est une folie ». C’est Pascal Lamy, ancien directeur de l’OMC, qui admet « une erreur de parallaxe historique », une « erreur de parallaxe » qui a brisé des millions de vies. Une trahison des élites, qui réclamerait un tribunal. Ils parlent désormais de « souveraineté », un terme qui, pendant des décennies, était interdit. Tant mieux. Mais en même temps, ils continuent de signer des accords de libre-échange, avec le Mercosur, avec la Nouvelle-Zélande, avec l’Indonésie, et surtout : avec l’Inde. Il ne s’agit pas de relever, à l’aveugle, tous les tarifs douaniers de 20%, ou 30%, ou 200% comme l’a fait Donald Trump. Il nous faut un plan des 100. Les 100 produits qu’on estime stratégiques, prioritaires, essentiels à notre souveraineté, pour lesquels nous souhaitons retrouver notre autonomie. Sur les aliments, les médicaments et l’armement. Sur l’acier, évidemment, car sans acier, pas d’industrie. Sur les technologies de l’environnement. Sur ces 100 produits, on met le paquet : des barrières douanières, des taxes aux frontières, des quotas d’importation. Bref, des protections, comme nous le réclamons, avec constance, mais aussi avec solitude, depuis vingt ans. C’est comme ça que nous avons, à Amiens, sauvé Eurolysine, le dernier fabricant de lysine en Europe, alors que la Chine produisait deux fois moins cher : en relevant les taxes de 50%. Les choix commerciaux, d’ouverture ou de fermeture, de taxes aux frontières et de barrières douanières, ont longtemps fait l’objet de débats, dans les assemblées, entre les ministères. Et puis, on nous a fait croire que la politique commerciale n’était pas de la politique, mais juste de la technique, de l’expertise, de l’économie, que le libre-échange allait de soi. Non, pour nous, c’est une évidence forgée par vingt ans de naufrage industriel, politique, démocratique : il n’y a pas de politique industrielle sans politique commerciale. Il n’y a pas de politique environnementale non plus. Il n’y a pas de politique agricole. Il n’y a pas de politique sociale. En vérité, il n’y a pas de politique tout court. Pour protéger notre industrie, relocaliser 100 produits stratégiques, notre cahier de campagne n°7 : https://t.co/ZwoRdOINte