J’ai voté contre le projet de loi constitutionnel sur la Corse. Le texte a été adopté par 271 votes pour et 202 contre. Le texte va être désormais examiné par le Sénat. Si un vote conforme intervient, il faudra un vote à la majorité des 3/5 du Parlement réuni en Congrès ou un referundum. Ce premier vote aujourd’hui d’un long processus parlementaire indique que le doute est aujourd'hui profondément installé au sein de nombreux groupes parlementaires, bien au-delà des clivages habituels. Ce projet de révision dépasse de loin la seule organisation de la Corse : il touche aux fondements mêmes de notre modèle républicain. En voulant accorder un pouvoir normatif particulier basé sur la reconnaissance d'une communauté historique, linguistique et culturelle liée à un territoire, ce texte ouvre une brèche dangereuse : l’entrée du communautarisme dans la Constitution. Il m’était tout simplement impossible de voter la reconnaissance dans la Constitution de l’existence d’une communauté culturelle, historique … et de son lien particulier à sa terre. Depuis la Révolution, la promesse française est immense et nous ne pouvons la trahir. Le citoyen n’est pas l’héritier d’une appartenance : nul ne tient ses droits de son origine, de sa langue, de sa culture ou de son enracinement. De plus, toute exception constitutionnelle incitera demain d’autres territoires, d’autres groupes et d’autres histoires à réclamer à leur tour un droit distinct. Si nous cédons, la République ne rassemblera plus les citoyens ; elle se contentera d'arbitrer entre des appartenances et d'administrer des communautés. La Corse mérite des actes, pas des brèches identitaires Dire non à ce texte, ce n'est pas faire preuve d'indifférence ou de fermeture envers la Corse. L'île fait face à des défis bien réels qui appellent des réponses particulières : l’insularité, le coût de la vie, le foncier, les transports ou le relief. Sa langue et sa culture sont une richesse qui doit être sauvegardée et transmise avec ambition. Mais le cadre actuel de la République permet déjà d’y répondre. Il peut toujours être amélioré. La Corse n’est pas une menace, elle est une part de la France, et elle mérite mieux que de devenir le laboratoire d’une République différentialiste. Elle mérite des actes concrets : une continuité territoriale réelle, un soutien économique durable, une détermination sans faiblesse de l’État pour combattre les dérives mafieuses. Tout cela peut se faire sans inscrire le communautarisme dans notre loi fondamentale. On tente aujourd'hui de nous enfermer dans un faux dilemme entre un jacobinisme centralisateur et l'octroi d'un pouvoir normatif basé sur l'identité. C'est un piège. La République est parfaitement capable de faire vivre l'action publique des territoires sans pour autant consacrer une logique identitaire. En jouant sur cette confusion, ce texte nous poussait à franchir une ligne rouge. « La République n’est pas la somme des communautés, elle est la maison commune des citoyens ». Ce vote contre est un choix de fidélité à cette idée française qui demeure notre plus grande force : celle d'un principe universel qui permet à tous les Français, quelles que soient leurs origines ou leurs croyances, de former un seul et même peuple.