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Jérôme Guedj

2026-06-29 16:56 original

Le débat sur la fin de fin a été de qualité et a fait honneur à la vie démocratique et parlementaire. Je veux saluer notamment les arguments déployés par des élus de gauche opposés au texte, comme @PotierDominique @LisaBelluco @stephane1peu notamment dans la solide tribune ci-dessous. Leur inquiétude se cristallise autour de cette assertion : « Nous savons que l’adoption du droit à mourir se traduira implicitement par une fragilisation du déploiement des soins palliatifs et plus largement par celle des politiques publiques de solidarité du grand âge et du handicap. Lors des débats, j’ai souvent porté une préoccupation analogue, cohérente avec mon engagement pour un accompagnement digne de toutes les vulnérabilités. En tant qu'homme de gauche profondément attaché à la République sociale, je partage le diagnostic lucide sur les fragilités de notre société : notre système de santé est abîmé, les déserts médicaux sont une réalité, et la solitude des plus vulnérables est un scandale démocratique. Pourtant, là où ils voient dans l'aide à mourir une « fiction libérale », j'y vois une ultime étape d'émancipation. Mais cette liberté ne peut s'exercer que si nous combattons fermement le risque qu'elle devienne un choix par défaut. Pour la gauche progressiste, la liberté n'est pas seulement l'absence de contraintes, elle est le pouvoir de choisir sa vie et, in fine, les conditions de sa fin de vie. Même les soins palliatifs que je défends sans relâche, se heurtent parfois à des impasses thérapeutiques ou à une détresse existentielle globale que la sédation profonde ne résout pas toujours de manière satisfaisante pour le patient. C’est ici que je rejoins pleinement l'inquiétude de la tribune. L'aide à mourir ne doit en aucun cas servir de variable d'ajustement à un État qui renoncerait à ses devoirs de solidarité. Ma ligne rouge est claire et inchangée. On ne peut pas offrir la mort à quelqu'un à qui la société n'offre plus les moyens de vivre dignement. Mais je diverge sur un point : c’est précisément parce que l’aide à mourir existera que les gouvernants et législateurs votant les budgets n’auront d’autres choix que de renforcer cet accompagnement des vulnérabilités. Notre responsabilité collective est donc immense sur deux fronts majeurs : le déploiement inconditionnel des soins palliatifs ; des politiques publiques ambitieuses , mais vraiment, sur les vulnérabilités (par exemple une loi pour garantir le droit à vieillir dans la dignité). Articuler Liberté, Égalité et Fraternité dans ce débat, c'est refuser l'opposition stérile entre partisans du soin et partisans de l'autonomie. La vraie grammaire républicaine consiste à garantir l’égalité d'accès aux soins pour que le choix de l'aide à mourir soit un choix purement libre, et non la conséquence d'une défaillance de l'État. C’est par cette double exigence -ouvrir un droit nouveau tout en blindant le modèle social qui protège les plus faibles- que nous honorerons notre idéal de fraternité. Puisque les auteurs de cette tribune invoque intelligemment les « socialistes fraternitaires »de 1848, je termine par un de ceux-là : « La liberté consiste non pas seulement dans le droit accordé, mais dans le pouvoir donné à l'homme d'exercer, de développer ses facultés, sous l'empire de la justice et sous la sauvegarde de la loi. Louis Blanc https://t.co/lunjSiZXiv