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François Ruffin

444,253 followers 1,035 following 16,785 tweets on X 12,163 archived Amiens, France joined 2016-11-24

Candidat à l'élection présidentielle, président de @debout_fr ! Rejoignez-nous sur https://t.co/V0HRK00eRd

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2023-09-13 16:21 original

125 milliards de bénéfices entre avril et juin, du jamais. Un taux de marge qui bondit à 33,2%, le niveau d'avant Covid. Une petite minorité d'entreprises se gave sur l'inflation pendant que les salaires plafonnent. "Du jamais vu", selon Les Echos. https://t.co/J8V7p3Xkus

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter L'enterrement comme à l'usine, à lire en intégralité sur mon blog. https://t.co/09CZMuyupC

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter Quand je me souviendrai de Patrick, ce sera de cette joie, de cette liberté, en essayant de les faire miennes, un peu. Je me souviendrai de cet homme qui, sans publier de manifeste, a fait de son existence une expérience, une voie à part, un chemin de liberté.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter Je veux retenir la joie dans son œil qui toujours brillait, dans son sourire. La joie de vivre à sa façon, librement, avec Isabelle, avec sa musique et ses bouquins. Une liberté, que 30 années d’usine n’avaient effacées, pas transformées en rancœur et en renoncements.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter Il a souffert, c’est certain. Il est parti trop tôt, malade dès la retraite. Et l’on ne saura jamais, dans cette maladie, la part de ses clopes et celle des pneumatiques. S’il a donné trois doigts au Profit, ou finalement toute sa vie. Mais de lui, je ne veux pas retenir ça.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter J’étais heureux de savoir Patrick là lors de nos réunions. Sa présence me rassurait. Déjà parce que, à travers son étrange incarnation, la classe ouvrière était avec nous. Aussi, parce qu’il y avait chez lui cette tranquillité – tandis que je m’agitais.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter Je voudrais vous dire ma fierté, ma joie, que Patrick nous ait accompagnés durant toutes ces années. Oui, j’étais heureux de traverser la circo avec Isabelle et Patrick, dans leur voiture, comme un cocon. J’étais heureux d’organiser avec vous un mini-tournoi de foot à Camon.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter Patrick lisait, bien plus que moi, et pourtant, sa culture, il ne l’étalait pas. Sa révolte non plus, il ne l’étalait pas. Tout était là, pourtant, en lui, solidement, simplement.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter Lire à la chaîne, chez Goodyear, c’était courageux, en un sens. Les jours de grève, bien qu’encarté CGT, il entrait dans l’usine par devant Mickaël Wamen et ses collègues : l’usine à l’arrêt, il était payé pour lire ! Lire à la chaîne, c’était maintenir sa liberté.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter Je ne voudrais pas, pourtant, que l’on confonde cette tendresse avec de la faiblesse. Au contraire. Patrick existait, solidement, avec force. Sans le brailler, sans le proclamer tous les matins, mais il ne se conformait à rien. Il traçait son bonhomme de chemin à lui, singulier.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter Ca m’a marqué, d’emblée : comment Patrick parlait. Jamais fort, jamais criant, presque tout bas. Ce que je ressentais, dans sa voix, c’était une timidité, certes, sa modestie transpirait, mais surtout de la tendresse, de la douceur. Oui, Patrick portait une immense douceur.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter « Je remplaçais un collègue pendant les congés. C’était ma deuxième journée à ce poste, le mardi 13 juillet 1993. Ils avaient enlevé la sécurité, pour le quota de production, pour qu’on nettoie le moule pendant la fermeture de la presse. »

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter « Et vous, vous jouez de la musique ? j’ai demandé. – Oui, avant. – Avant quoi ? – Avant ça. » Il m’a montré sa main gauche. Deux doigts étaient sectionnés. Le majeur et l’index. Et il a l’auriculaire bloqué.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter Son appartement, on aurait dit une annexe de la bibliothèque municipale, des livres partout, des étagères sur tous les murs, des milliers de CD. Quand je suis entré, il écoutait « Rabih Abou-Khalil, un Pakistanais qui réside en Allemagne », il m’a expliqué.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter C’est avec ce texte, et d’autres textes, que Patrick est entré à Fakir, il y a une bonne dizaine d’années. On avait eu la flemme de transcrire ces pages, mises dans un tiroir. On les a ressortis plus tard, à la fin de Goodyear. C’est à ce moment-là que je suis allé le rencontrer.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter C’est à l’intérieur de l’usine mais loin du fracas des machines, que, l’été, au milieu des lapins batifolants, dans la pelouse séparant l’atelier de l’entrepôt, j’ai ri en lisant Sublimes Paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja. Bien sûr, je lis également en dehors de l’usine. »

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter C’est dans l’escalier de secours du vestiaire n°3 et sa tranquillité que j’ai lu Les Croisades vues par les arabes d’Amin Maalouf. C’est sur le temps grignoté miette à miette que j’ai lu aussi des livres de science-fiction, des romans historiques, des polars par centaines.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter J’optimise au maximum mes méthodes de travail, tout en faisant correctement mon boulot, afin de gagner mon temps de lecture. C’est dans cette usine que j’ai lu, entre autres, Les Rougon Macquart de Zola.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter Je travaille dans une usine qui m’a mangé trois doigts et de laquelle je vais bientôt être mis à la porte, mais aussi une usine au sein de laquelle j’ai lu tant de livres. Là, j’interromps la lecture d’Ulysse de James Joyce pour vous écrire.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout @franceinter Je suis ouvrier chez Goodyear, dans une usine qui a employé mon père pendant plus de vingt ans, mon frère aîné pendant une quarantaine d’années et moi-même depuis plus de vingt-cinq ans.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout Maintenant, le texte que j’ai lu, pour cet homme que j’ai beaucoup apprécié : Alors qu’il travaillait encore, Patrick a adressé une lettre à @franceinter, pour devenir membre de leur jury littéraire. Et il racontait son ordinaire : « Je suis ouvrier chez Goodyear...

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout Faut que le temps soit compté même pour les enterrements ? Vous croyez qu’il serait intervenu de même, l’employé, pour la crémation d’un notable, d’un élu ? Il fallait que même après la mort, pour Patrick, ça se passe comme à l’usine.

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout Dessus il voulait que soit écrit : ‘Pour que les pauvres soient moins pauvres, et que les riches soient moins riches’… » Le chef du service funéraire des Pompes funèbres des hortillonnages est intervenu : « Ah non, y a plus le temps… » Punaise, où va l’humanité ?

2023-09-13 12:40 reply

@PicardieDebout De ces obsèques, au crématorium d’Amiens, nous sommes sortis scandalisés. Déjà, nous n’avions que 30 petites minutes, chrono en main, pour lui rendre hommage. A la la 28e minute, Isabelle, sa compagne, s’est levée « On vous propose de faire un tour du cercueil...

2023-09-13 12:40 original

Patrick est mort. C’était un ouvrier de chez Goodyear, une vie à la chaîne, qui lui a dévoré les doigts, et les poumons peut-être. C’était l’ancien vice-président de @PicardieDebout ! J’ai écrit ce texte pour la cérémonie, lundi matin. L'enterrement comme à l'usine. https://t.co/XTmoPRhsyz