Face à la barbarie : la dignité de la justice contre le piège des symboles fragiles L’émotion face au crime sexuel commis sur un enfant n’est pas seulement légitime : elle est sacrée. Devant la souffrance impensable des victimes et l’horreur des violences subies, le premier réflexe humain et civique est la colère. Comme chaque Français, comme père, je ressens cette révolte. Comme député, ma responsabilité n'est pas de la singer ou de l'instrumentaliser sur les plateaux de télévision, mais de la traduire en lois incassables. Depuis quelques jours, je fais l'objet, comme mes collègues, d'attaques d'une brutalité inouïe me reprochant mon vote sur l'article 11 du projet de loi relatif à la protection des enfants. On m'accuse d'indulgence, voire de « protéger les violeurs ». Cette mise en cause est une caricature indigne de la gravité de nos débats. Vendredi dernier, alors que j'étais en mission officielle et donc absent de l’Assemblée, ma collègue porteuse de ma délégation a voté contre l’article prévoyant la perpétuité pour les violeurs en série d’enfant (contre 20 ans actuellement). Pourquoi ce vote que j’assume ? Je veux m’en expliquer pour souligner la complexité du débat. Parce qu’une loi bancale juridiquement qui finit censurée par le Conseil constitutionnel ne protège absolument aucun enfant. Elle n'offre qu'une illusion d'optique politique tout en préparant la déception future des victimes. Dans sa rédaction initiale, l'article 11 prévoyait la perpétuité pour les viols sériels sur mineurs. Or, sans harmonisation globale de notre code pénal, cette disposition brisait notre échelle des peines. Le Conseil d'État lui-même a formellement mis en garde le Gouvernement sur ce risque d'inconstitutionnalité au regard du principe de proportionnalité. Appliquer la perpétuité sans revoir l'ensemble des crimes aboutissait à une incohérence majeure : punir le viol sériel plus sévèrement que le viol ayant entraîné la mort d'un enfant. Ce n'est pas de la sévérité, c'est du bricolage juridique. On ne réécrit pas l'architecture du droit pénal un vendredi soir, dans un hémicycle désert, sans étude d'impact et en l'absence du garde des Sceaux. Dire que nous refusons de durcir les peines pour ces violeurs est en outre une contre-vérité factuelle. Nous avons au contraire proposé et voté le passage de 20 à 30 ans de réclusion criminelle pour les viols sériels. C’est une aggravation lourde, concrète et alignée sur la peine encourue pour le meurtre d'un mineur. C’est la peine la plus sévère qui soit constitutionnellement solide. Surtout le débat sur les quantums ne doit pas masquer le vrai scandale : l'impunité massive. Aujourd'hui, environ 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France, et seuls 3 % des auteurs sont condamnés. Porter des peines à la perpétuité sur le papier ne dissuade ni ne protège personne si 97 % des criminels échappent à la justice. L'urgence absolue réside dans les moyens d'enquête, le suivi des plaintes et l'efficacité de la chaîne pénale. Telle est notre priorité collective. Je l'affirme sans ambiguïté : à titre personnel, je ne suis pas fermé par principe à un débat sur la réclusion criminelle à perpétuité pour les violeurs sériels d'enfants. Si le Gouvernement propose un texte sécurisé, cohérent avec l'échelle des peines et tenant compte des alertes des magistrats et du Conseil d'État, je l'examinerai avec une entière ouverture et gravité. Protéger les enfants exige de la rigueur et du courage, pas des anathèmes ni du populisme pénal. C'est cette exigence que je continuerai de porter à l'Assemblée nationale.