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Karim Bouamrane

2026-06-13 10:23 original no longer on X

Pour Mehdi Charef. Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Les maghrébins et les noirs en France étaient totalement invisibilisés. On vivait avec une crainte que nos parents allaient rentrer au bled. On n’avait aucun représentant politique, médiatique et politique. Les cités étaient stigmatisées. Les enfants d’immigrés voués à l’échec scolaire et au chômage étaient recalés de toutes les boites de nuit. Les enfants des cites étaient renvoyés à des TUC ( travaux utilité collective) et beaucoup de leurs grands frères tombaient un par un à cause des overdoses et du sida. Les immigrés, nos parents , étaient tout simplement mis de de côté. Medhi Charef fut le premier écrivain, réalisateur à nous donner une existence publique, culturelle et médiatique. Medhi était mon entraîneur, mon éducateur de Football quand j’étais gamin. Il écrit Le Thé au harem d’Archi Ahmed en 1983. Une baffe pour nous tous car Mehdi nous n’en avait jamais parlés. Quelle fierté pour nous tous de le voir chez Bernard Pivot dans la fameuse émission littéraire Apostrophes. Mehdi Charef à la télévision en train de parler littérature autour de vieux blancs condescendants qui se demandaient comment cet énergumène maghrébin immigré pouvaient oser les défier dans leur pré carré , la littérature, c’était une révolution ! Medhi en fera un film. Un succès populaire ! Medhi a contribué à nous montrer que c’est possible de prendre notre place , de choisir notre vie et ne pas le subir. Que personne d’autre est plus légitime que nous pour parler de notre culture de cité , de notre histoire, de nos souffrances. Que combattre le déterminisme social passe par tordre le cou au mépris social, fléau reparti aussi bien chez la gauche que chez la droite. Mehdi m’a rendu fier. Fier de nous. Fier de nous assumer. Fier de ne pas raser les murs. Fier de plus passer sont temps à demander l’autorisation, de systématiquement s’excuser ou de d’être désolé de vouloir une vie meilleure. Merci Mehdi. On t’aimait tant.