La violence a-t-elle sa place en politique ? Peut-on mourir pour des idées, peut-on tuer pour des idées ? Ces questions reviennent aujourd’hui de plein fouet et me rappellent un texte majeur d’Albert Camus qui, il y a près de quatre-vingts ans, se demandait déjà : « peut-on tuer au nom de la justice sans perdre son humanité ? » Ce texte, c’est Les Justes. Une pièce qui résonne encore avec force et n’en finit plus de nous bouleverser. Ce sont les frontières morales qui constituent le socle de notre humanité. Le refus de tuer l’innocent. Le refus de rationaliser la violence. Le refus de sacrifier une vie au nom d’une idéologie, comme si l’humain n’était qu’un moyen. À l’ère des algorithmes, où les enfants ne sont plus des visages mais des points sur une carte numérique, où l’industrialisation de la violence nous inquiète, Camus nous dit qu’une victoire payée au prix de l’inhumain est une défaite de civilisation.