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Jérôme Guedj

2026-06-13 11:28 original

Carnet de route en Israël et Palestine (suite) Retour dans les collines de Cisjordanie, à Artas, non loin de Bethléem. À nouveau besoin de constater sur le terrain la colonisation croissante, qui s’est intensifiée depuis 3 ans . Je vais à la rencontre de Ynon, un activiste juif religieux (c’est ainsi qu’il se définit). Avec les militants de son collectif Bnei Avraham, ils refusent que leur foi serve d'alibi à la spoliation. Ils travaillent notamment avec Mahmoud, ancien prisonnier durant la seconde Intifada converti à la non-violence, qui m’explique la multiplication des routes fermées qui rendent si compliqués les déplacements du quotidien (plus de 1000 Check points et barrières entravent la vie en Cisjordanie). Le grignotage est insidieux, comme me le raconte la sœur supérieure du couvent qui a vu impuissante des colons s’accaparer une partie des terres cultivées du couvent. Après un déjeuner avec les correspondants de la presse française, la route me mène à Abou Gosh. Cette ville arabe israélienne est un modèle de cohabitation farouchement défendu par son maire, Salim Jaber, mais elle semble dramatiquement isolée. Plus haut, dans l’oasis de fraîcheur de l'abbaye bénédictine voisine de la mairie, je retrouve les frères Louis-Marie et Olivier qui maintiennent vivante une tradition d'écoute et d'accueil. J’avais rencontré le père Louis-Marie l’an dernier à Jérusalem grâce a mon collègue @PotierDominique Et je l’avais revu à Paris quand il avait reçu le prix de l’amitié judéo-chrétienne . Un moment de réflexion (et de dégustation du limoncello produit par les frères bénédictins). Avec un sujet d’inquiétude croissant sur les actes d’incivilités et parfois de violence contre les religieux chrétiens de la part d’une minorité de jeunes juifs. C’est marginal, cela a toujours existé me dit-on, mais dans le contexte très polarisé, cela inquiète. Puis journée complète a Ramallah : éclairante et désespérante La matinée s'ouvre par un échange lucide avec la société civile, notamment le professeur Imad Abu Kishek, président de l'université Al-Quds et des entrepreneurs, responsables d’ONG, journalistes….Tous décrivent une jeunesse palestinienne suffocante, prise au piège entre l'occupation et l'absence de perspectives démocratiques. Puis vient un rendez-vous politique majeur avec le Dr Mohammad Shtayyeh, ancien Premier ministre (2019-2024) et figure centrale du Fatah. Sans détour, il me dépeint l'urgence absolue : l'escalade en Cisjordanie et le désastre humanitaire à Gaza. Pour lui, la stratégie israélienne vise à imposer de nouvelles réalités irréversibles sur le terrain,tout en bloquant délibérément la future reconstruction de Gaza. Shtayyeh pose des exigences claires et urgentes sur la table. D’abord la respiration démocratique : Presser Israël pour permettre la tenue des élections palestiniennes cruciales en novembre prochain. J’insiste sur cet engagement pris par Mahmoud Abbas il y a un an en réponse à la demande de la France dans le cadre de la reconnaissance de l’Etat de Palestine La fin de l'asphyxie évidemment : Libérer les fonds palestiniens confisqués par Israël (non versement des recettes fiscales de TVA à l’autorité palestinienne sur les produits importés, plus de 3 Mds d’euros sont ainsi bloqués) , stopper le terrorisme des colons qui paralyse l'économie et la liberté de mouvement. Le rôle de la France : Il attend elle de Paris un leadership actif pour la solution à deux États, en coordination étroite avec l'Arabie saoudite, pour briser l'engrenage de l'occupation. L'après-midi se prolonge dans les couloirs officiels : au ministère des Affaires étrangères avec le directeur des affaires politiques, puis au cabinet du Premier ministre avec son conseiller diplomatique. Partout, le même signal d'alarme retentit : la crainte lancinante que la crise en Cisjordanie ne soit totalement occultée par le fracas des missiles régionaux entre Tel Aviv et Téhéran.