Nous avons parlé ensemble d’Homère et de Nerval ; je souhaite aujourd’hui vous parler de Tolstoï, de ce livre bref, presque sec, et qui pourtant remet nos vies en mouvement : « La Mort d’Ivan Ilitch ». Ne nous y trompons pas : ce n’est pas un livre sur la mort, mais sur la vie. Sur la vie qu’on peut reprendre, même au bord du gouffre. Tolstoï nous rappelle qu’on ne peut se contenter d’une vie conforme, réglée, socialement approuvée. Il montre que la solitude du mourant naît souvent de la tentation de l’artifice et de l’apparat. Il révèle nos vies remplies et vides à la fois : remplies d’écrans, d’urgences, de mensonges ; vides de silence, de présence, de sens, de vérité. Sa leçon est simple et forte : ne remettons pas la vérité à plus tard. Parce que plus tard, c’est le nom poli de notre fuite. C’est maintenant que la vie compte.