"Éducation : une école de tous les savoirs", notre nouveau cahier de campagne : https://t.co/T0n1E0si88 « Moisissure. » C’est le mot qui revenait le plus lors de l’AG des lycéens à Amiens. Que leurs classes ne soient pas « un frigo en hiver, un four en été ». Des demandes très basiques sur le bâti. À Eu (76), devant le lycée professionnel et général, nous avons pratiqué un micro ouvert. Des choses plus personnelles s’y sont dites : un élève, Sacha, qui était « en plein décrochage scolaire, plusieurs fois j’ai demandé de l’aide, on ne m’a rien fourni ». Une autre, à l’inverse, en grand malaise, à la maison, à l’école, qui s’en est « sortie grâce à l’infirmière de l’établissement, je la remercie ». Ce que j’ai entendu, moi, c’est le besoin d’être entendu, d’être reconnu comme un individu, le besoin humain d’avoir de l’humain en face de l’humain. Et au contraire, le sentiment de ne pas compter, de n’être qu’un numéro, dont les « 36 par classe » et l’algorithme Parcoursup sont les symptômes. Bien sûr, il y a les moyens : les enseignants, et autour d’eux des équipes éducatives, conseillers d’éducation, psys, assistantes sociales, accompagnantes d’enfants en situation de handicap, etc. Mais il y a aussi les fins. Quel but poursuivons-nous ? Quel objectif assigner à l’Éducation nationale ? Nous voulons une école de la confiance. Là où, trop souvent, l’école mine cette confiance. Il faut saisir cela : la parole publique, dans les médias, à l’Assemblée, dans les entreprises, cette parole est monopolisée par des personnes qui ont réussi à l’école, qui ont un rapport heureux à l’école, et qui ne comprennent pas que, massivement, l’école soit source de heurts et de malheurs, d’ennui et de frustrations. Avec ce point noir, selon nous : le collège. Qui est fait pour un élève « normal », destiné à former au lycée général, alors même qu’ils ne seront que 40% à suivre ce chemin. Plus de la moitié, donc, qui se sentiront comme des rebuts, ayant échoué. C’est le moment des « décrocheurs ». Les décrocheurs identifiés, qu’on ne voit plus, qui ne viennent plus. Mais pire encore peut-être, les décrocheurs de l’intérieur, là sans y être, absents à eux-mêmes, ou qui n’existent que par le bazar qu’ils mettront. C’est le moment des « désorientés », de ceux qui, à 14 ou 15 ans, en fin de troisième, ne savent pas quoi faire, et se retrouvent dans des filières moins choisies que subies. Le collège doit être bousculé. Avec une égalité entre les savoirs. Marx, déjà, refusait la séparation entre travail manuel et travail intellectuel, réclamait que les deux soient liés, articulés. Et c’était la grande idée du plan Langevin-Wallon, à la Libération. Il est grand temps de faire entrer les savoirs pratiques à l’école. Qu’en plus des maths, de la littérature, de l’histoire, on apprenne aux élèves à cuisiner, jardiner, réparer. Pour recoudre, résorber cette fracture entre le manuel et l’intellectuel, entre les filières professionnelles et les filières générales. Que l’on reconnaisse enfin cette évidence : l’intelligence des mains. Enfin, le collège, c’est le temps de l’orientation. Pas seulement à la fin, comme un couperet, mais tout du long, avec des discussions en amont, avec des conseillers, d’humain à humain. En Finlande, c’est 70 heures en tête à tête, pour chaque élève, qu’il trouve des stages où ça lui plaît, qu’il mette un pied, plusieurs journées, dans son futur lycée. Et qu’ensuite, en seconde, chaque élève puisse toucher à tout, changer de filière s’il en a envie, tester la plomberie, l’électricité, la boulangerie, l’informatique, avec un droit à l’erreur, avec des passerelles, pour qu’il puisse se trouver. Les mesures ébauchées ici ne relèvent pas d’un coût, mais d’un investissement. Voilà l’horizon pour notre école : assurer, quelle que soit la filière choisie, quel que soit le métier visé, quelle que soit l’origine sociale et économique, que chacun, chacune, puisse trouver sa place dans la société, se rendre et se sentir utile. En un mot, assurer le maximum de bonheur pour lui, pour elle, et pour les autres.