Ce samedi, le Tour de France s’élance des Hauts-de-France. Durant 21 étapes, le Tour de France rassemble la France, le Tour de France ressemble à la France. Par ses paysages traversés, par l’effort de ses coureurs, par les yeux émerveillés des millions de spectateurs, le Tour de France occupe une place unique mais annuelle de notre roman national. De Roland Barthes qui en fait une mythologie à Pierre Nora qui en fait un lieu de mémoire, le Tour est passionnément français, terriblement français : populaire et enraciné, gratuit et exigeant, sport d’équipe et échappée solitaire. Le Tour rassemble les Français de tous âges et de toutes conditions sur les ronds-points. Du cœur de la métropole européenne de Lille aux villages du plateau picard, ces 4 étapes du Grand Départ sur les terres de Jean Stablinski ne laisseront personne sur le bord de la route, elles transporteront tout le monde, elles passionneront les cyclistes du dimanche comme le lecteur assidu et quotidien de l’Equipe. Et qui n’est pas fébrile en ce début juillet pour savoir si l’hymne slovène résonnera une quatrième fois sur les Champs-Élysées le 27 juillet prochain pour Pogacar. Pour participer au Tour, nul besoin de billet d’entrée ou de licence sportive. Il y a du Lagardère sur le Tour : « Si tu ne viens pas au Tour, le Tour ira à toi ». La grande boucle, c’est en effet du sport et c’est plus que du sport. Ce sont la beauté et la diversité de nos paysages qui font aussi le spectacle. Le Tour, cela peut être aussi des mots : ceux d’Antoine Blondin ou de Christian Laborde. Le Tour cela peut être aussi une voix, celle de Jean-Paul Ollivier qui a bercé nos après-midi estivales. Mais le Tour, ce sont surtout des ascensions épiques qui résonnent comme le nom d’illustres batailles : Tourmalet, Galibier, Izoard. Le Tour ce sont des souvenirs de coureurs, de victoires et de drames, que nous en avons tous en partage. Des souvenirs personnels ou familiaux, moments de fête suspendu du quotidien, quand la Caravane passe près de chez soi. Mais le Tour c’est avant tout une mémoire collective : comment cette année ne pas penser à Bernard Hinault qu’il y a 40 ans fut le dernier Français à conjuguer le jaune et le tricolore. Nous nous tous souvenons des 8 petites secondes mêlées de larmes de Laurent Fignon sur la dernière étape de 1989. Et bien sûr le duel légendaire Poulidor et Anquetil, le Normand versus le Limousin, la modernité et l’enracinement, les deux visages d’une même France. Le Tour de France c’est la France, cette France que l’on décrit parfois affaiblie mais qui se redresse toujours et qui brille à travers le monde. Et si le Tour de France était une leçon pour les politiques ? Chercher à rassembler plus qu’à diviser, unir plus que cliver, populaire sans jamais être technocratique… vaste programme pour que la France soit en tête du peloton !